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Nouvelle baisse du taux de chômage américain, la Fed montre qu’elle n’est pas inquiète du risque du surchauffe, stabilité des PMI en Chine

L'hebdo des économistes - 09/05/2018

En bref
  • Aux États-Unis, malgré la baisse du taux de chômage à 3.9% en avril, son plus bas niveau depuis décembre 2000, la croissance des salaires est restée contenue à 2.6%, en ligne avec notre scénario
  • La banque centrale américaine a opté pour le statu quo monétaire et a clairement indiqué qu’elle entendait poursuivre son resserrement monétaire à un rythme graduel, comme nous l’anticipions
  • En Chine, les indicateurs avancés publiés pour le mois d’avril suggèrent le maintien du dynamisme des services

États-Unis – le sous-emploi baisse et la croissance des salaires reste stable, la Fed confirme le gradualisme de son resserrement monétaire

Alors que le rapport d’emploi américain du mois de mars avait été décevant au vu du faible nombre de nouveaux emplois créés, celui du mois d’avril a été un peu plus encourageant. Les créations de postes ont légèrement augmenté, le taux de chômage a baissé de 0.1 point de pourcentage à 3.9% et 91’000 personnes exclues de la population active ont réintégré le marché du travail sur le seul mois d’avril. Par ailleurs, la croissance annuelle des salaires est restée stable à 2.6%, en ligne avec n otre scénario selon lequel le retour progressif de chômeurs découragés sur le marché du travail devrait limiter les tensions haussières sur les rémunérations.

Le rapport d’emploi a montré 115’000 emplois créés dans le secteur des services et 49’000 dans le secteur de la produc tion en avril. Il convient toutefois de noter que, même si les créations de postes ont été plus faibles dans la production, une réelle reprise de la croissance de l’emploi dans ce secteur est observée depuis mi-2017 : celle-ci a atteint 2.8% en avril 2018 contre 1.4% dans le secteur des services. Cette accélération est en ligne avec une amélioration de la production industrielle aux États- Unis ainsi qu’avec le redressement de l’investissement des entreprises en machines et en équipements.

Au-delà des disparités sectorielles, le rapport d’emploi du mois d’avril confirme la tendance baissière de deux variables clefs :

  • La croissance de l’emploi se modère : Malgré la légère hausse des créations d’emploi à 164'000 en avril, celles-ci restent inférieures à leur moyenne du premier trimestre 2018 qui se situait à 212'000, ainsi qu’à leur moyenne de 2017, à 182'000. Ce ralentissement de la croissance de l’emploi est conforme à notre scénario et est d’ailleurs reflété dans les enquêtes effectuées par  lInstitute  for Supply  Management  (ISM) depuis  le début de  l’année,  l’indice « emploi » pour le secteur non-manufacturier étant notamment passé de 61.6 en janvier à 53.6 en avril.
  • Le sous-emploi – qui regroupe les chômeurs, les personnes exclues de la population active mais disponibles pour travailler et les employés à mi-temps involontaires – a diminué, son taux passant de 8% à 7.8% en avril. Cette baisse peut être attribuée en majeure partie au retour sur le marché du travail d’un grand nombre de chômeurs de longue durée et exclus de la population active, 91'000 personnes au mois d’avril, réduisant leur nombre à 1.36 million. Le nombre de travailleurs à mi-temps involontaire s’est quant à lui stabilisé à 5 millions en avril.

Implications

  • Malgré le ralentissement de la croissance de l’emploi en avril par rapport au premier trimestre 2018, les créations de postes sont encore assez nombreuses pour absorber des personnes exclues du marché du travail1, comme le montre la baisse du sous-emploi de 8% à 7.8%.
  • Le retour progressif dans la population active de ces travailleurs encore disponibles devrait limiter, à court terme, des tensions trop importantes sur les salaires et ce, même si le taux de chômage, passé de 4% à 3.9% en avril, est à des plus bas depuis décembre 2000. De fait, nous anticipons que la croissance des salaires devrait rester modérée en 2018, à 2.8% en moyenne.

