​​

Tarifs douaniers contre la Chine, ton monétaire accommodant au Brésil et en Russie et nouveau recul des PMI en zone euro

L'hebdo des économistes - 27/03/2018

En bref
  • L’administration Trump a annoncé sa volonté de mettre en place des tarifs douaniers sur des biens importés de Chine en réponse à « l’agression économique » de Pékin. Les détails sont peu nombreux
  • La Chine devrait privilégier une approche proportionnelle, répondant par des mesures commerciales comparables aux actions des Etats-Unis
  • Au Brésil et en Russie, les banques centrales ont abaissé leur taux directeur de 25 bps dans un contexte de faible inflation. Elles ont laissé ouverte l’option de prochaines baisses de taux
  • En zone euro les indices PMI de confiance des directeurs d’achats se sont repliés à nouveau en mars, ce qui tend à confirmer un ralentissement de la croissance du PIB en 2018, comme nous l’anticipions

États-Unis – la maison blanche combat le vol de propriété intellectuelle en imposant des tarifs contre la chine

En réponse à « l’agression économique » de la Chine, le président Trump a annoncé le 22 mars vouloir imposer des tarifs sur USD 60 milliards de biens importés. Les États-Unis accusent Pékin de vol de propriété intellectuelle, notamment en imposant aux entreprises américaines voulant s’installer en Chine de former des partenariats avec des acteurs locaux. Le but annoncé par l’administration Trump est de réduire de USD 100 milliards le déficit commercial (hors services) des États-Unis avec la Chine, qui s’élevait en 2017 à USD 375.2 milliards.

Dans le mémorandum publié par la Maison Blanche, les mesures avancées sont les suivantes :

  • Proposer d’ici 15 jours une liste de produits en provenance de Chine qui seront soumis à des tarifs plus élevés. Si les tarifs exacts devront être déterminés en fonction des produits, le président américain a évoqué dans son discours un pourcentage proche de 25%. Une fois la liste publiée, il y aura une période de consultation de 30 jours avant que les mesures définitives soient appliquées.
  • Porter devant l’OMC les pratiques discriminatoires de la Chine en matière de licences et ses pratiques déloyales en matière de commerce.
  • Proposer d’ici 60 jours des actions visant à limiter les investissements chinois, dirigés ou facilités par Pékin, aux États- Unis dans les secteurs de l’industrie ou des technologies.

Les détails des mesures que nous recevrons au cours des prochaines semaines devraient nous permettre d’évaluer l’impact sur l’économie américaine. Le montant de USD 60 milliards de biens importés concernés par ces tarifs représenterait 2.6% des exports totaux chinois de biens. Face à ces développements, la Chine a rappelé sa volonté d’éviter une guerre commerciale tout en précisant qu’elle n’était pas intimidée par cette perspective. Il est donc probable que la Chine favorise une approche proportionnelle, répondant par des mesures comparables aux actions américaines afin d’éviter une escalade. Ainsi, en réaction aux tarifs douaniers américains sur l’acier et l’aluminium, la Chine a établi une liste de 128 produits américains – pour un montant proche de USD 3 milliards, à comparer aux USD 130.4 milliards d’exportations annuelles américaines vers la Chine – qui pourraient être frappés de droits douaniers accrus si aucun accord n’était trouvé entre les deux pays. Parmi ces produits figurent entre autres les exportations de vin, de fruits secs et de porc. Cette liste ne comprend pas les principales exportations des Etats-Unis vers la Chine, à savoir le soja, les composants aéronautiques et les véhicules.

Enfin, préalablement à l’entrée en vigueur des nouveaux tarifs douaniers sur les importations américaines d’acier (25%) et d’aluminium (10%) ce vendredi 23 mars 2018, l’administration Trump a accordé des exemptions provisoires, jusqu’au 1er mai 2018, aux pays suivants : Argentine, Australie, Brésil, Canada, Mexique, pays membres de l’Union européenne et Corée du Sud. Ces exemptions ouvrent donc la voie à une période de négociations, suggérant une attitude plus flexible qu’initialement annoncée de l’administration américaine.

Brésil & Russie – baisse des taux directeurs de 0.25%

La semaine a été également marquée par les réunions de plusieurs banques centrales. Ainsi, dans les pays développés, la décision de la Fed était très attendue tandis que dans les pays émergents les banques centrales du Brésil et de la Russie ont également tenu leurs réunions.

