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« Dieselgate » : il est temps de changer d’ère

Actualité - 24/10/2017

Depuis la démission du PDG de Volkswagen et le passage aux aveux, à l’automne 2015, de plusieurs ingénieurs concernant l’utilisation d’un logiciel de trucage des tests d’émissions, le groupe a été pris dans la tourmente. Rien qu’aux États-Unis, il a écopé d’une amende de quelque 22 milliards de dollars. Il a également rappelé plusieurs millions de véhicules.

Ce scandale a transformé en profondeur tout le secteur. Des enquêtes ont été ouvertes en France à l’encontre d’autres constructeurs, tandis que les  consommateurs se méfient désormais du diesel, associé aux NOx (oxydes d’azote). Plusieurs études attestent de la dangerosité de ces émissions.
Ainsi, des chercheurs basés en Autriche, aux Pays-Bas, en Suède et en Norvège, ont dévoilé un constat accablant1. Ils ont calculé qu’environ 10.000 morts peuvent être imputées tous les ans en Europe à la pollution aux particules fines émises par les véhicules légers fonctionnant au diesel. Près de la moitié (soit quelque 4.750) aurait été évitée si les émissions d’oxydes d’azote par ces véhicules sur la route correspondaient à celles observées lors des tests en laboratoire.

Une page se tourne

Un peu partout sur la planète, les pouvoirs publics sont bien décidés à agir. Premier marché automobile mondial, la Chine plancherait sur la possibilité de proscrire la production et la vente de voitures à combustibles fossiles. La France et le Royaume-Uni, quant à eux, se sont déjà engagés à interdire d’ici
2040 les nouveaux modèles fonctionnant uniquement grâce à des combustibles fossiles, tandis que les Pays-Bas et la Norvège pourraient se fixer un objectif plus ambitieux encore. Le gouvernement écossais plaide pour sa part pour une interdiction de la vente de véhicules 100% essence et diesel d’ici 2032.

Les constructeurs comptent tirer aussi les leçons du passé. Ils annoncent tous, ou presque, leur conversion à l’électrification des véhicules. Volvo a dégainé le premier : dès 2019, tous ses nouveaux modèles seront équipés de technologies électriques ou hybrides. BMW, pour sa part, produira 12 modèles de ce type dès 2025. Au cours du premier semestre 2017, BMW a indiqué avoir vendu 42.573 véhicules électriques et hybrides rechargeables, soit une hausse de 80% en un an. La part de ces véhicules dans les ventes totales ne représente cependant que 3,5% mais l’objectif est fixé à 100.000 véhicules électriques
cette année.

Jaguar Land Rover a annoncé que ses nouveaux modèles seront tous électriques ou hybrides à partir de 2020 tandis que Hyundai Motor a dévoilé son intention de lancer, en 2021, une voiture électrique dotée d’une autonomie de 500 kilomètres. Le constructeur et sa filiale Kia Motors, qui
forment ensemble le cinquième groupe automobile mondial en termes de ventes, prévoient la sortie de 31 modèles respectueux de l’environnement d’ici 2020, dont huit électriques et deux à pile à combustible. Un bus électrique à pile à combustible est également prévu pour la fin de l’année.

Au-delà des réglementations, la baisse du prix des batteries et le développement des infrastructures, encore trop rares, aident un marché encore balbutiant. D’après les derniers chiffres de l’association européenne des constructeurs automobiles, les véhicules 100% électriques et hybrides ont représenté, en 2016, 433.847 immatriculations de voitures neuves dans l’Union européenne, soit près de 3% du total. Nul doute que le « Dieselgate » n’a pas fini de faire bouger les lignes.

1. Source : revue Environmental Research Letters ; septembre 2017.