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La réglementation et la digitalisation au cœur de nos préoccupations

Interview expert - 15/03/2017

Lionel Lafon, vice-président de la Chambre Nationale des Conseils en Gestion de Patrimoine (CNCGP) et David Charlet, Président de l’association nationale des conseils financiers (Anacofi), livrent leurs visions des enjeux de la profession.

Laurent Dumas - Crédit photo : Adrien DasteLionel Lafon est associé et fondateur en 2000 du cabinet Massalia Finance, activité de CGP auprès de 700 familles.
Président régional Provence CNCGP de 2013 à 2016, il occupe le poste de vice-président depuis mars 2016.

 

 

Laurent Dumas - Crédit photo : Adrien DasteDavid Charlet est chef d’entreprises en gestion de patrimoine et développement/financement des
entreprises en France et en Europe depuis 1997. Il est
aujourd’hui Président de CC&A Finance Patrimoine Formation. Il est également le Président de l’Association Nationale des Conseils Financiers (ANACOFI) depuis 2004, représentant 4000 entreprises et 40 000 emplois, et de son « Co-régulateur » (l’ANACOFI-CIF) depuis 2005, représentant 46% des professionnels CIF agréés en France.

Quels seront les grands thèmes abordés lors de votre congrès annuel du 21 mars 2017 ?

Lionel Lafon : En premier lieu, nous aborderons l’évolution de l’activité des CIF-CGP : les enjeux et opportunités qui se présentent à nous à court terme. Nous évoquerons ensuite le renforcement des relations entre les sociétés de gestion et les CGP en mettant en exergue nos objectifs communs.

Quels seront les grands thèmes abordés lors de votre congrès annuel du 16 mars 2017 ?

David Charlet : Tout d’abord, nous rappellerons les actions menées au cours de l’année 2016, parmi lesquelles figure la réorganisation interne. Nous ferons également le point sur le positionnement de l’association et les interactions avec notre écosystème en 2017. Nous prendrons le temps de décrypter les
nouvelles évolutions réglementaires et leurs implications pour la profession. Enfin, nous nous livrerons à un exercice prospectif, à l’image de celui réalisé cinq ans auparavant. Il s’agira de comprendre et anticiper la réalité de nos métiers à horizon 2022.

Parlez-nous des grands chantiers de votre association pour cette année.

LL : Dans le cadre de nos activités plurielles, nous nous attacherons à définir et proposer à nos adhérents des formations réglementaires adaptées à des tarifs abordables. En 2017, nous avons comme objectif de promouvoir le label
qualité de la Chambre auprès du grand public et plus largement de faire connaître et reconnaître la profession de CGP-CIF par tous les responsables politiques et par les épargnants à la recherche d’un conseil avisé. Nous réaffirmons notre vigilance constante quant à l’émergence de produits atypiques, non régulés, dans un but de défendre l’intérêt du client final. 
Notre engagement en faveur d’un conseil professionnel, d’un accompagnement transparent et durable de ceux-ci est inscrit dans notre code de déontologie. Ce code est l’ADN de la CNCGP.

DC : Au cours des prochains mois, nous allons consacrer une bonne partie de notre énergie à la préparation de l’année 2018, en concertation avec les régulateurs, dans la perspective d’évolutions réglementaires majeures (transposition en droit français des directives MiFID II1 et DDA2, application de la norme Priips3) l’an prochain. Dans ce contexte, l’un des chantiers majeurs pour l’association cette année sera celui de la formation, afin de mettre à disposition de nos membres des outils toujours plus performants pour leur permettre de respecter leurs obligations.

Quels rapports entretenez-vous avec les autorités de tutelle ?

LL : Nous entretenons des relations nourries et régulières avec les autorités de tutelle, à savoir l’Autorité des marchés financiers (AMF) et l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Ces échanges contribuent à créer la régulation future de notre profession. La CNCGP poursuivra activement cette année son activité de lobbying selon 3 axes : suivi de l’élaboration des derniers textes européens, démarches auprès de nos autorités nationales de contrôle et de la haute administration, et bien sûr, relations avec tous les acteurs de notre écosystème.

DC : Nos rapports avec les autorités de tutelle sont étroits. Nous travaillons main dans la main sur les grands sujets qui transforment en profondeur l’activité de nos membres.

Quels sujets préoccupent plus particulièrement les membres de votre association ?

LL : Les préoccupations majeures de nos membres concernent les obligations de formation et le tandem réglementation/digitalisation. Ces contraintes doivent pouvoir être transformées en opportunités. Tout d’abord, la réglementation a un coût en termes de moyens techniques et humains.
Nos adhérents ont accès à un outil inédit : le kit réglementaire comptant pas moins de 52 documents pour les aider dans l’exercice au quotidien de leurs métiers.
Concernant les nouvelles règles en matière de formation, plus exigeantes qu’auparavant en termes de volume horaires, nous travaillons à l’élaboration d’un tronc commun visant à mutualiser l’enseignement et réduire le nombre d’heures global. Quant à la digitalisation, nous y sommes bien évidemment favorables : nous avons besoin d’outils innovants et performants. C’est pourquoi nous encourageons le développement des fintechs opérant en B to B.

DC : En premier lieu, la réglementation suscite l’inquiétude, notamment chez les plus petits acteurs qui estiment qu’ils vont rencontrer d’importantes difficultés d’adaptation.
Le changement permanent, à vitesse grand V et tous azimuts, crée du stress. On ne voit jamais le bout d’un tunnel qui se prolonge sans cesse.
Autre défi de taille à relever pour nos membres : la digitalisation de l’activité. A priori perçue comme un risque, nous devons la considérer comme une opportunité, créatrice de valeur (structuration des fichiers clients par exemple) et d’emplois. Beaucoup de conseillers financiers sont désormais
équipés en matériel technologique. La transformation de nos métiers a déjà commencé et va s’accélérer.
L’un des sujets de préoccupation majeurs des dernières années, à savoir le ralentissement de l’activité, est relégué au second plan. Toutefois, nous pourrions constater une résurgence de ce risque à l’approche des élections. Nos membres affichent aujourd’hui une santé solide, en raison notamment
de l’augmentation du nombre de clients. Par conséquent, nous n’observons plus de destruction massive d’entreprises.
Le solde est structurellement positif. Notre univers a changé, bénéficie d’une forte notoriété et d’une visibilité accrue.
Il est davantage structuré. Tout un écosystème s’est construit et voit émerger des acteurs de taille importante.

Quels sont les enjeux des élections - présidentielles et législatives - pour la gestion de patrimoine ?

LL : Au lendemain des futures élections, nous souhaitons voir apparaître un horizon dégagé et plaidons pour la mise en oeuvre d’un programme a minima quinquennal qui conduirait à une stabilité fiscale. Il est impératif que nos gouvernants redonnent confiance et envie aux épargnants de se tourner vers
des solutions d’épargne long terme aux bénéfices de l’économie réelle.

DC : Les enjeux ne sont clairement pas neutres. Nous n’anticipons pas de coup de frein violent mais plutôt une vague d’attentisme patrimonial, à l’approche des scrutins du printemps. Les clients pourraient reporter certaines décisions,
au regard des nombreuses incertitudes entourant le cap qui sera donné par le(s) candidat(s) élu(s). Par exemple, la mise en oeuvre du prélèvement à la source génère du stress. Dans ce contexte, un accompagnement renforcé de nos membres s’avère indispensable et nous y travaillons constamment.

1. La directive MiFID II réforme les règles en vigueur sur les marchés d’instruments financiers.
2. Directive européenne sur la distribution d’assurances.
3. Obligations d’information des épargnants sur les produits.