La Banco Central do Brasil a poursuivi son cycle monétaire accommodant en baissant ce 21 mars son taux directeur de 25 bps à 6.50%, un plus bas historique. Cette décision s’inscrit dans un contexte de poursuite de la reprise économique au Brésil . Le Comité de politique monétaire (COPOM) a rappelé cette amélioration des fondamentaux brésiliens tout en estimant qu’un ton monétaire accommodant – à savoir des taux d’intérêt sous leur niveau neutre – était approprié. Le COPOM a ainsi ouvert la porte à une possible prochaine baisse de 25 bps du taux directeur lors de la réunion du 16 mai, estimant qu’un stimulus monétaire additionnel réduirait le risque d’une convergence trop progressive de l’inflation brésilien ne vers sa cible. Celle-ci figure en effet à un point bas de 2.8% tandis que la banque centrale brésilienne a revu à la baisse ses projections d’inflation pour la fin 2018, celles-ci s’établissant à 3.8% contre 4.2% précédemment en février. En revanche, les projections de la banque centrale pour le terme de l’année 2019 n’ont été que marginalement revues à la baisse, de 4.2% en février dernier à 4.1% ce qui n’est pas significativement éloigné de l’objectif d’inflation de 4.25% pour 2019. La poursuite du cycle baissier des taux directeurs ne paraît donc pas acquise d’autant qu’elle semble aussi subordonnée aux développements internationaux ainsi que l’a rappelé le COPOM. A ce titre, le durcissement du ton protectionniste de la part des Etats-Unis pourrait peser sur la confiance des investisseurs à l’égard des actifs émergents. Dans ce contexte, une dépréciation du real brésilien accroîtrait l’inflation domestique via le renchérissement des biens importés.

En Russie, la banque centrale a également abaissé son taux directeur de 25 bps à 7.25%. La Central Bank of Russia a revu à la baisse ses projections d’inflation à 3-4% pour la fin 2018 tout en anticipant une croissance réelle de l’ordre de 1.5%-2% les prochaines années, en ligne avec le potentiel de l’économie russe. La banque centrale a annoncé poursuivre cette orientation monétaire, les taux pourraient ainsi s’établir à 6-7% en cours d’année, niveau considéré comme neutre par celle-ci.

Zone euro – les indices PMI tendent à confirmer un ralentissement de l’activité

La confiance des directeurs d’achats a continué de s’affaiblir en zone euro en mars. Les indices PMI ont en effet marqué un nouveau repli dont l’ampleur a été supérieure aux attentes du consensus. Ainsi, pour l’ensemble de la zone euro, l’indice manufacturier a reculé de 58.6 à 56.6 (contre 58.1 attendu) et s’établit en conséquence à son plus bas niveau depuis juillet 2017. Dans le secteur des services, l’indice a baissé de 56.2 à 55.0 (contre 56.0 attendu), un niveau équivalent à celui auqu el il était en octobre 2017. Enfin, l’indice composite, qui synthétise l’évolution de l’activité dans ces deux secteurs, a marqué un repli de 57.1 à 55.3 (contre 56.8 attendu) et s’affiche de fait à son plus bas niveau depuis janvier 2017.

Dans les détails, la plupart des composantes de ces enquêtes était en baisse. On soulignera toutefois que la tendance observée de détérioration des composantes relatives aux commandes, depuis janvier pour le secteur manufacturier et février pour le secteur des services, s’est poursuivie. Ainsi, pour l’enquête manufacturière, l’indice « nouvelles commandes » a baissé de 58.1 à 55.4 (son plus bas niveau depuis novembre 2016) et l’indice « nouvelles commandes à l’exportation » a reculé de 56.8 à 54.7 (son plus bas niveau depuis décembre 2016). Si, dans le cadre de la publication préliminaire de ces enquêtes, il n’y a pas d’informations relatives aux commandes dans les services, l’indice « nouvelles commandes » de l’enquête composite s’est affaibli de 56.5 à 55.0 (son plus bas niveau depuis janvier 2017).

Par zones géographiques, les enquêtes publiées pour l’Allemagne et la France ont suivi la même orientation que pour la zone euro, tant dans le secteur manufacturier que dans celui des services. En conséquence, l’indice composite allemand a baissé de 57.6 à 55.4 et son équivalent pour la France a reculé de 57.3 à 56.2. Ils sont revenus à leurs plus bas niveaux depuis respectivement juillet et août 2017.

Dans l’ensemble, ces enquêtes auprès des directeurs d’achats tendent à conforter notre scénario selon lequel, après avoir bénéficié d’un phénomène de rattrapage en 2017, la croissance du PIB de la zone euro pourrait se modérer en 2018. L’évolution des composantes relatives aux commandes tend, de plus, à confirmer que le commerce extérieur pourrait être un moindre soutien à la croissance qu’il ne l’avait été en 2017 car, malgré la vigueur de la demande mondiale, l’appréciation de l’euro advenue depuis avril 2017 (de près de 9.0% en termes effectifs et, en particulier, de 17% contre le dollar) commencerait à peser.

Le ralentissement de la croissance du PIB et l’absence de pressions inflationnistes amèneraient, selon notre scénario, la BCE à conserver une politique monétaire accommodante. Ainsi, nous maintenons notre prévision selon laquelle la BCE mettrait un terme à ses achats d’actifs en septembre 2018 mais conserverait ses taux directeurs à leurs niveaux actuels et poursuivrait ses réinvestissements des montants qu’elle reçoit lorsque des titres qu’elle détient arrivent à échéance en 2018 et en 2019.

Sophie Casanova - Économiste, Banques centrales,
François Léonet - Économiste, Marchés Émergents,
Lisa Turk – Économiste, États-Unis.