L’Hebdo des économistes : les émergents respirent, la BNS inspire

Regards et perspectives économiques - 08/11/2016

Pour François Léonet, Economiste spécialiste des marchés émergents, la reprise de l’activité se confirme dans le monde émergent, essentiellement dans les économies asiatiques. Les disparités inter-pays demeurent significatives. Pour la zone euro, la banque centrale suédoise, comme la BNS, prévient qu’elle peut encore baisser son taux directeur déjà négatif.

L’indice des directeurs d’achats manufacturiers des pays émergents s’établit à 50.9 pour le mois d’octobre – au-delà du seuil des 50 qui marque la frontière entre une expansion et une contraction de l’activité économique – ce qui confirme la reprise de l’activité de la région. (cf. graphique 1).

 
Graphique 1

 

Portée par les mesures pro-croissance gouvernementales, la Chine poursuit son rebond à 51.2, un plus haut sur 2 ans, offrant davantage de garanties quant à la stabilisation de l’activité domestique, du moins à court terme. Les services, véritable enjeu de la transition économique chinoise, demeurent bien orientés à 52.4. Cette tendance devrait pourtant s’affaiblir au cours des prochains mois : la stabilisation de l’activité devrait en effet déplacer l’attention de Pékin du soutien de la croissance vers d’autres problématiques, telles la survalorisation de certains actifs, immobiliers notamment. Ainsi, le moindre recours aux stimuli budgétaires et l’imposition de mesures restrictives par les principales villes du pays pour endiguer la surchauffe des prix immobiliers seront des contraintes naturelles à une accélération continue de l’activité chinoise.

A 54.4, l’Inde continue de se démarquer de ses pairs émergents, tant par la croissance de son Produit Intérieur Brut – à 7.1% ce second trimestre – que par la vigueur de son rythme réformiste. Les dernières avancées sur l’introduction d’une TVA unifiée illustrent ce second point. Les sous-composantes des indices manufacturiers attestent d’un environnement économique intérieur toujours porteur qui devrait se matérialiser par un rebond du PIB, à 7.5% ce troisième trimestre selon nos prévisions.

Enfin, et nous anticipons une poursuite de ce mode de croissance, la sphère émergente se distingue par des disparités régionales d’importance. Les économies aux fondamentaux les plus fragiles figurent en zone de contraction de l’activité malgré une reprise de leurs dynamiques de croissance. C’est le cas du Brésil, de l’Afrique du Sud ou encore de la Turquie. (cf. graphique 2).

 
Graphique 2



 

 

Cette semaine, une nouvelle banque centrale a surpris les investisseurs par le caractère accommodant de sa communication. La banque centrale suédoise, la Riksbank, a annoncé que son taux directeur, qui est à -0.50%, ne remonterait pas avant 2018 et que la probabilité qu’il baisse d’ici là s’était accrue. En outre, elle a indiqué qu’elle pourrait décider en décembre de poursuivre sa politique d’achats d’obligations gouvernementales qui porte sur un montant total de SEK 245 milliards et dont le terme était prévu pour fin 2016. Ainsi, à l’instar de la Banque Nationale Suisse (BNS), la Riksbank prévient que sa politique monétaire pourrait devenir encore plus accommodante et que son taux directeur n’a pas atteint un plancher.

Nous considérons que ces communications visent à éviter d’accroître les pressions haussières sur le franc suisse et la couronne suédoise contre l’euro alors que la BCE pourrait annoncer une prolongation de sa politique d’assouplissement quantitatif lors de sa réunion du 8 décembre. Une hausse de ces devises poserait en effet un risque déflationniste accru.

Nous maintenons cependant notre prévision que la BNS et la Riksbank, qui se réuniront respectivement le 15 et le 21 décembre, maintiendront leurs taux directeurs inchangés, à -0.75% pour la première et à -0.50% pour la seconde.

En revanche, pour limiter les pressions haussières sur leurs devises, la BNS devrait poursuivre ses interventions sur le marché des changes et la Riksbank pourrait opter pour une poursuite de son programme d’assouplissement quantitatif jusqu’en juin 2017.