Qu’adviendrait-il, en cas de cessation de paiements, des grandes banques européennes ? Quid des dominos ultérieurs ?
Un cauchemar. Tout le monde oublie pourtant que la totalité de la dette grecque avoisine les 350 milliards d’euros, soit un peu plus que le déficit trimestriel des États-Unis. L’Europe est obligée de faire preuve de solidarité, quel qu’en soit le prix, afin d’éviter une deuxième crise bancaire, imparable cette fois. Angela Merkel a dû en tirer un peu tardivement la conclusion. 2012 est une année d’élection dans de nombreux grands pays et personne ne prendra le risque de déclencher une crise avant cette importante échéance.
Année d’élections, principalement aux USA où, en dépit d’un déficit de 1’400 milliards de dollars et d’une dette de plus de 14’000 milliards, les politiques n’ont rien appris de la crise et les démocrates continuent aveuglément à préconiser des dépenses sociales et les républicains des réductions d’impôts et un gouvernement plus réduit. Deux guerres et une sécurité sociale non-financées plus une crise ont créé un gigantesque et insoutenable déficit. Les lobbies républicains anéantissent à coups de millions de dollars toute initiative de suppression des niches fiscales. Leur efficacité a même permis à Wall Street de s’exempter d’impôts, en faisant admettre les milliards de plus-values et les bonus de ses vedettes, comme le fruit de leur « rude besogne quotidienne ». Dur labeur.
Toute hausse d’impôt étant donc exclue, la Fed continue à imprimer des billets verts, supports d’une monnaie de plus en plus sans valeur. En 2013, la dette américaine atteindra plus de 85% d’un PIB languissant. Autre épée de Damoclès, et non grecque celle-là, toute hausse des taux d’intérêt maintenus à 0% par la Fed se transformerait en un tsunami financier dévastateur. Après le QE2, le QE 2 ½ ? Pour continuer à fausser la réalité des taux longs. Sans un réel encaissement de l’impôt sur les grandes sociétés multinationales qui gardent leurs bénéfices à l’étranger et l’abolition des niches fiscales et autres exemptions d’impôts accumulées par l’administration Bush Junior, le déficit n’est pas près de prendre la voie d’un redressement. Ceci ne ralentirait pas la reprise économique, sans création d’emploi et très modérée pour le moment.
Avec un chômage record et une confiance du consommateur au plus bas, la hausse de 2% du PNB ne peut générer la création d’emplois salvateurs pour le rétablissement de la confiance et la réduction du déficit. Si les agences de notation n’étaient pas américaines, il est évident que les États-Unis auraient perdu leur AAA ; une baisse de notation qui d’ailleurs creuserait le déficit de 100 milliards de dollars supplémentaires. Tandis que les politiciens professionnels s’agrippent à leur réélection, il n’existe aucune velléité courageuse d’une politique bipartisane pour esquisser une sortie de crise. Sans réformes avant 2012, sans mesures drastiques (imposées par la crise), les gouvernements et les banques centrales continueront à faire tourner les planches à billets pour diluer la valeur de la monnaie et endormir la crise.
L’euro, dont tous les politiques saluent la stabilité et l’efficacité depuis dix ans, a connu une période d’inflation importante touchant les matières premières, les services, la santé, l’immobilier, l’énergie, etc. La baguette de pain est passée d’un franc français à un euro (x6.5) ! Stagnation ou baisse du pouvoir d’achat est synonyme d’économie très morose.
Les pays émergents continuent à croître rapidement et leurs monnaies à s’apprécier, procurant un soutien aux industries exportatrices européennes et américaines ; le Japon, toujours ralenti par les effets du tsunami, ne bénéficie pas de ce soutien. La montée de l’inflation et les premières tensions bancaires en Chine pourraient cependant commencer à infléchir leurs taux de croissance. De plus, le développement des industries locales n’aidera plus très longtemps certaines industries protégées par leur exclusivité. L’avion commercial chinois n’est plus très loin. Et déjà, Embraer pointe son nez dans le ciel de Boeing, Airbus et leurs sous-traitants.
Dans cette tourmente, le franc suisse tient la vedette, devenant une matière première largement spéculée au-delà de sa circulation. Et tant pis si les pertes de la Banque Nationale Suisse avoisinent les 40 milliards. La spéculation a fait prendre près de 20% au franc suisse, au grand dam des industries exportatrices et du tourisme durement touchés par cette spéculation. Le mini deutschemark est devenu un instrument de spéculation contre l’euro, faute de ne pouvoir vendre des drachmes… La BNS ne se montre plus dans le marché, chat échaudé craint l’eau froide. L’effet déflationniste sera ressenti au deuxième trimestre, à moins qu’entretemps un miracle sur l’Acropole n’ait détendu la situation.
Quelle politique d’investissement envisager dans une conjoncture aussi floue ? La lueur dans le brouillard est-elle un rayon de soleil ou le phare d’un train express arrivant à pleine vitesse à contre-voie ? L’or reste toujours l’actif roi. Les obligations d’état étant toujours les moins rémunérées et les plus risquées, il convient de ne trouver des taux rémunérateurs que sur des obligations industrielles et il existe encore de bonnes opportunités sur les taux fixes, comme sur les taux variables. Acheter de grandes actions industrielles solides à rendement élevé est une autre façon de se couvrir. Rien de très original, mais quand tout peut déraper à la lecture d’une dépêche d’agence de presse, mieux vaut éviter la volatilité. Et pourtant, on ne parle plus que de l’introduction en bourse de Zynga et de Facebook, après LinkedIn, à des capitalisations astronomiques, reflets de la liquidité ambiante !
Article original de Patrick Ségal, Banque Privée Edmond de Rothschild S.A., juin 2011