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La Fed, la BCE, la BNS et la BoE confirment l’orientation de leur politique monétaire pour 2018

L'hebdo des économistes - 19/12/2017

Analyses de Sophie Casanova, Économiste, Banque Centrales au sein de la Recherche Economique d’Edmond de Rothschild
  • Comme nous l’anticipions la Fed a relevé de 25bp à 1.50% son taux Fed funds tandis que la BCE, la BNS et la BoE ont opté pour le statu quo monétaire lors de leurs réunions du mois de décembre
  • Leurs communications et nouvelles prévisions ont, en outre, conforté notre scénario pour 2018 : une poursuite du resserrement monétaire graduel aux Etats-Unis…
  • … des politiques monétaires toujours accommodantes en zone euro et en Suisse et une hausse du taux directeur au Royaume-Uni

Quatre grandes banques centrales, la Réserve Fédérale américaine (Fed), la Banque Centrale Européenne (BCE), la Banque Nationale Suisse (BNS) et la Banque d’Angleterre (Bank of England, BoE), ont tenu leurs réunions de politique monétaire les 13 et 14 décembre derniers.

Si leurs décisions ont été conformes à nos prévisions, leurs communications et, dans le cas des trois premières, leurs nouvelles prévisions ont, en outre, conforté notre scénario pour 2018. Ainsi, la Fed, la BCE et la BNS se sont montrées confiantes quant aux perspectives de croissance mais elles ont confirmé qu’elles n’anticipaient pas de pressions inflationnistes marquées. De fait, elles ne devraient pas opter pour un durcissement plus important que ce que nous avions prévu de leur politique monétaire[1]. Le cas de la BoE demeure très particulier, puisqu’elle devrait être, elle, confrontée à un ralentissement supplémentaire de la croissance dans un contexte d’inflation toujours élevée. Ses marges de manœuvre resteraient donc limitées.

Fed : poursuite du resserrement monétaire graduel

A l’issue de sa réunion de politique monétaire, la Fed a relevé de 25bps son taux Fed funds à 1.50% comme nous l’anticipions.

Les membres du comité de politique monétaire (FOMC) ont en outre révisé à la hausse leurs prévisions de croissance et à la baisse leurs anticipations pour le taux de chômage pour les années 2018 à 2020. Comme l’a souligné J. Yellen, ces changements reflètent la prise en compte des mesures budgétaires qui devraient être mises en place en 2018[2].

Cependant, les prévisions de croissance à long terme et d’inflation n’ont pas été modifiées (cf. tableau). Cela veut dire, d’une part, que la Fed estime que les mesures de l’Administration ne devraient pas accroître le potentiel de croissance de l’économie et, d’autre part, qu’elle considère que la croissance américaine peut connaître une accélération cyclique sans que cela ne génère de pressions inflationnistes marquées.

Cela conforte notre scénario selon lequel elle poursuivrait la hausse de son taux directeur à un rythme graduel avec trois nouvelles hausses de taux en 2018 qui porteraient son taux Fed funds à 2.25% en fin d’année. En 2019, deux hausses de 25bps pourraient suivre.

BCE : Une politique monétaire qui resterait accommodante

La BCE a opté pour le statu quo monétaire[3] en décembre, comme nous le prévoyions. Les nouvelles prévisions de son staff ont montré une révision à la hausse des perspectives de croissance alors que les prévisions d’inflation n’ont, elles, été que faiblement révisées (seule la prévision d’inflation 2018 a été revue de 1.2% à 1.4%, cf. tableau).

Ces nouvelles prévisions confortent notre scénario d’une poursuite du programme de la BCE d’achats de titres jusqu’en septembre 2018 et de son arrêt très progressif ensuite. La faiblesse des perspectives d’inflation au regard de l’objectif de la BCE conforte en outre notre prévision d’un statu quo sur les taux d’intérêt en 2018 et 2019.

BNS : Des perspectives d’inflation qui demeurent en-deçà de 2%

 

La BNS a maintenu son taux appliqué sur les avoirs à vue à -0.75%, comme nous le prévoyions. Dans son communiqué, la BNS s’est montrée confiante sur les perspectives d’activité en indiquant que, si comme précédemment, elle anticipe une croissance du PIB de 1.0% en 2017, elle prévoit que celle-ci accélèrerait à 2.0% en 2018.

Parallèlement, la BNS a légèrement revu à la hausse sa prévision d’inflation pour 2018 (de 0.4% à 0.7%) mais elle a souligné que cela reflétait surtout l’augmentation du prix du pétrole et l’affaiblissement passé du franc suisse. De plus, l’inflation resterait nettement en-dessous de la cible de 2.0% de la BNS jusqu’à la fin du premier semestre 2020.

Cela est en ligne avec notre scénario selon lequel la BNS conserverait en 2018 et 2019 son taux directeur inchangé afin, notamment, de ne pas induire de résurgence des pressions haussières sur le franc vis-à-vis de l’euro.

BoE : Son biais reste haussier mais ses marges de manœuvre sont limitées

Après avoir relevé de 25bps à 0.50% son taux directeur en novembre dernier, la BoE a opté pour le statu quo monétaire en décembre.

Dans son communiqué elle a réaffirmé qu’il était possible que de nouvelles « modestes » hausses de taux soient nécessaires au cours des années à venir pour ramener l’inflation durablement à sa cible.

Si nous continuons d’anticiper que, pour limiter les pressions baissières sur la livre sterling (et, de fait, les pressions haussières sur l’inflation), la BoE pourrait remonter son taux à 0.75% en mai 2018, le ralentissement de l’activité que nous prévoyons devrait l’amener à stopper son resserrement monétaire au-delà.

Sophie Casanova, Économiste, Banques centrales

  


 

[1] Voir notre « Prévision Macro-Eco 2018-2019 », n°4, Automne 2017

[2] Les textes de loi traitant des nouvelles mesures fiscales et votées indépendamment par le Sénat et la Chambre des Représentants ont été réconciliés. La version commune devrait être soumise au vote des deux Chambres au cours des prochains jours.

[3] Elle a maintenu ses taux de dépôt et de refinancement à respectivement -0.40% et 0.00% et a réaffirmé qu’elle poursuivrait son programme d’achats d’actifs au rythme mensuel de EUR 30 milliards de janvier à septembre 2018, et au-delà si nécessaire.