Groupe Edmond de Rothschild
01/04/2011 - Analyses

Reprise mondiale à trois vitesses ?

La forte appréciation de la bourse américaine, qui a débuté en 2009, est de loin la plus spectaculaire de l’après-guerre. Le mouvement du second semestre 2010 se distingue particulièrement de la moyenne historique. Une question vient naturellement à l’esprit : cette envolée est-elle justifiée ?

La Réserve Fédérale a déversé d’immenses quantités de liquidités qui, à terme, vont se traduire par de l’inflation. Parallèlement, la dette publique est partie au plafond. Inévitablement, les créanciers vont demander des rémunérations réelles compensatoires, c’est-à-dire des rendements obligataires plus élevés. En dépit de l’effort considérable des autorités, le chômage refuse pour l’instant de baisser. De plus, le secteur du logement demeure complètement sinistré. Par conséquent, le moral des consommateurs américains ne décolle pas vraiment de ses plus bas historiques. Une reprise économique fabriquée de toutes pièces, par un gouvernement soucieux de sa réélection, peut éventuellement faire illusion à court terme, mais n’est pas crédible dans la durée.

 Dans ce contexte, rien de surprenant à ce que les ménages soient méfiants, face aux ponctions fiscales à venir et aux incertitudes sur l’emploi. Les investisseurs sont tout aussi circonspects. Echaudés par deux bulles boursières successives, ils se sont précipités sur les obligations publiques, réputées peu risquées. Cet engouement a provoqué une chute exagérée des rendements et prépare la prochaine crise. Le salut est-il alors dans les actions ? Certes les pronostics bénéficiaires sont attrayants : entre +10  % et +15 % en 2011 et en 2012, mais cette prévision optimiste ne se traduira en appréciation boursière, que si la prime de risque reste stable. Cette dernière hypothèse est incertaine. Premièrement, la croissance économique à long terme inspire toujours beaucoup de méfiance. Deuxièmement, un retour des pressions inflationnistes conduit souvent à une contraction de ces ratios de valorisation.

Belote et Rebelote

L’évolution graphique de la performance relative des actions américaines contre celle des obligations du Trésor à 10 ans est édifiante. Jusqu’en 1995, la courbe a suivi une pente ascendante de bon aloi, conforme à la théorie financière, qui veut que les actions progressent plus vite que les obligations sur le long terme. A partir du milieu des années 1990, les choses ont commencé à déraper, en raison de taux d’intérêt trop bas et d’un rêve technologique. Pendant cinq ans, les actions sont montées à la verticale, laissant loin derrière elles les placements à revenu fixe. Cette aberration s’est inévitablement terminée dans la douleur. Toutefois, la leçon n’a pas été tirée correctement et la bourse est repartie dans une envolée débridée à partir de 2003. La justification cette fois-ci a été l’hypertrophie des profits des banques grâce au boum des crédits douteux.

Belote et rebelote, les actions s’effondrent pour la seconde fois en compagnie du prix des maisons et les obligations du Trésor partent au plafond. Résultat, la crise du surendettement atteint un pic et le marché doit maintenant absorber une montagne d’obligations publiques. Comme la digestion risque d’être terriblement pénible, la Réserve Fédérale imprime de grandes quantités de billets pour racheter la dette étatique (QE2). L’histoire est loin d’être terminée, malheureusement. L’épilogue n’est pas encore connu. L’économie doit être purgée de toute cette dette excessive et la bulle obligataire doit se dégonfler. [...] 


Article original de Michel Lagier, Banque Privée Edmond de Rothschild S.A.


Reprise mondiale à trois vitesses ?
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