La chute du billet vert au centre des préoccupations

Analyse de marché - 26/01/2018

Les actifs risqués ont globalement poursuivi leur marche haussière cette semaine dans un contexte de bonne visibilité sur les perspectives économiques qu’aucune nouvelle statistique n’est venue challenger.

Le FMI a annoncé une révision à la hausse de ses perspectives économiques pour cette année et l’année prochaine. Pour autant, la sérénité de l’environnement prévalant actuellement sur les marchés a été bousculée par la poursuite de la baisse du dollar. Ce mouvement de repli a invité un certain nombre de membres de la BCE à s’inquiéter ouvertement ces derniers jours de l’envolée de l’euro, inquiétude réitérée par Mario Draghi lors  du comité de politique monétaire tenu jeudi. Ce rappel par la BCE de l’importance de la dynamique de la devise dans sa fonction de réaction n’a pas suffi à endiguer la chute du billet vert, probablement parce qu’elle n’exprime pas clairement ce qu’elle ferait précisément si la monnaie unique continuait de s’apprécier, mais aussi parce que ce n’est pas tant l’euro qui monte que le dollar qui baisse contre un nombre important de devises. 

Parmi les raisons motivant le repli du dollar, figurent les intentions ambigües de l’administration Trump. En effet, ce gouvernement, prenant acte de la permanence d’un déficit commercial important, souhaite tirer un meilleur parti du commerce mondial afin de restaurer les comptes extérieurs. Ainsi, quelques mesures protectionnistes (via des taxes à l’importation sur les panneaux solaires et les machines à laver) viennent d’être prises. Mais l’administration américaine peut éventuellement chercher à faire baisser le dollar, ce qui semblait manifeste lorsque, à Davos, le secrétaire au Trésor américain, Steven Mnuchin a déclaré que ces mouvements sur les changes amélioraient à court terme la situation américaine. Toutefois, Donald Trump, peu après à Davos, n’a pas confirmé le sens des propos de son secrétaire d’Etat,  en parlant d’un dollar fort. 

  Actions européennes

La semaine a été marquée par la nouvelle hausse de l’euro contre dollar, franchissant même le seuil de 1,25 dollar en séance jeudi. 

Les valeurs exportatrices ont souffert au cours de la semaine. Les secteurs aéronautiques et technologiques sont particulièrement impactés. Airbus a chuté de 3% en une seule séance. STM est également impacté malgré de bons chiffres pour le quatrième trimestre et des perspectives très favorables dans l’automobile. 

Les banques se sont à l’inverse bien comportées en raison de la hausse des  taux longs. 

Carrefour a annoncé son plan de transformation 2020-22. Celui-ci reprend l’essentiel des attentes du marché et s’articule autour de quatre piliers : 1- La suppression de 2400 postes (départs volontaires) aux sièges sociaux, sur 10.500 salariés. 2- L’amélioration de la compétitivité avec un programme d’économies de coûts brutes de deux milliards d’euros qui seront réinvesties majoritairement dans les prix au fil de l’eau. 3- La création d’un univers omnicanal avec un investissement de 2,8 milliards d’euros sur cinq ans dans le digital, la réduction des surfaces des hypermarchés de 100.000 m2, le développement du drive et du réseau de proximité. 4- La refonte de l’offre pour attirer le consommateur : se tourner davantage vers le bio, faire passer la marque propre de 22% à 1/3 du chiffre d’affaires en France. 

Suez a fortement décroché suite à la baisse de ses perspective 2017, tablant sur un repli de 2% en organique de l’Ebit, principalement en raison d’éléments non récurrents ayant affecté le quatrième trimestre. Les perspectives pour 2018 apparaissent également décevantes. LVMH a affiché des résultats annuels en très forte hausse, le chiffre d’affaires progressant de 13%. La mode et la maroquinerie affichent de très bonnes contributions, tout comme l'intégration de Dior. Le groupe augmente le dividende de 25% cette année à cinq euros. Wirecard a pâti d’un article « douteux », selon lequel l’acquisition de l'activité de paiement de Great Indian Retail Group (GIRG) en décembre 2015 serait frauduleuse à bien des égards.  

Côté M&A, Sanofi a annoncé le rachat de la société américaine Bioverativ, spécialiste de l’hémophilie (847 millions de dollars de chiffre d’affaires). Stratégiquement, Sanofi se renforce ainsi dans les maladies rares, l’un de ses points forts majeurs. 

