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L’accélération de l’inflation américaine reste contenue, la production industrielle en Allemagne décélère, stabilité du crédit en Chine

L'hebdo des économistes - 15/05/2018

En bref
  • L’inflation totale américaine a augmenté de 2.4% à 2.5% en avril. Si cette hausse de l’inflation pourrait continuer jusque mi-2018, notamment en raison de la hausse des prix du pétrole,…
  • ...l’inflation sous-jacente devrait progresser dans une moindre mesure en 2018, permettant à la Fed de poursuivre son resserrement monétaire de manière graduelle
  • En Allemagne, la croissance de la production industrielle décélère au premier trimestre confirmant une modération de la croissance dans un contexte de stabilisation de son activité
  • La croissance du crédit en Chine s’est stabilisée en avril alors que, notamment, les composantes liées au crédit informel poursuivaient leur décélération, suivant la volonté de désendettement de Pékin

Aux Etats-unis, l’inflation progresse lentement mais sûrement

Aux États-Unis, l’indice des prix à la consommation a progressé de 2.4% à 2.5% en croissance annuelle en avril. Alors que l’inflation était de 2.1% en moyenne en 2017, puis de 2.2% en moyenne au premier trimestre 2018, cette accélération des prix pourrait se poursuivre jusqu’en juillet 2018, portée non seulement par une accélération de la croissance du PIB mais également par la hausse des prix du pétrole. Au deuxième semestre, l’inflation pourrait ensuite retomber. Si ces variations de prix pourraient inquiéter certains investisseurs, les membres de la Réserve Fédérale ne devraient pas se laisser déstabiliser, puisque la mesure d’inflation qu’ils privilégient est bien l’inflation sous-jacente, qui exclut les prix énergétiques et alimentaires, et qui ne devrait progresser que dans une moindre mesure.

La légère accélération de l’inflation globale a avant tout été soutenue par une hausse des prix de l’énergie, dont la contribution a augmenté de 0.4 point de pourcentage (pp) en mars à 0.5 pp en avril, et de l’alimentaire.

  • Le prix moyen du pétrole a atteint USD 66.3/baril en avril (prix du pétrole américain WTI), en hausse de 29.5% en glissement annuel. Si ces niveaux du prix du pétrole persistaient, l’inflation pourrait atteindre un pic proche de 3% en juillet 2018. Toutefois, une telle accélération de l’inflation devrait être temporaire, car principalement liée à la faiblesse antérieure des prix du pétrole, le prix du WTI ayant atteint USD 46.6/baril en juillet 2017. Ainsi, dès le deuxième semestre 2018, l’indice des prix pourrait voir sa croissance revenir autour des niveaux actuels.

L’inflation sous-jacente est quant à elle restée stable à 2.1% en avril, légèrement en-dessous des attentes du consensus.

  • C’est l’évolution du prix des biens sous-jacents, plutôt que celle des services sous-jacents qui est à l’origine de la faiblesse de l’inflation hors énergie et aliments. Depuis janvier 2017, l’indice des prix des biens sous-jacents (habillement, véhicules, produits médicaux, tabac) baisse d’en moyenne -0.6% en glissement annuel, alors que le prix des services sous-jacents (logement, transport, services médicaux) progresse de 2.7% sur la même période (cf. graphique de droite). En avril, c’est encore la baisse du prix des véhicules anciens et neufs, de -0.9% et -1.6% respectivement par rapport à l’année dernière, qui explique en grande partie cette faiblesse des prix des biens.

Implications

  • Nos analyses récentes sur le marché du  travail et sur l’investissement des entreprises montrent que  le cycle économique pourrait se prolonger à court terme sans tensions inflationnistes trop importantes. Le retour sur le marché de l’emploi de nombreux travailleurs encore disponibles, mais actuellement exclus de la population active, devrait notamment  limiter une  trop  forte hausse des salaires et, de  fait, des tensions inflationnistes.
  • Ainsi, même si l’inflation totale américaine pourrait accélérer jusqu’en juillet, la moindre progression de l’inflation sous- jacente devrait persister en 2018. En conséquence, la Réserve fédérale devrait poursuivre son resserrement monétaire à un rythme graduel, en ligne avec notre scénario.

