Si l’économie mondiale dans son ensemble est affectée par la crise du Vieux continent, trois régions présentent des profils différents.
Un scénario macro-économique à trois facettes
Europe
Beaucoup d’incertitudes persistent sur la nature du prochain Plan européen. On se dirige peut-être vers un plan inspiré d’Eureca, celui proposé par le Cabinet Roland Berger, déjà à l’origine de la Treuhandanstalt pour la jeune Allemagne réunifiée. Ce plan, jusque là peu commenté, prévoit la création d’une institution européenne pilotant la privatisation de 125 milliards d’actifs grecs, qui permettraient au pays de ramener son ratio dette/ PIB à des niveaux soutenables, de relancer la croissance sans compresser la demande par une cure d’austérité et partant, de sortir l’effet de contagion des préoccupations.
Pour l’heure, au-delà de la question grecque et du risque systémique dont l’issue demeure incertaine, le ralentissement de la croissance devrait être une réalité du fait d’un attentisme accru des entrepreneurs face à l’instabilité institutionnelle et systémique, d’un vaste plan de coordination de rigueur fiscale et d’un resserrement possible de la politique d’octroi de crédit des banques qui risque de précipiter un marché immobilier européen sur-évalué en dépression. Si l’on prend l’exemple anglais, on observe que l’austérité couplée à la correction des prix de l’immobilier entraîne une stagnation/contraction de la demande domestique. Si l’immobilier du continent suit la même tendance, il faudra alors mesurer les répercussions sur des banques d’ores et déjà en difficulté.
Etats-Unis
Les Etats-Unis sont bien plus avancés que l’Europe sur deux sujets : le deleveraging des banques et la correction des prix de l’immobilier. Selon le FMI, le levier des banques n’est plus que de 12, contre 26 pour la zone Euro. Le prix d’un bien immobilier est ainsi revenu à des niveaux compatibles avec les revenus des ménages, voire attractifs vu la faiblesse des taux longs. Pour autant, il est difficile de percevoir une source de croissance autonome. Notamment, le chômage élevé casse la dynamique des salaires et il est à attendre un resserrement fiscal dont les contours sont encore incertains.
Quant aux entreprises, si elles ont les moyens d’investir (elles disposent de liquidités et la profitabilité est bonne), la disparition d’une incitation fiscale à l’investissement en 2012 laisse craindre que les dépenses des entreprises ne baissent l’an prochain. A nos yeux, un rebond du marché immobilier changerait le profil. On ne peut ni l’exclure ni compter dessus. Au total, l’économie américaine offre néanmoins actuellement un profil de risque plus modéré que le Vieux continent.
Pays émergents
D’une façon générale, les pays émergents ont rebondi durant la crise sous l’effet d’une croissance débridée du crédit et d’une politique monétaire laxiste, importée de facto des Etats-Unis afin de piloter la stabilité du taux de change face au dollar. Ils se heurtent donc actuellement à une triple problématique : levier, inflation, bulles immobilières. A l’instar des Etats-Unis au cours des années 2000, une partie encore difficile à estimer du boom du crédit était déraisonnable.
Ainsi, la Chine a développé un « shadow banking », encore opaque, qui a profité à des promoteurs immobiliers actuellement en difficulté. Au Brésil, le taux de défaut sur des crédits à la consommation à des prix prohibitifs augmente notablement. A court terme, les actifs émergents n’offrent donc pas le refuge qu’on pouvait imaginer. Cela étant, dans une perspective de moyen terme, les perspectives économiques des pays émergents demeurent bien supérieures sur des actifs généralement décotées. Il faudra donc savoir y revenir.
Dans un scénario noir où l’Europe entrerait en récession et où les Etats-Unis resteraient en stagnation, il est probable que non seulement les pays émergents pourraient difficilement venir à la rescousse des économies matures, mais également que le retournement de l’activité mondiale provoquerait des accidents au sein des pays émergents. L’histoire économique montre que la concomitance de bulles, d’inflation et de ralentissement économique doit inviter à une très grande prudence (Japon au début des années 90, crise des subprimes…). [...]