Quelques jours auparavant la publication du rapport d’emploi, la Réserve Fédérale américaine (Fed) tenait sa réunion de politique monétaire. A l’issue de celle-ci, elle a maintenu son taux Fed funds à 1.75%, comme nous l’anticipions. En outre, alors que cette réunion n’était pas accompagnée de la publication des prévisions des membres du comité de politique monétaire (FOMC) ni d’une conférence de presse de J. Powell (ce sera le cas lors de la réunion du 13 juin prochain), la Fed a tout de même apporté des modifications à son communiqué qui, selon notre analyse, confirment pleinement qu’elle entend poursuivre son resserrement monétaire à un rythme graduel.

En effet, après avoir pris acte, dans son communiqué, du retour de l’inflation proche du niveau de 2.0% (le glissement annuel de l’indice des prix sous-jacent, le core PCE, qui est la mesure d’inflation observée par la Fed a progressé de 1.6% en février à 1.9% en mars2), le FOMC a indiqué qu’il anticipait que celle-ci s’établisse proche de cet « objectif symétrique de 2.0% sur le moyen terme ».

L’introduction de ce terme « symétrique » dans la définition de son objectif d’inflation est une modification d’importance dans la communication de la Fed. Selon notre analyse, la Fed a souhaité indiquer qu’elle entend tolérer que l’inflation puisse s’établir légèrement et temporairement au-dessus de ce niveau de 2.0%. De fait, la Fed a suggéré que même si l’inflation sous-jacente pourrait continuer de se redresser au cours des prochains mois, cela ne devrait pas l’amener à accélérer le rythme de hausse de son taux directeur pour autant.

Cette conclusion est par ailleurs confirmée par le fait que le FOMC a réaffirmé dans son communiqué qu’il anticipait que les évolutions économiques devraient requérir « des hausses graduelles supplémentaires du taux directeur » en soulignant toutefois, à nouveau, que le taux Fed funds devrait rester pour un certain temps en dessous de son niveau de long terme.

Implications

  • Le communiqué publié à l’issue de la réunion de la Fed du 2 mai, confirme que celle-ci n’est pas inquiète du risque de dérapage inflationniste. L’absence d’accélération forte des salaires, montrée par le rapport d’emploi américain d’avril (cf. ci-avant), devrait la conforter dans cette analyse.
  • En précisant que son objectif d’inflation est « symétrique », la Fed a suggéré que, même si l’inflation sous-jacente venait à s’établir au-dessus de 2.0% dans les prochains mois, elle n’entendait pas accélérer, pour autant, le rythme de remontée de son taux Fed funds.
  • Dans l’ensemble, cette communication conforte notre scénario selon lequel, malgré l’accélération de la croissance nominale américaine que nous anticipons, la Fed devrait poursuivre son resserrement monétaire à un rythme qui resterait graduel.

Chine – relative stabilité des indicateurs avancés

En Chine, les indicateurs avancés manufacturiers sont restés relativement stables au mois d’avril. L’indicateur PMI officiel s’établit ainsi à 51.4 contre 51.5 le mois précédent tandis que l’indicateur PMI publié par Caixin s’établit à 51.1 contre 51.0 en mars. Pour ce dernier, la composante des nouvelles commandes à l’export enregistre une contraction à 48.9, une première depuis novembre 2016. A l’inverse, la composante des commandes domestiques reste en territoire d’expansion économique.

Par ailleurs, les indicateurs PMI avancés pour le secteur des services connaissent un léger rebond qui suggère la poursuite du dynamisme prévalant dans l’industrie des services en Chine. La configuration de ces indicateurs fait écho au rôle accru joué par la consommation totale dans la croissance du PIB chinois au premier trimestre de l’année 2018.

Sophie Casanova – Économiste, Banques Centrales
Lisa Turk – Économiste, États-Unis
François Léonet – Économiste, Marchés Emergents