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Les créances douteuses réduisent l’efficacité de la politique monétaire dans les pays périphériques

Analyse de marché - 06/09/2016

Le crédit bancaire a de nouveau accéléré en zone euro, confirmant que la politique monétaire fonctionne.

Les statistiques mensuelles publiées par la Banque Centrale Européenne (BCE) ont montré une nouvelle accélération du crédit bancaire au secteur privé au mois de juillet. En glissement annuel, l'encours de crédit aux ménages et aux entreprises a progressé de 1.5% à 1.7%. La croissance du crédit aux ménages s’est maintenue à 1.8% en juillet, toujours soutenue, comme nous l’anticipions, par le dynamisme des prêts immobiliers dont le glissement annuel hors ajustement a progressé de 2.1% en juin à 2.3% en juillet. Bien plus, et pour la première fois depuis novembre 2011, le crédit bancaire aux entreprises non-financières a progressé plus fortement que le crédit aux ménages, passant de 1.7% à 1.9% en glissement annuel.

 

Une analyse des chiffres de crédit par pays amène toutefois à une conclusion plus contrastée car les disparités restent fortes. Ainsi, le crédit bancaire est particulièrement dynamique dans les pays du cœur de la zone euro. A titre d’exemple, le crédit bancaire aux entreprises non-financières affichait un taux de croissance annuel de 5.3% en France et de 2.9% en Allemagne en juillet. A contrario, il continuait de se contracter dans les pays de la périphérie de la zone euro. En juillet, le glissement annuel du crédit bancaire aux entreprises non-financières était à -0.2% en Italie, -0.8% en Espagne et -1.4% au Portugal.


Ces évolutions divergentes du crédit par pays en zone euro ne remettent pas en question l’efficacité de la politique monétaire mais elles confirment que la diffusion de celle-ci aux économies est inégale. La source du problème se trouve dans la persistance de stocks de créances douteuses dans le bilan des banques des pays de la périphérie qui contraignent leur capacité à générer de nouveaux crédits. Fin 2015, la part de prêts dits « non performants » dans les prêts totaux des banques s’élevait à 18% en Italie, 6.3% en Espagne et 12.8% au Portugal.

 

Dans ce contexte, un assouplissement monétaire supplémentaire ne devrait avoir qu’une efficacité limitée. Contraintes par l’ampleur de leurs portefeuilles de prêts non performants, les banques de ces pays ne devraient en effet pas être en mesure de générer beaucoup de nouveaux prêts et ce, même si les conditions offertes par la BCE sont très attractives. Parallèlement, les achats d’obligations d’entreprises de la BCE (dans le cadre de son programme CSPP) ne pourront pas devenir un substitut du crédit bancaire car ce sont surtout les grandes entreprises et celles de taille intermédiaire qui sont aujourd’hui en mesure d’émettre de la dette obligataire éligible au programme d’achat de la BCE.

Ainsi, même si nous pensons que la BCE pourrait annoncer, le 8 septembre prochain, de nouvelles mesures (telles que la prolongation au-delà de mars 2017 de son programme d’achat d’obligations et une révision des règles concernant la pondération de ces achats par pays permettant d’augmenter les achats des titres périphériques), la reprise du crédit bancaire, dans l’ensemble de la zone euro, ne pourra venir que d’une action plus décisive de la BCE dans son rôle de superviseur bancaire. Il est nécessaire, en effet, qu’à l’instar du plan Paulson mis en place en 2008 aux Etats-Unis, les autorités européennes soient en mesure de développer les outils qui permettront d’accélérer l’assainissement des bilans bancaires pour pérenniser la croissance. La normalisation de la définition des créances douteuses en zone euro, qui permettrait la création d’un marché pour ces titres comme M. Draghi indiquait le souhaiter en juillet dernier, est un premier pas dans ce sens mais à nos yeux pas encore suffisant.