  Actions américaines

Le marché américain poursuit sur sa lancée avec une progression de 1% sur la semaine, portant sa performance depuis le début de l’année à +7%. Le marché salue la bonne saison des résultats (les chiffres trimestriels ressortent 11% au-dessus des attente), ainsi que la baisse du dollar (-3,3% depuis le 1er janvier, atteignant son plus bas niveau depuis fin 2014). Pour l’instant, ni le shutdown (pour lequel aucune solution pérenne n’a été trouvée), ni les postures protectionnistes de Donald Trump, ni la progression des taux longs (de 2,4% à 2,62% depuis le début de l’année) ne font douter les investisseurs.

Le Sénat a confirmé la nomination de Jerome Powell à la tête de la banque centrale, 85 voix contre 12. Le terme du mandat de Yellen est fixé au 3 février, elle devrait donc diriger la prochaine réunion des 30 et 31 janvier. La Fed a projeté trois hausses de taux cette année et pense que la réforme fiscale fera accélérer la croissance cette année, prévue à +2,5%. Powell, perçu comme le candidat de la continuité, devrait conserver ces projections. 

L’activité M&A continue d’être robuste. Celgene a annoncé l’acquisition de Juno Therapeutics (immunothérapie) pour neuf milliards de dollars. 

  Actions japonaises

L'indice TOPIX a achevé la semaine en baisse de 0,27%. Après avoir clôturé mardi au-dessus des 24.000 points, l'indice Nikkei 225 a cédé plus de 1% jeudi en raison de la dépréciation du dollar américain face au yen (sous le seuil des 110). Les exportateurs tels que les fabricants d'appareils électroniques et les constructeurs automobiles ont achevé la séance dans le rouge. Les valeurs financières étaient en berne et la défiance à l'égard des valeurs technologiques a également pesé sur le marché. Certains investisseurs se sont montrés attentistes alors que de grandes entreprises japonaises s’apprêtent à publier leurs résultats du troisième trimestre 2017. 

Immobilier (+3,74%), exploitation minière (+2,04%) et industrie pharmaceutique (+1,88%) ont été les secteurs les plus performants au cours de la semaine. Le laboratoire pharmaceutique Daiichi Sankyo Company (+6,33%) a signé une belle performance, tout comme les foncières cotées telles que Mitsubishi Estate Company (+5,54%) et Mitsui Fudosan (+5,09%) après qu'un institut de recherche privé a annoncé que le prix moyen des appartements neufs mis en vente dans l’aire métropolitaine de Tokyo avait atteint son plus haut niveau depuis 27 ans. Certains investisseurs considèrent également qu’un frémissement de l'inflation pourrait aboutir à une hausse des loyers. 

En revanche, les secteurs du transport aérien (-2,18%), des appareils électriques (-2,17%) et de la banque (-2,04%) ont sous-performé. Sony (-4,77%) a fait l'objet d'une pression vendeuse après qu'un courtier a revu à la baisse son objectif de cours et sa recommandation à l'égard du géant de l'électronique grand public. Les poids lourds du secteur bancaire Mitsubishi UFJ Financial Group (-3,11%) et Sumitomo Mitsui Financial Group (-2,45%) ont également fini dans le rouge. 

  Marchés émergents

En Chine, l’autorité de surveillance du secteur bancaire (CRBC) a infligé cette semaine une amende de 72 millions de dollars à SPDB, la neuvième plus grande banque du pays, pour avoir dissimulé des créances douteuses en prêtant 12 milliards de dollars à des sociétés-écrans. Cette amende symbolique s’inscrit dans un effort continu de désendettement des autorités chinoises pour assainir le système financier. 

Si tant est que la politique commerciale puisse donner une idée précise de la compétitivité du secteur manufacturier, nous avons observé un contraste intéressant cette semaine : Donald Trump a décidé d'instaurer des droits de douane de 30% sur les importations de modules solaires et de 50% pour les lave-linge, tandis que la Chine a annoncé une baisse graduelle de ses droits de douane sur les importations de véhicules assemblés, dont le taux actuel est de 25%. 

Dans le secteur de l'enseignement, nous observons des résultats contrastés : TAL, le prestataire chinois de services d'enseignement et de tutorat, a annoncé des résultats meilleurs que prévu grâce à l'accroissement de ses marges, avec à la clé une hausse de son bénéfice par action de 113%, tandis que New Oriental a enregistré une contraction de ses marges (bénéfice par action en hausse de seulement 8%). La croissance des bénéfices dans le secteur de l'industrie a ralenti à 10,8% sur un an en décembre, contre 14,9% en novembre. En 2018, le secteur devrait enregistrer une modération de la croissance de ses bénéfices en raison d'une décrue de l'inflation des prix à la production et d'une légère décélération de l'activité économique.

