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Glyphosate : un débat empoisonné ? - Les Chroniques de l'ISR #15

Actualité - 15/02/2018

Après deux années de tergiversations et de controverses autour du glyphosate, les États membres de l’Union européenne sont parvenus à un accord fin novembre 2017 : l’herbicide a été réautorisé pour une durée de 5 ans.

Le glyphosate (principe actif du fameux Round Up contenu dans de nombreux désherbants) serait l’herbicide le plus vendu et utilisé dans le monde. Il représenterait 25% du marché mondial des herbicides1. En France, environ 80002 tonnes auraient été commercialisées en 2016. Son utilisation par les collectivités locales est interdite depuis le 1er janvier 2017 et le sera totalement pour les particuliers à partir du 1er janvier 2019.

Les effets du glyphosate sur la santé ont fait l’objet de plusieurs études scientifiques donnant lieu à des avis divergents. Le centre international de recherche contre le cancer (CIRC), qui dépend de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a classé en mars 2015 le glyphosate dans la catégorie des "cancérigènes probables", après avoir décortiqué un millier d’études scientifiques. En novembre 2015, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) jugeait "improbable" le risque cancérigène du glyphosate. Le 15 mars 2017, l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) considérait à son tour que ce pesticide n’était pas cancérigène. Par ailleurs, depuis le 7 juillet, le glyphosate est inscrit sur la liste des cancérigènes de l’Etat de Californie.

 

 

 Toutes ces décisions contraires alimentent la controverse3. La raison est simple : le CIRC s’appuie sur des études publiées par des experts dont elle vérifie l’absence de conflits d’intérêts, alors que les agences réglementaires travaillent également sur la base d’études financées par les industriels et qui n’ont pas été rendues publiques. L’EFSA est accusée d’avoir plagié des pans entiers d’une étude déposée en 2012 par Monsanto au nom de la "Glyphosate Task Force", un lobby conduit par la firme américaine, et d’avoir accordé un droit de regard aux industriels qui a été à l’inverse refusé aux organisations non gouvernementales (ONG). Des études pertinentes auraient aussi été écartées par l’EFSA et l’ECHA4.

Attention aux amalgames

Le sujet se confond avec le projet européen de réglementation des perturbateurs endocriniens (PE). Le Parlement européen doit adopter les critères d’identification des PE, afin de les retirer du marché ou de leur en interdire l’accès. Les interdictions concerneraient d’abord les PE dans la famille des pesticides, avant de s’étendre à d’autres catégories de produits où ils sont également très présents : cosmétiques, plastiques ou jouets. Rappelons que les PE participeraient à l’augmentation de maladies comme l’infertilité, certains cancers, le diabète et l’obésité, ainsi que des troubles de développement du cerveau. A priori le glyphosate rentrerait dans la définition des PE.

Le Parlement européen a décidé le 18 janvier 2018 de créer une "commission spéciale sur la procédure d’autorisation des pesticides" chargée de déterminer s’il y a eu des failles dans le long processus de réautorisation du glyphosate pour 5 ans.



Le débat ne doit pas être relié à l’interdiction votée en France en juin 2016 des insecticides de la famille des néonicotinoïdes (les "tueurs d’abeilles") à partir de septembre 2018 (avec des exemptions possibles jusqu’en 2020). Ils font l’objet d’un moratoire en Europe depuis 2013, concernant la plupart des cultures (tournesol, maïs, colza), sauf les céréales à paille, l’hiver, ainsi que les betteraves. Pourtant, leur utilisation a explosé. Selon l’Union nationale de l’apiculture française (UNAF), les tonnages des cinq principaux "tueurs d’abeilles" vendus en France (acétamipride, clothianidine, thiaméthoxame, imidaclopride, thiaclopride) sont passés de 387 tonnes, en 2013, à 508 tonnes, en 2014. Soit une augmentation de 31% en un an. L’EFSA finalisera pour sa part son évaluation des risques pour les abeilles en février 2018.

1. Source : Le Monde Planète du 2/11/2017.
2. Source : franceinfo. 25/10/2017.
3. Nous n’abordons pas les effets sur la flore qui sont majeurs, notamment une réduction de l’absorption des éléments nutritifs du sol.
4. https://www.euractiv.fr/section/agriculture-alimentation/news/eu-agencies-accused-of-cherry-picking-evidence-in-glyphosate-assessment/