L’Hebdo des économistes: Donald J. Trump, président des Etats-Unis

Regards et perspectives économiques - 17/11/2016

Analyse de Lisa Turk, Économiste au sein de de notre équipe Recherche économique, dans l'édition spécial de l'Hebdomadaire d'économie consacré aux élections américaines.

Donald J. Trump devrait être élu président des Etats-Unis le 19 décembre lorsque les 290 grands électeurs républicains iront officiellement voter en sa faveur. Alors que, dans les faits, H. Clinton a récolté le plus de voix (50,2% contre 49,7% d’après les dernières estimations), le système de vote Winner-takes-all 1 a pour la cinquième fois dans l’histoire américaine privilégié le candidat minoritaire dans le vote populaire. Ce système ne stimule d’ailleurs pas la participation à l’élection dont le taux est estimé à 57.9%, contre une moyenne européenne de 65%.

La campagne électorale terminée, les yeux sont maintenant rivés sur le programme de Donald Trump. Comme anticipé, il aura le soutien des deux chambres législatives : le Sénat et la Chambre des Représentants seront à majorité républicaine ces deux prochaines années. La victoire de D. Trump a été impressionnante, notamment par sa conquête d’Etats historiquement démocrates comme la Pennsylvanie ou encore le Michigan. Il a également remporté la quasi-totalité des Swing States, les Etats-charnières sans tendance particulière pour l’un des deux partis dominants.

Depuis plus de 10 ans les Républicains n’avaient pas eu la majorité simultanée dans les trois organes politiques de Président, Sénat et Chambre des Représentants (cf. graphique). La marge de manoeuvre du président devrait donc être grande. Les questions concernant l’allègement fiscal, le soutien au secteur pétrolier ou encore les dépenses militaires ne sont plus une question de capacité mais plutôt de temps et d’ampleur. Si le président désigné n’a pas encore dévoilé ses priorités, il a, lors de son premier entretien télévisé dimanche 13 novembre, mis en avant trois mesures que la Chambre des Représentants serait prête à mettre en place rapidement :

  • La probabilité qu’une baisse générale de la fiscalité soit votée est grande. Non seulement la majorité au Congrès est républicaine, mais en plus, d’après le Budget Reconciliation Act, une majorité simple de 51 votes uniquement est nécessaire au Sénat, contre 60 habituellement. Seule l’ampleur des réductions d’impôts pourrait être rediscutée par le Congrès, certains membres ne voulant pas creuser le déficit de manière trop significative. Le coût de la politique de baisse d’impôts proposée par D. Trump a été estimée à USD 5'300 milliards sur 10 ans par l’institut indépendant CRFB (Committee for a Responsible Federal Budget). L’élu propose de réduire les impôts sur le revenu, toutes classes confondues, avec un taux maximum de 33% sur les tranches les plus élevées (contre 39.5% actuellement). Il souhaite également éliminer l’impôt sur les revenus de l’investissement et partiellement sur les successions. Il propose de réduire les impôts sur les sociétés de 35% à 15%, repositionnant les Etats-Unis d’un des pays les moins attractifs pour les sociétés à un des pays les plus attractifs selon une étude effectuée par l’OCDE (cf. graphique de gauche ci-dessous). Enfin il souhaite appliquer une taxe unique de 10% seulement sur les profits rapatriés de l’étranger.

  • Une des mesures qui pourrait être rapidement votée sera la révocation de l’Affordable Care Act, mieux connu sous le nom d’Obamacare. En effet, le Congrès et le Sénat avaient déjà voté en faveur de son abolition, mais B. Obama s’y était alors opposé en utilisant son droit de véto le 8 janvier 2016. D’après le CRFB, l’abolition totale de l’Obamacare pourrait accroître le déficit jusqu’à USD 500 milliards. D’une part, l’Etat réduirait certainement ses dépenses sous forme de subsides. Mais d’autre part la hausse d’impôts initialement prévue dans le cadre de l’Obamacare serait révoquée et les économies en dépenses Medicare disparaitraient, poussant les dépenses à la hausse. Le Congrès, réticent à accroître le déficit, pourrait donc voter en faveur d’une révocation partielle.

  • Enfin, une loi sur l’immigration pourrait être mise en place rapidement. D. Trump souhaite expulser les immigrés sans-papiers ayant des antécédents judiciaires. Cela pourrait réduire la force de travail offerte par les migrants, mais aussi le flux d’immigration et constituer ainsi un choc d’offre qui impacterait la croissance du PIB à long terme.

 

1 Selon le système du Winner-takes-all, adopté par tous les États mis à part le Maine et le Nebraska, le candidat gagnant la majorité des voix dans un État se voit attribuer toutes les voix des grands électeurs.