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Facteurs ESG et performances des petites et moyennes entreprises

Interview expert - 14/02/2017

Jamil Jaballah, Professeur assistant de finance à Grenoble Ecole de Management, partage avec nous son projet de recherche : une étude empirique du comportement des entreprises à petite ou moyenne capitalisation. L’idée est de comprendre quels facteurs affectent la performance de ces entreprises tant en matière financière (rentabilité économique et valorisation boursière) qu’en matière de responsabilité sociale (dimensions Environnementale, Sociale et de Gouvernance, ESG).

Une raison de penser que les entreprises à petite ou moyenne capitalisation sont différentes des grandes capitalisations est liée à leur structure de gouvernance. Cette structure est en effet souvent caractérisée par la présence du fondateur, en tant qu’associé ou dirigeant, ou par celle de ses descendants (Adams, Almeida, and Ferreira, 2005, et Fahlenbrach, 2009).

Notre hypothèse est que la présence d’une famille au contrôle ou au moins au
sein de la gouvernance des entreprises leur procure une vision de long terme
et une forte capacité d’engagement sur la durée qui peuvent avoir des
conséquences bénéfiques pour leurs activités.

Élaborer des stratégies environnementales innovantes nécessite des efforts à court terme, mais sont bénéfiques à long terme.



Par exemple, la capacité d’engagement de leurs dirigeants ou actionnaires pourrait permettre aux petites et moyennes capitalisations de mettre en oeuvre des stratégies novatrices en matière de ressources humaines qui rassurent les salariés en cas de ralentissement ou de défaillance afin de préserver leur implication et leur créativité (Sraer et Thesmar, 2007).

En outre, un horizon à long terme pourrait permettre à ces entreprises d’élaborer des stratégies environnementales innovantes qui nécessitent des efforts à court terme, mais sont bénéfiques à long terme (Benabou et Tirole, 2010).

Vision de long terme

Ce projet vise donc à comprendre quelles caractéristiques des petites et moyennes capitalisations (PMC) leur donnent la vision de long terme et la capacité d’engagement nécessaires pour mettre en oeuvre des stratégies performantes sur les plans financiers et extra-financiers. Pour délimiter l’étude, ce projet se concentre sur les PMC françaises.

La disponibilité des données concernant la performance extra-financière constitue la principale contrainte de l’étude (voir méthodologie).
Ces données sont utilisées pour étudier comment le taux de rentabilité de l’actif, le taux de rentabilité des capitaux propres, la valorisation boursière
(en relatif par rapport au montant de l’actif) et le niveau de responsabilité sociale sont reliés à différentes variables : le fait que le fondateur ou ses descendants détiennent une part significative du capital, le fait que le PDG soit le fondateur ou un de ses descendants, l’importance de l’actionnariat
salarié, la présence d’investisseurs institutionnels, etc.

Nous désignons par entreprise familiale toute entreprise dont la famille fondatrice ou une seule famille détient plus de 20% (Sraer et Thesmar, 2007).
Ainsi, la base de données contient 163 entreprises familiales et 78 entreprises
non-familiales. 52% des entreprises familiales sont toujours gérées par leur
fondateur et 25% par un descendant. De plus, le taux de rentabilité des capitaux propres (mesuré par le ROE, Return on Equity) semble plus élevé
pour une entreprise contrôlée par une famille. Enfin, les entreprises familiales semblent plus petites et plus âgées que les entreprises non-familiales.

Une plus grande performance extra-financière

D’abord, les entreprises familiales, lorsqu’elles sont encore détenues par le fondateur ou ses descendants, apparaissent comme plus performantes au niveau économique. Ce résultat est valable dans plusieurs cas : que la performance économique soit mesurée par le taux de rentabilité de l’actif (Return on Assets, ROA) ou par le taux de rentabilité des capitaux propres.
De plus, la volatilité des rendements boursiers journaliers apparaît plus
faible pour les entreprises familiales encore dirigées par leur fondateur ou
par un descendant.

Les marchés boursiers intègrent la surperformance économique des entreprises familiales.



Ensuite, il semble que les marchés boursiers intègrent cette surperformance économique des entreprises familiales. Néanmoins, la valorisation boursière des entreprises familiales dirigées par un descendant apparaît plus faible alors que sa rentabilité financière est meilleure que celle des entreprises non-familiales.

Aussi, de manière cohérente avec notre hypothèse sur l’impact d’un engagement de long-terme, une entreprise dont une plus grande proportion du capital est détenue par ses salariés semble avoir une meilleure rentabilité économique et une plus faible volatilité des rendements. Ces bonnes performances financières semblent néanmoins ne pas être reflétées dans les valorisations boursières.

Enfin, le contrôle d’une entreprise par une famille lorsque cette entreprise est dirigée par le fondateur ou par un dirigeant extérieur est associé avec une plus grande performance extra-financière. Ce résultat est aussi présent pour les entreprises qui ont une plus grande proportion d’actionnaires salariés ou de salariés dans le conseil d’administration.

Il semble que les entreprises qui bénéficient d’une orientation long-terme, due au contrôle par une famille ou à une présence forte des employés dans le capital, sont plus performantes tant au niveau économique qu’au niveau extra-financier.

 

  

 
MÉTHODOLOGIE :
Pour avoir accès à une base de données large sur les PMC, nous avons obtenu des données auprès d’Ethifinance qui couvre 241 PMC sur la période 2009-2013. 74% de ces entreprises appartiennent à l’indice CAC Mid & Small.
Les données comptables proviennent d’Infinancials Database. La base de données FactSet détaille les participations des actionnaires institutionnels. Les données boursières proviennent de Datastream. L’identité des dirigeants et le pourcentage d’actions détenues par les familles des fondateurs sont collectés manuellement.