L’économie américaine connaît une inquiétante dégradation

Banque privée - 03/11/2016

Tribune de Mathilde Lemoine, Group Chief Economist, publiée dans le dossier Spécial US Election du Magazine Challenges, le 3 novembre 2016.

Hillary Clinton ou Donald Trump : le prochain président devra faire face à la dégradation des performances économiques américaines. Depuis la prise de fonction de Barack Obama, en janvier 2009, la croissance a atteint 1,5% par an, en moyenne, contre 2,1% durant la présidence de George W. Bush. Et le revenu médian des Américains (56 500 dollars en 2016) n’a même pas retrouvé son niveau d’avant la crise.

Surtout, cette faiblesse n’est pas que conjoncturelle : elle provient d’une diminution du potentiel de croissance, estimé à 1,5% en 2017 par l’OCDE, alors qu’il était supérieur de 0,7 point sous Bush. Un phénomène inquiétant lié à un manque d’investissement, qui a provoqué un vieillissement du stock de capital. Beaucoup d’innovations sont pourtant nées aux Etats-Unis, mais cela ne se voit pas dans les statistiques. Ces nouvelles technologies, qui n’ont pas été accompagnées de formations pour les salariés dont les compétences n’étaient pas ou plus adaptées, n’ont pas encore eu d’impact sur la productivité.

Le potentiel de croissance est estimé à 1,5% en 2017 parl’OCDE, alors qu’il était supérieur de 0,7point sous Bush. Et face à cette croissance en berne, aucun candidat ne propose de mesure d’ampleur.



L’Amérique connaît aussi une baisse de son taux d’activité due au vieillissement, malgré les mesures d’Obama pour faciliter le travail des femmes. Et face à cette croissance potentielle en berne, aucun des deux candidats ne propose de mesure d’ampleur.

En plus, ces dernières années, les Etats-Unis se sont repliés sur eux-mêmes. Ils ont cédé leur rang de première puissance économique mondiale à la Chine – avec un PIB évalué en parité de pouvoir d’achat désormais inférieur –, bousculés par la montée en puissance de l’Asie depuis la crise. La Chine a contribué à hauteur de 36% à la croissance mondiale, depuis 2008, contre 12% pour les Etats-Unis. Lesquels sont devenus les champions du monde du protectionnisme, avec le plus grand nombre de mesures prises entre 2008 et 2016 (voir graphique), en particulier dans l’acier, le transport ou l’agriculture. Un mouvement masqué par la volonté de l’administration Obama de négocier des accords commerciaux avec l’Europe et la zone Pacifique. 

Nombre de mesures protectionnistes entre novembre 2008 et mai 2016

Aujourd’hui, les Etats-Unis ne pèsent plus que 9% des exportations mondiales, moins que l’Allemagne. Et leur part dans les importations s’est atrophiée, passant de 15,5% en 2006 à 13%. Le consommateur américain n’est plus le seul à soutenir la croissance mondiale, comme cela a longtemps été le cas.

Quel que soit le vainqueur de l’élection, cette tendance va s’accentuer. Le programme protectionniste de Trump (droits de douane sur les importations et renégociation des traités commerciaux) ralentirait le commerce international, au risque de créer une récession mondiale. Et Hillary Clinton, qui était favorable aux accords commerciaux avec l’Europe et la zone Pacifique, a changé d’avis, se montrant aujourd’hui beaucoup plus critique.