J-0 : Elections américaines, faut-il s’inquiéter ?

Regards et perspectives économiques - 08/11/2016

A l’heure où les Américains se rendent aux urnes, quelles conséquences les élections pourraient-elles avoir dans le monde ? Nos experts partagent leur analyse.

1. Quel que soit le résultat des élections, le Président des Etats-Unis n’est pas tout-puissant

Le gouvernement américain repose sur le principe de séparation des pouvoirs : exécutif, législatif et judiciaire. Selon la Constitution des Etats-Unis, chaque branche du gouvernement détient la faculté d’empêcher l’une ou l’autre branche – c’est le système des checks and balances. Il faut noter notamment que le Congrès, pouvoir législatif, est en capacité de briser le veto du Président à condition de revoter la loi avec une majorité à 2/3.

André Kaspi, historien et spécialiste des Etats-Unis, le confirme : « Dans l’application de son programme, le Président américain dépend largement de la majorité qu’il a au Congrès – ou de son pouvoir de négociation le cas échéant – ainsi que de la Cour Suprême ». Il n’est pas tout-puissant.

2. Sur le plan macro-économique, le Président des Etats-Unis pourra difficilement changer la donne

Les élections américaines s’inscrivent dans un contexte économique particulier explique Mathilde Lemoine, Group Chief Economist. Il se caractérise par une croissance décevante, tant au niveau conjoncturel que structurel, qui exacerbe les tensions sociales, et par un poids économique mondial qui n’a cessé de diminuer durant le mandat de Barack Obama.

Depuis janvier 2009, date de l’investiture de l’actuel président américain, la croissance a fortement ralenti puisqu’elle a cru de 1.5% en moyenne par an contre 2.1% par an durant la présidence de Georges Bush. De plus, le revenu médian des Américains est toujours inférieur à celui d’avant-crise. Enfin, la croissance potentielle est affaiblie. Trois facteurs en sont à l’origine :

  • des investissements insuffisants
  • une baisse du taux d’activité (63% aujourd’hui contre 66% avant la crise), en partie liée au vieillissement et à un problème d’inadéquation entre demande et offre de qualification
  • l’incapacité du système américain à créer suffisamment d’entreprises pour remplacer celles qui ont fait faillite pendant la crise.

Tout cela s’inscrit dans un contexte de repli des Etats-Unis dans le monde. Ils ont perdu leur place de leader mondial au profit de la Chine et leur poids dans le commerce mondial s’amoindrit à vue d’œil.

« La Chine a contribué à hauteur de 36% à la croissance mondiale, depuis 2008, contre 12% pour les Etats-Unis. »
Mathilde Lemoine. - Group Chief Economist



Depuis 2008, les Etats-Unis sont devenus les champions des mesures protectionnistes.

Ainsi, il sera difficile pour le 45ème président américain de changer la donne. Bien sûr, le programme du candidat républicain pourrait engendrer un fort ralentissement du commerce mondial et une remontée de la prime de risque aux Etats-Unis mais les banques centrales seraient à la manœuvre comme après le vote en faveur du Brexit. L’élection de la candidate démocrate pourrait soulager et la croissance accélérer grâce au programme de hausse des dépenses publiques mais le faible taux de participation resterait un frein à l’amélioration durable des perspectives d’activité.

>> Consultez la Tribune de Mathilde Lemoine pour le Magazine Challenges

3. Les élections américaines, un épiphénomène sur les marchés ?

Une élection d’Hillary Clinton est la plus probable et les investisseurs tablent sur un Congrès divisé, composé d’un Sénat démocrate et d’une Chambre des Représentants républicaine. Les conséquences seront moindres dans ce cas, il sera difficile pour Hillary Clinton de faire passer des réformes qui auront un véritable impact sur les banques et dans le secteur de la santé.

« On n’a encore jamais vu une élection qui changeait le cours des marchés de façon durable »,
Christophe Foliot - Directeur Allocation d'Actifs et Dettes Souveraines, Edmond de Rothschild Asset Management


Le scénario le plus risqué est celui d’un alignement des partis : Hillary Clinton soutenue par un Congrès démocrate ou Donald Trump au pouvoir, accompagné d’un Congrès républicain. Nous assisterions sans doute à un repli des marchés actions, dans l’attente de voir quelle politique sera mise en place.

Toutefois, le risque de crise réelle sur les marchés financiers due à une majorité complète de l’un ou de l’autre candidat paraît modéré pour l’équipe Actions Internationales d’Edmond de Rothschild Asset Management.

Les élections américaines resteront une épiphénomène si Hillary Clinton est élue sans majorité au Congrès. Ça le serait peut-être moins dans les autres cas de figure.

>> Retrouvez l’analyse de Christophe Foliot, Responsable de la Gestion Actions Internationales, et Benjamin Melman, Directeur Allocation d'Actifs et Dettes Souveraines, Edmond de Rothschild Asset Management