Allemagne - la croissance de la production industrielle décélère au premier trimestre confirmant la stabilisation de l’économie

La décélération de la croissance de l’activité économique en zone euro peut être appréciée par le dynamisme du secteur industriel allemand qui représente 9% du PIB de la zone euro. Aussi, le rebond de la production industrielle allemande observé en mars n’est pas suffisant pour infirmer un ralentissement plus marqué en 2018, d’autant plus que les indicateurs avancés viennent seulement d’entamer leur décélération depuis des plus hauts cycliques.

L’activité industrielle s’est ainsi redressée en mars de 1% en variation mensuelle aidée par les productions de biens d’investissement (+2.6%) et de biens de consommation (+1.1%). La production dans le secteur de la construction gagne 0.6% après la baisse de février expliquée par de mauvaises conditions climatiques, un rebond en ligne avec le retour en territoire d’expansion de l’indice PMI de la construction. La croissance de la production industrielle a ainsi décél éré en 2018, passant de 6.6% en décembre 2017 à 3.2% en mars 2018 avec notamment une contraction mensuelle de 1.7% en février.

Cette décélération au premier trimestre se justifie par :

  • une forte accumulation de stocks en 2017,
  • des risques baissiers sur la demande extérieure, en raison de possibles renégociations sur les accords commerciaux internationaux notamment avec les Etats-Unis,
  • l’appréciation du taux de change effectif réel de l’euro de 8% depuis avril 2017, et notamment de 13% face au dollar américain – la devise représentant 28% des exportations de l’Allemagne vers les pays non-européens,
  • les récentes renégociations des salaires qui devraient avoir des effets toutefois temporaires sur l’activité industrielle.

Ainsi, la croissance dans le secteur industriel allemand décélère dans des proportions plus importantes que celles suggérées par les indicateurs avancés sur l’activité. La persistance des effets négatifs de l’appréciation de l’euro, les économies non- européennes contribuant négativement à la croissance des exportations au premier trimestre, couplée à l’illusion monétaire dont sont victimes les directeurs d’achats interrogés par les enquêtes PMI, renforceront cette conjoncture.

Implications

  • Ce décalage entre les données réelles, notamment l’affaiblissement de l’activité industrielle, et les enquêtes PMI en repli mais toujours à des plus hauts historiques, est amené à se réduire au cours des prochains mois et confirmer une phase de modération de la croissance de l’économie allemande dans un contexte de stabilisation de son activité.
  • Ce mardi, la publication du taux de croissance trimestriel de l’activité au premier trimestre en Allemagne pourrait montrer une progression de 0.6%, en concordance avec la croissance trimestrielle de l’activité en zone euro de 0.4% sur cette même période.

Chine – stabilité des dynamiques de croissance du crédit

En Chine, le crédit agrégé nouvellement émis pour le mois d’avril s’est établi à CNY 1'560 milliards, en hausse par comparais on au chiffre de CNY 1'330 milliards atteint au mois de mars. Cet accroissement résulte entre autres de la baisse en avril du ratio de réserves obligatoires pour certaines banques chinoises, opération qui s’est assimilée à une injection de CNY 1'300 milliar ds dans le système bancaire. Pour autant, le rythme de croissance annuelle du crédit agrégé – même s’il enregistre une légère hausse au mois d’avril à 10.6% contre 10.5% précédemment – reste significativement en-deçà des niveaux proches de 13% qui prévalaient avant le Congrès du Parti communiste d’octobre 2017 où Pékin a érigé en priorité le désendettement de l’économie chinoise et le contrôle accru des risques financiers domestiques. La composition du crédit nouvellement émis tend à confirmer cette orientation plus restrictive. En effet, notamment, les composantes liées au crédit informel (ou shadow banking) poursuivent leur ralentissement tandis que le crédit « classique » émis par les établissements bancaires enregistre une très légère décélération et atteint 12.8% pour le mois d’avril. Ces modérations sont toutefois compensées par d’autres composantes du financement de l’économie, en particulier les émissions obligataires des entreprises.