L’économie mondiale ne peut manquer d’être affectée par l’évolution de la conjoncture européenne en 2012 mais l’influence directe de celle-ci s’est réduite. La croissance américaine montre une nette résilience, celle des pays émergents ralentit quelque peu mais le recul de l’inflation libère des marges de manœuvre. D’autres dynamiques, en particulier celles des entreprises, vont dans un sens positif : qu’elles appartiennent au monde développé ou au monde émergent, la plupart conservent des stratégies d’expansion et d’investissement. Le caractère inédit de la crise qui touche la dette gouvernementale de pays développés a fortement perturbé les investisseurs. Le début de l’année 2012 s’annonce encore turbulent et le ralentissement en cours de la croissance mondiale plaide pour la prudence et les valeurs défensives. Néanmoins, le pessimisme généralisé génère d’ores et déjà des opportunités sur des actifs exagérément pénalisés.
Quelle issue imaginer à la crise souveraine en Europe ?
Les institutions européennes (à l’exception de la banque centrale) n’ont pas été conçues pour faire face à l’urgence. Les accords de juillet, octobre et décembre constituent une étape significative, mais leur mise en œuvre concrète devra être convaincante. Les traités européens comportent des objectifs en matière de dette et de déficit mais ne sont pas contraignants. Le jeu de leurs clauses (décisions à l’unanimité) s’est révélé paralysant. Les bonnes intentions des régulateurs bancaires (Bâle II) ont poussé les banques à des achats de dettes souveraines qui se révèlent une coûteuse erreur. Cette logique a entraîné les taux à la hausse pour les pays de la périphérie de la zone euro.
Les mécanismes d’aide existent, comme le Fonds Européen de Stabilité Financière, le rôle de la BCE sur le marché obligataire, l’hypothèse des euro-bonds ou une variante, sans être à la hauteur des besoins. La position de l’Allemagne peut se résumer au principe que la solidarité financière ne se conçoit pas sans responsabilité budgétaire et sans une meilleure surveillance des politiques budgétaires. Les différents sommets européens ont marqué de lents progrès dans le sens d’une meilleure coordination des politiques budgétaires comme de l’émergence d’instruments d’aide financière mieux adaptés (Mécanisme Européen de Stabilité). Dans l’attente des résultats, l’action de la BCE sera décisive et le lien opérationnel qui vient d’être institué entre la BCE et le FESF est significatif.
Une Europe mal partie ?
Une répétition pure et simple de 2008 paraît exclue car les données financières sont différentes. L’enchaînement entre crise souveraine et situation bancaire a pris un caractère systémique, mais la crise bancaire n’a pas la portée de 2008 grâce au caractère plus proactif de l’action de la banque centrale. Les difficultés économiques et budgétaires sont de degrés divers selon les pays. Par le canal du commerce intra-européen, il y aura transmission à l’ensemble de la zone de la baisse de la demande entraînée par l’austérité budgétaire, mais le poids et la vulnérabilité de chaque économie comptent aussi. Le PIB des pays les plus faibles de la zone euro ne représente que 17% du PIB global, alors que le PIB des pays les plus solides financièrement s’élève à 45% de celui de la zone euro.
Sur le plan de la solvabilité, les contraintes réglementaires pèsent sur les ratios de capitaux propres du secteur bancaire européen, allant dans le sens d’un crédit plus rare et plus cher, mais renforcer ce ratio peut prendre des voies diverses et l’effet sur la distribution du crédit n’est pas mécanique. Quant à l’accès aux sources de liquidités, la BCE a montré sa détermination à faire face à une situation difficile sur le marché interbancaire avec tous les instruments dont elle dispose, ayant pour effet immédiat de faire baisser les taux sur les emprunts obligataires et facilitant les émissions de dette publique des pays les plus fragiles. Enfin, la BCE a réduit ses taux directeurs de 1,25 à 1%.
États-Unis : une meilleure résistance
Le consommateur américain se montre déterminé à préserver son niveau de dépenses, malgré son souci de réduire son endettement. L’emploi progresse même si le chômage reste élevé, le coût de la dette a baissé et la valeur du patrimoine net des ménages s’est appréciée. Enfin, l’impact négatif de la correction de la spéculation immobilière appartient pour l’essentiel au passé.
Les taux à court terme resteront bas jusqu’en 2013 et la Réserve fédérale n’exclut pas de poursuivre son action de stimulation monétaire directe. En revanche, la politique budgétaire est plus difficile à apprécier. Aucun effort majeur de rééquilibrage des finances publiques ne sera possible au cours d’une année électorale. Les coupes automatiques prévues dans l’accord du mois d’août sur les dix prochaines années commenceront en 2013. La crainte est surtout de voir s’appliquer dès le 1er janvier 2012 les impôts dont l’application est actuellement suspendue. De même, sans action du Congrès, les aides aux chômeurs de longue durée ne seront pas prolongées au-delà de la fin de 2011.
Economies émergentes : la contribution de la Chine en 2012
Les tensions sur les prix semblent avoir atteint leur point d’inflexion en Chine. Le gouvernement devrait se montrer soucieux de continuer à freiner l’emballement du crédit et de l’immobilier. La transition politique, qui se profile à l’automne 2012, invite à la modération. L’accélération des échanges entre les pays émergents est un élément nouveau qui vient réduire l’influence directe des pays développés. Le poids de l’économie américaine est l’équivalent de l’économie européenne, mais les flux d’investissement entre les pays émergents sont devenus une partie intégrante des liens qui les unissent, tempérant l’influence des flux européens.
Le recul de l’inflation, grâce aux effets de base sur la composante « matières premières », redonne des marges de manœuvre aux autorités. Les banques centrales émergentes ont ainsi commencé à ajuster l’orientation de leurs politiques (Indonésie, Brésil, Israël, Turquie, Chine). [...]