Vendée Globe 2016-2017 : Abandon de Sébastien Josse et du Mono60 Edmond de Rothschild

Actualité - 07/12/2016

Depuis 48 heures, Sébastien Josse, actuel troisième du Vendée Globe, a dû faire passer la course au second plan pour se concentrer exclusivement sur sa sécurité et celle du Mono60 Edmond de Rothschild.

Depuis 48 heures, Sébastien Josse, actuel troisième du Vendée Globe, a dû faire passer la course au second plan pour se concentrer exclusivement sur sa sécurité et celle du Mono60 Edmond de Rothschild. Une avarie majeure de son foil bâbord, survenue lundi matin à 10h30, l’a en effet placé dans une situation délicate et contraint à affronter des conditions météorologiques extrêmes – 40 nœuds de vent et 8 mètres de creux – au Sud de l’Australie, le long de la Zone Exclusion Antarctique. Ce mercredi, la nette amélioration de la situation a permis au skipper du Gitana Team de réaliser enfin un véritable état des lieux des dommages subis par Gitana 16. Malheureusement, les nouvelles ne sont pas bonnes et les solutions envisageables pour réparer ne sont pas suffisamment pérennes sur plus de la moitié d’un tour du monde, soit près de 15 000 milles nautiques. Le moment est difficile et la déception immense : Sébastien Josse et le Gitana Team annoncent leur retrait du Vendée Globe 2016-2017.

« En quelques secondes, tout s’écroule »

Pour sa troisième participation à cette mythique épreuve qu’est le Vendée Globe, Sébastien Josse était l’un des grands favoris de la huitième édition. Après tout le travail accompli et l’énergie consacrée au projet du Mono60 Edmond de Rothschild depuis plus de trois ans, cet abandon représente une immense déception pour le marin, ses armateurs et toute son équipe: « Mon univers depuis un mois est de douter en permanence pour être performant ! Alors forcément la décision d’abandonner a été très difficile à prendre mais elle est mûrement réfléchie et assumée par tous. Gérer la déception, cela va durer des semaines, des mois… car ce n’est pas uniquement le fait d’arrêter la course, c’est tout ce qu’il y a derrière : la passion, l’énergie et l’engagement que nous mettons tous dans de tels projets. Sur le Vendée Globe, nous faisons du bateau en solitaire mais plus que jamais ce sont des projets collectifs. J’ai la chance de pouvoir m’appuyer sur une très belle équipe, solide et dédiée que je ne pourrais jamais assez remercier et d’avoir la confiance d’Ariane et Benjamin de Rothschild, ainsi que du Groupe Edmond de Rothschild, qui nous soutiennent et sont toujours à nos côtés dans les bons comme dans les moins bons moments comme aujourd’hui » confiait Sébastien Josse.

« Si la compétition est l’essence même des courses au large et le moteur pour la majorité des marins et leurs équipes, la priorité absolue demeure la sécurité des hommes et de leurs bateaux. Il existe forcément des risques à s’élancer sur un tour du monde en solitaire sans escale et sans assistance mais ils sont acceptés dans une certaine maîtrise. Car au large, le saut dans l’inconnu et l’approximation ne peuvent pas faire partie de l’adéquation. C’est un coup très dur pour notre équipe, nous sommes tous très déçus mais nous irons rapidement de l’avant et le projet qui nous attend – celui du maxi-multicoque – est en cela une chance » déclarait Cyril Dardashti, le directeur du Gitana Team.

