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La Banque Centrale Européenne et la Banque du Japon confirment qu’elles entendent demeurer prudentes

L'hebdo des économistes - 02/05/2018

En bref
  • La Banque Centrale Européenne (BCE) et la Banque du Japon (BoJ) n’ont pas modifié leur politique monétaire, comme nous l’anticipions. La tonalité de leur discours a par ailleurs été dovish…
  • … M. Draghi indiquant que la modération récente de l’activité en zone euro requérait de la prudence…
  • … la BoJ renonçant à réitérer que l’inflation japonaise devrait revenir à sa cible au cours de l’année fiscale 2019

Banques centrales – la BCE et la BoJ maintiennent leur politique monétaire accommodante

La Banque Centrale Européenne (BCE) et la Banque du Japon (Bank of Japan – BoJ) ont tenu leurs réunions de politique monétaire respectivement le 26 et le 27 avril dernier. Si les deux grandes banques centrales n’ont pas apporté de modification à leur politique monétaire, leurs communications sont toutefois apparues très prudentes, comme nous l’anticipions. Ainsi, la BCE a pris acte de la modération du rythme de l’activité en zone euro et M. Draghi a indiqué que celle-ci requérait de la prudence, tandis que la BoJ a renoncé à donner un horizon temporel pour le retour de l’inflation à sa cible de 2.0%, qu’elle prévoyait lors de sa réunion précédente comme pouvant advenir lors de l’année fiscale 2019.

En zone euro, la BCE a maintenu ses taux directeurs, le taux de dépôt et le taux de refinancement, à respectivement -0.40% et 0.00% et a réaffirmé qu’elle entendait poursuivre ses achats d’actifs au rythme mensuel de EUR 30 milliards jusque septembre 2018 et « au-delà si nécessaire ». En outre, elle a maintenu ses indications quant à l’orientation de sa politique monétaire c’est- à-dire ses forward guidances en réaffirmant:

  • d’une part, que les taux d’intérêt demeureront à leurs niveaux actuels pendant une période prolongée, et bien au-delà de l’horizon fixé pour les achats nets d’actifs ;
  • d’autre part, que les réinvestissements qu’elle opère lorsque les titres qu’elle détient arrivent à maturité seront poursuivis « pendant une période prolongée après la fin de ses achats nets d’actifs et, en tout cas, aussi longtemps que nécessaire ».

Dans la déclaration introductive à sa conférence de presse, M. Draghi a souligné que les informations économiques récentes, c’est-à-dire notamment les enquêtes de confiance telles que les PMI mais également les chiffres de production industrielle, indiquaient une modération du rythme de l’activité. Si le Président de la banque centrale n’a pas souhaité se montrer alarmé, considérant que ces informations demeurent « compatibles avec une expansion robuste et généralisée de l’économie de la zone euro », il a précisé toutefois lors de la séance de questions-réponses qu’il s’agissait d’une source d’inquiétude pour la BCE.

En particulier, M. Draghi a indiqué que le conseil des gouverneurs prévoyait un ralentissement de l’activité après la forte accélération de la croissance du PIB en 2017. Mais il a précisé que l’ampleur de celui-ci a été supérieure à ce qui était anticipé. Pour lui, certains facteurs exceptionnels tels que le froid hivernal, les grèves dans certains pays ou bien encore la tenue des fêtes de Pâques plus tôt que l’année dernière, pourraient expliquer en partie ce moindre dynamisme de l’activité. Cependant, il a ajouté qu’il pourrait également résulter d’un ralentissement de la demande. De fait, ces évolutions nécessitent selon lui un suivi attentif de la BCE et une analyse prudente des évolutions économiques.

Implications :

  • Comme nous l’anticipions, la BCE a opté pour le statu quo et n’a pas donné d’indication supplémentaire quant à une éventuelle modification à venir de sa politique monétaire.
  • La tonalité du discours de M. Draghi, notamment lors de la séance de questions-réponses, conforte notre scénario  selon lequel la BCE pourrait se montrer, au cours des prochains mois, plus accommodante que ce qui est anticipé. Ce d’autant plus que le maintien de l’inflation à un bas niveau (l’inflation sous-jacente s’est établie à 1.0% en mars soit à un niveau identique à celui auquel elle était lors des deux premiers mois de 2018 et en moyenne en 2017) devrait la convaincre de ne pas précipiter la normalisation de sa politique monétaire.
  • Ainsi, nous maintenons notre prévision selon laquelle la BCE mettrait un terme à ses achats d’actifs en  septembre  2018 mais conserverait durablement ses taux directeurs à leurs niveaux actuels.

Au Japon, la BoJ a conservé sa politique monétaire en maintenant son taux directeur à -0.1% et en réaffirmant son objectif pour le rendement JGB 10 ans proche de 0.00%. Comme cela avait été le cas lors de sa réunion de mars, huit membres du comité de politique monétaire ont voté en faveur de cette décision tandis que G. Kataoka s’y est opposé jugeant qu’il était préférab le que la BoJ adopte une politique monétaire encore plus stimulante en révisant à la baisse son objectif pour le rendement JGB 10 ans.

Les nouvelles prévisions des membres du comité de politique monétaire montrent que ceux-ci sont légèrement plus confiants quant aux perspectives de croissance du PIB pour les années 2018 et 2019 mais que pour autant ils ne prévoient pas que l’inflation soit plus forte que ce qu’ils anticipaient précédemment (les prévisions d’inflation pour les années fiscales 2017 et 2018 ont d’ailleurs été marginalement revues à la baisse).

Surtout, dans le cadre de la publication de ces nouvelles prévisions, les membres du comité de politique monétaire n’ont pas réaffirmé qu’ils anticipaient que l’inflation reviendrait à 2.0% au cours de l’année fiscale 2019, c’est-à-dire entre avril 2019 et fin mars 2020. Ainsi, la BoJ, qui avait déjà dû repousser à six reprises l’horizon pour lequel elle prévoyait un retour de l’inflation à sa cible, a finalement renoncé à donner toute indication temporelle quant à l’atteinte de son objectif.

Implications :

  • La décision de maintien de sa politique monétaire par la BoJ était conforme à notre scénario.
  • Les nouvelles prévisions des membres du comité de politique monétaire confirment que si ceux-ci sont légèrement   plus confiants quant aux perspectives de croissance du PIB, ils n’anticipent pas pour autant d’accélération prochaine de l’inflation.
  • Bien plus, l’abandon par la BoJ de toute indication quant à l’horizon de retour de l’inflation à sa cible est un signal important selon notre analyse : la BoJ pourrait être moins confiante dans sa capacité à atteindre son objectif d’inflation à moyen terme et elle pourrait avoir préféré omettre toute référence temporelle plutôt que de repousser à nouveau la date d’atteinte de son objectif afin de ne pas nuire à sa crédibilité.
  • Ces éléments confortent notre scénario selon lequel la BoJ devrait maintenir durablement, et plus longtemps encore  que les autres grandes banques centrales, sa politique monétaire accommodante. Nous maintenons notre prévision selon laquelle elle conserverait son taux directeur et la cible pour le rendement 10 ans à leurs niveaux actuels en 2018.

Sophie Casanova – Économiste, Banques Centrales.