L'Hebdo des économistes: zone euro – amélioration économique, incertitude politique

Regards et perspectives économiques - 29/11/2016

Si les dernières statistiques laissent entrevoir une légère amélioration de la croissance économique dans la zone euro, sur le plan politique l’incertitude s’installe. Retrouvez l'analyse de Sophie Casanova, Economiste au sein de notre équipe Recherche économique, sur le référendum constitutionnel en Italie de ce dimanche 4 décembre.

En zone euro, la croissance du secteur privé est la plus forte que l’on ait observée depuis le début de l’année. L’indice composite flash des directeurs d’achats (PMI) pour le mois de novembre est sorti à 54.1 – bien au-dessus de la valeur de 50 qui sépare l’expansion de la contraction de l’activité. Autre élément positif, le crédit au secteur privé continue d’accélérer progressivement (2.2% en octobre pour 2.1% en septembre). En octobre, la croissance du crédit aux entreprises non financières était de 2.1% – son rythme le plus rapide depuis 2009 – et se maintenait à 1.8% pour les ménages.  Ces données nous confortent dans notre prévision de légère accélération du PIB à 0.4% en glissement trimestriel au dernier trimestre 2016 (cf. graphiques).

Malgré ces orientations économiques plus favorables, les échéances électorales à venir continueront néanmoins d’être une source d’incertitude forte en zone euro. Ainsi la prochaine grande échéance sera le référendum constitutionnel en Italie qui aura lieu ce dimanche 4 décembre.

Les électeurs italiens devront à cette occasion se prononcer sur la réforme constitutionnelle, visant à modifier les statuts de la chambre sénatoriale, proposée par le premier ministre. Il s’agit là d’une étape supplémentaire dans le vaste plan de réformes structurelles mis en place depuis 2014 par M. Renzi et qui vise à moderniser et simplifier le système institutionnel italien. Une des mesures phares adoptée dans ce cadre a d’ores et déjà été la suppression des 110 provinces italiennes pour ne conserver qu’un découpage de l’Etat en 20 régions.

La réforme sénatoriale qui sera proposée lors de ce référendum consiste à réduire les pouvoirs et le rôle du Sénat. Pour ce faire, le nombre de sénateurs serait réduit de 315 à 100 et les sénateurs ne seraient plus élus au suffrage universel mais seraient des maires et des conseillers régionaux. Ce changement institutionnel mettrait un terme au système actuel de bicamérisme qui implique des pouvoirs équivalents, dont la capacité à renverser le gouvernement, entre la chambre des députés et le Sénat et qui a conduit à une très grande instabilité politique en Italie au cours des dernières années.

En tant que telle, cette réforme ne devrait donc pas générer d’inquiétude quant au risque de retour d’une phase d’instabilité politique. Néanmoins deux éléments clés ont modifié les enjeux du scrutin. Le premier est la personnalisation de ce vote par M. Renzi. Même s’il s’est ravisé depuis, en indiquant fin 2015 qu’il démissionnerait dans le cas d’une victoire du « non », M. Renzi a transformé ce référendum en véritable vote de confiance et il n’est pas certain qu’il puisse continuer à diriger le pays dans le cas d’un refus de la réforme. Or les derniers sondages réalisés avant le scrutin donnent une avance de 7 points pour le « non » avec toutefois une grande part d’ « indécis » qui s’établirait entre 20 à 25% des interrogés. Le second élément est la décision que doit rendre la Cour Constitutionnelle italienne sur la validité de la loi électorale actuelle appelée Italicum. La cour a annoncé qu’elle rendrait sa décision après le référendum du 4 décembre sur cette loi qui prévoit de donner la majorité absolue des sièges de la chambre des députés au parti arrivé en tête aux élections (40% au premier tour ou au parti vainqueur d’un ballotage au second tour). Une crainte est que, compte tenu des intentions de vote rapportées par les sondages actuellement, le « mouvement populiste 5 étoiles » ne l’emporte lors des élections législatives prévues début 2018 sur le parti de M. Renzi.

Ainsi, les implications liées au vote italien pourraient être nombreuses :

  • Une victoire du « oui » serait bien sûr un élément positif car il assurerait une plus grande stabilité politique à moyen terme. En outre, à plus court terme, M. Renzi pourrait rester à la tête du gouvernement et les élections législatives pourraient se tenir comme prévu début 2018.

  • Une victoire du « non » (ce que prévoient les sondages comme indiqué ci-dessus) fragiliserait davantage M. Renzi et pourrait l’amener à démissionner. En revanche, il n’est pas certain que, pour autant, le président italien décide dans ce cas de la tenue d’élections anticipées et un gouvernement technique pourrait être nommé pour 2017.

  • Quelle que soit l’issue du référendum, il restera l’incertitude relative à la décision de la Cour Constitutionnelle sur la validité de la loi électorale Italicum. Même si cette loi électorale devait, elle aussi, permettre une plus grande stabilité politique à moyen terme, la possibilité de la victoire d’un parti populiste aux élections législatives en serait accrue ce qui pourrait alimenter encore dans les prochains mois l’incertitude.

 

 


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