Rappel des faits et hypothèses de réparations

Lundi matin à 10h30, Sébastien Josse avertit son équipe d’une avarie majeure sur le foil bâbord d’Edmond de Rothschild suite à un enfournement : « Je n’étais pas spécialement plus à l’attaque au moment de l’incident, mais les conditions étaient musclées à l’avant de la dépression. Il y avait 35 nœuds et la mer commençait à bien se former autour des 4 mètres. Dans un surf, le bateau est parti à 30 nœuds et s’est arrêté brutalement à 10 nœuds dans l’enfournement. Cela n’a duré que quelques secondes. J’étais sous la casquette entre les deux portes de descente. Quand le bateau s’est relancé j’ai senti que quelque chose n’allait pas et j’ai vite vu qu’il y avait un problème avec le foil bâbord, il était dans l’eau alors que je naviguais foils relevés. J’ai été ouvrir la trappe du puits de foil à l’intérieur et j’ai pu constater qu’il y avait de la casse. Le point d’attache du bout situé sur la tête de foil, qui est pourtant une pièce en carbone imaginée et dimensionnée pour résister à de fortes contraintes, a cédé. Il fallait faire vite car le foil ne tenait plus que grâce à deux vis et si il sortait de sa cale cela pouvait avoir des conséquences beaucoup plus graves. Il pouvait endommager le puits en se mettant en travers, ce qui pouvait amener à une voie d’eau… J’ai empanné très vite pour sécuriser le foil et éviter cette situation mais malheureusement le timing météo était mauvais. Pour préserver le matériel endommagé il aurait fallu que je continue tribord amures en direction du Nord-Est mais la dégradation annoncée réclamait que je replonge au Sud-Est, appuyé sur le foil blessé dans des mauvaises conditions. Sur ce bateau, j’ai déjà connu des pires conditions, notamment sur la Transat St Barth – Port-la-Forêt où nous avons eu jusqu’à 50 nœuds, mais ici, dans les mers du Sud tout prend une autre dimension du fait de ton isolement. La situation était compliquée dans la nuit de lundi à mardi… »

Tandis que Sébastien fait le dos rond dans la tempête et subit les conditions sous trois ris seul, plusieurs solutions de réparation sont imaginées et proposées par son équipe à terre afin qu’il puisse choisir celle qui lui paraît la plus réalisable. « Quand tu fais le Vendée Globe, tu sais que quotidiennement tu auras des interventions à faire sur le bateau. Mais il faut que cela s’arrête aux pansements… je suis infirmier pas chirurgien » détaille le solitaire.
Ainsi, après de nombreux échanges et quelques tentatives, ces options sont, d’une part, trop difficiles à mettre en œuvre en pleine mer par un homme seul et, d’autre part, s’apparentent plus à des réparations provisoires qu’à des solutions pérennes permettant de parcourir, en toute sécurité, les 15 000 milles restants pour terminer la course. Avec notamment la traversée de l’océan Pacifique, entre 40 et 50 degrés sud, ce qui représente l’une des zones les plus isolées de la planète. L’objectif partagé par le Gitana Team et Sébastien Josse n’est pas de boucler un tour du monde coûte que coûte, et prendre des risques supplémentaires dans une situation déjà dangereuse, mais bien de faire de la compétition. Et celle-ci est aujourd’hui compromise. Ni le marin, ni l’équipe ne veulent s’exposer une nouvelle fois au risque que le foil sorte de ses cales, ce qui pourrait entraîner une voie d’eau et une situation d’urgence à bord d’Edmond de Rothschild selon sa position géographique.

« Les monocoques à foils sont très différents des précédents bateaux. Avec ce Vendée Globe, les grosses équipes défrichent pour tout le monde. Il va falloir débriefer avant de tirer des conclusions car le but n’est vraiment pas d’incriminer qui que ce soit, nous sommes là pour progresser, mais je pense que nous avons minimisé les conséquences des avancées technologiques et tous traité cette révolution comme un changement traditionnel. La gestion des foils et leurs systèmes doivent être pensés différemment car les charges qu’ils subissent sont énormes. Nous avons fait des erreurs dans l’intégration de ces appendices car nous y avons réfléchi comme pour des dérives classiques, alors que désormais le bateau repose sur les foils. »

Naviguant par 41° Sud et 107° Est, le Mono60 Edmond de Rothschild fait actuellement route vers l’Australie. Les membres du Gitana Team travaillent à la meilleure option et détermineront dans la journée la destination de Sébastien Josse qui pourrait être Perth, au Sud-Ouest, ou Adelaïde, sur la côte Sud, selon les solutions de rapatriement dont disposent les deux ports australiens. Après trente-un jours de mer et une course toujours aux avant-postes, Sébastien Josse se retire donc de la compétition et nous livre un tout premier bilan : « C’était dur il ne faut pas se le cacher car les bateaux sont très exigeants et inconfortables. Pour aller vite, il faut ‘foiler’ et pour ‘foiler’ il faut être dessus en permanence ! Mais j’étais content d’être là. Je me suis donné du mal et je n’ai pas de regrets sur cette course dans ma manière de la mener, de naviguer » concluait le skipper d’Edmond de Rothschild.