Le gouvernement indien injectera comme prévu 881 milliards de roupies dans les banques universelles du secteur privé à des fins de recapitalisation. Dans le secteur des biens de consommation, plusieurs entreprises ont une nouvelle fois publié des résultats satisfaisants : +19% sur un an pour Asian Paints malgré une stagnation de son chiffre d’affaires (liée à la baisse des dépenses publicitaires) et une bonne surprise pour Maruti, qui a enregistré une croissance de 22% de son EBITDA. ICICI Prudential a également annoncé des résultats meilleurs que prévu (bénéfice par action en hausse de 80% sur un an) grâce à une marge plus élevée que prévu sur ses produits d'assurance-vie en unités de compte. Les entreprises du secteur des biens d'équipement on fait état d'une croissance convenable de leurs bénéfices : +22% pour Crompton et +30% pour Havells, +55% pour Container Corp. Les déceptions sont venues de United Spirits (EBITDA en baisse de 7% sur un an) et Idea Cellular (EBITDA en baisse de 43%), ce qui s’explique par la guerre des prix qui fait rage dans le secteur des télécoms. 

Au Brésil, l'actualité a notamment été marquée par la confirmation en appel de la condamnation de l'ancien président Lula, qui peut encore contester cette décision devant la Cour suprême. Au Mexique, alors que nous attendons le résultat de la renégociation de l'ALENA (29 janvier), Banorte a publié des résultats convenables (bénéfice en hausse de 24% sur un an). En revanche, la qualité de ses actifs s'est dégradée et son ratio de couverture a diminué dans des proportions plus importantes que prévu. Banorte table sur de solides résultats en 2018 (croissance de son bénéfice par action comprise entre 15 et 19%). 

En Russie, le distributeur X5 Retail Group a dévoilé des résultats meilleurs que prévu pour le quatrième trimestre 2017 (bénéfice en hausse de 23% sur un an). Par ailleurs, la Banque de Russie a publié un rapport faisant état d'une croissance rapide des prêts aux particuliers (plus 13% sur un an), tirée par le crédit hypothécaire. La qualité des actifs des banques russes s'est également améliorée.  

Les fonds en actions émergentes (hors actions A chinoises) ont enregistré une collecte hebdomadaire historique de 7,9 milliards de dollars (ce qui représente 0,6% des encours sous gestion, loin du pic historique de 1,6% observé en février 2003). Nous sommes optimistes à l’égard des marchés émergents.

  Matières premières

La semaine a été marquée par une hausse généralisée des matières premières qui ont bénéficié de la faiblesse du dollar : le pétrole a repassé la barre des 70 dollars le baril pour le Brent (plus de 65 dollars le baril pour le WTI). Les métaux de base ont également progressé (indice LME) ainsi que les métaux précieux.

Avec le dollar, la baisse des stocks continue donc de porter les cours de l’or noir. Aux Etats-Unis, entre 2012 et 2016, les stocks de brut ont progressé en moyenne de 9,3 millions de barils au cours des trois premières semaines de janvier contre une baisse de 12,9 millions de barils en 2018. C’est aussi la 10ème semaine consécutive de baisse des inventaires de brut. 

Cette baisse des stocks mondiaux et plus notablement américains constitue l’évidence que la stratégie de coupe de production du groupe OPEP/non-OPEP est en train de porter ses fruits. L’OPEP et la Russie ont d’ailleurs réaffirmé leurs engagements durant la réunion du week-end dernier et déclaré être prêts à coopérer au-delà de 2018. Le sentiment reste donc positif sur le marché du pétrole. Néanmoins, l’équilibre offre/demande reste vulnérable concernant un possible retour de la production de pétrole de schiste américain.

Dans son rapport mensuel, l'Agence internationale de l'Energie (AIE) a d’ailleurs attiré l'attention sur la hausse de la production américaine et prévoit une hausse de l’offre non-OPEP de 1,6 million de barils par jour en 2018 (principalement aux Etats-Unis, au Canada et au Brésil) contre une croissance de la demande de 1,3 million de barils par jour (l’OPEP et l’Agence d’Information sur l’Energie américaine sont plus optimistes sur leurs estimations à 1,7 million de barils par jour). 

Les commentaires du secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, sur la faiblesse du billet vert ont également bénéficié à l’or, qui a passé le seuil des 1350 dollars l’once la semaine dernière, son plus haut niveau depuis août 2016. Les  tensions géopolitiques sont un facteur de soutien : le risque de « shutdown » aux Etats-Unis, conséquence de l’absence de vote sur le budget, est en sursis jusqu’au 8 février, les tensions avec l’Iran, la Corée du nord… Autant d’événements qui pourraient doper les cours de l’or. Du côté des fondamentaux, la demande d’investissement en or reste soutenue depuis le début de l’année : les niveaux de détention des ETF ont progressé de 1,4% depuis le début de l’année à 72,5 millions d’once. En 2017, l’or a très bien résisté au cycle de hausse des taux de la Réserve fédérale et nous pensons que cela va continuer en 2018. Seule une accélération de ce rythme pourrait pénaliser le métal jaune. 

  Dettes d'entreprises

 

Crédit

Les marchés obligataires ont réagi négativement après la réunion de la BCE, en interprétant que l’institution remettait en cause son attachement à continuer sa politique de accommodante de rachat d’actifs après septembre 2018. Dans ce contexte, c’est la partie courte de la courbe des taux qui a le plus corrigé. 

Le marché du crédit dans son ensemble a plutôt bien résisté. L’Investment Grade est en retrait de 0,14% et le High Yield de 0,09%, tandis que les primes de risque de crédit se sont écartées d’un point de base concernant l’Investment Grade et de trois points de base du côté du High Yield. Ainsi, l’essentiel de la performance négative de l’Investment Grade (-0,14%) est attribuable à la composante taux. Au cours de la semaine, les indices de crédit Main et Xover sont inchangés à 43 et 230 points de base respectivement. S&P a relevé la notation de Cirsa de B+ à BB- à la suite des bons résultats sur les neuf premiers mois de l’année. Azyzta a revu fortement en baisse sa prévision d’EBITDA annuelle pour l’exercice 2017/2018.

Enfin, deux entreprises de notre couverture envisagent une IPO : Swissport souhaite s’introduire en Bourse courant 2018 (participation du conglomérat en difficulté HNA) tandis que Dufry a annoncé les modalités de l’IPO de sa filiale américaine Hudson

Convertibles 

L'activité reste soutenue sur le marché primaire, notamment en Asie où les directeurs financiers cherchent à monétiser les rendements boursiers impressionnants depuis le 1er janvier. Le promoteur immobilier chinois CIFI Holdings a émis pour 2,79 milliards dollars de Hong-Kong d'obligations convertibles sans coupon à 1 an pour rembourser ses dettes et financer son besoin en fonds de roulement. Une autre émission est intervenue en Chine, où l'entreprise publique China Shipbuilding Industry Corp a émis pour un milliard de dollars d'obligations sans coupon à 7 ans, échangeables en actions de Postal Savings Bank of China

Trois nouvelles émissions sont intervenues aux États-Unis. La société biotech Insmed a placé pour 400 millions de dollars d'obligations convertibles à 7 ans, assorties d’un coupon de 1,75% afin de financer le développement clinique en cours d'un médicament contre une maladie pulmonaire rare. La société de services pétroliers Oil States International a émis pour 200 millions de dollars d'obligations convertibles à 5 ans, assorties d'un coupon de 1,5%, afin de financer le rachat de GeoDynamics. La troisième opération est à mettre à l'actif de la société de transport pétrolier Teekay Corp, qui a émis pour 125 millions de dollars d'obligations convertibles à 5 ans, assorties d'un coupon de 5% et levé simultanément 97,5 millions de dollars de nouveaux capitaux afin de financer le remboursement de sa dette. 

Dans le reste de l'actualité cette semaine, d'autres filiales du groupe Steinhoff ont obtenu des financements à titre indépendant : en France, Conforama a obtenu une facilité de crédit de 115 millions d’euros ; en Autriche, Kika/Leiner a obtenu des liquidités supplémentaires. 

Par ailleurs, Medicines Company a vu son cours de Bourse bondir de 34% cette semaine à la suite d'une journée investisseurs qui a débouché sur des relèvements de recommandations par des analystes. Cette société biotech, qui met au point un traitement contre le cholestérol (Inclisiran) a annoncé que le comité de surveillance et de suivi a recommandé la poursuite de son étude de phase 3 comme prévu. Elle a également indiqué être en avance sur le calendrier prévu pour le recrutement de patients. 

Enfin, le fabricant d'équipements de test de semi-conducteurs Teradyne a publié des résultats meilleurs que prévu pour l'exercice 2017, avec une croissance de plus de 70% en glissement annuel pour sa division robotique. Le titre a toutefois cédé 4% par la suite en raison de prévisions jugées décevantes.

Achevé de rédiger le 26/01/2018

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