D. Trump annonce de nouveaux tarifs douaniers, discours de J. Powell, immobilier américain décevant et Congrès national en Chine

L'hebdo des économistes - 6/03/2018

En bref
  • D. Trump a annoncé l’instauration de tarifs douaniers sur l’acier (25%) et l’aluminium (10%). Si l’impact sur l’économie américaine devrait rester contenu, certains secteurs pourraient toutefois en souffrir
  • J. Powell a confirmé la poursuite du resserrement monétaire graduel aux Etats-Unis, comme nous l’anticipions
  • La croissance a accéléré fin 2017 en Allemagne, en France et en Suisse. Mais l’absence de pression inflationniste devrait amener la BCE et la BNS à conserver leur politique monétaire accommodante
  • En Chine, le Congrès national du peuple devrait entériner les orientations données lors du Congrès d’octobre 2017. Li Keqiang a annoncé un objectif de croissance pour 2018 « proche de 6.5% »

États-Unis – mesures restrictives en matière d’échanges commerciaux, confirmation de l’orientation de la politique monétaire et ventes de maisons décevantes

Le 1er mars 2018, le président américain a annoncé l’instauration de tarifs douaniers sur les importations d’acier et d’aluminium de 25% et 10% respectivement. Cette décision repose sur une étude du Département du Commerce, remise au président le 16 février 2018, qui concluait que les « quantités et circonstances d’importations d’acier et d’aluminium menacent de détériorer la sécurité nationale»1, permettant ainsi à D. Trump d’instaurer ces mesures. Leurs détails sont encore peu nombreux et l’incertitude reste importante quant aux partenaires commerciaux qui pourraient bénéficier d’exemptions et quant au caractère temporaire ou définitif des tarifs douaniers.

Le but principal des propositions du département du Commerce est en réalité d’accroître la production américaine d’acier et d’aluminium, qui ralentit depuis plusieurs années. En 2016, 30.1% de la consommation d’acier a été importée, soit 30 millions de tonnes d’acier pour une consommation de 99.7 millions de tonnes2, alors que la production américaine d’acier n’est qu’à 73% de sa capacité de production (cf. graphique de gauche). En outre, la production a reculé de 11% entre 2014 et 2016, passant de 88.2 millions de tonnes à 78.6 millions de tonnes. Pour l’aluminium, le Census Bureau indique des importations d’une valeur de USD 12.3 milliards en 2016 et de USD 16.3 milliards en 2017 alors que la production d’aluminium a baissé de 9.5% en volume sur la même période de 818'400 tonnes à 740'000 tonnes3. Si le taux d’utilisation des capacités de production dans cette industrie a été estimé à 48% par le département du Commerce, ce dernier considère qu’un taux d’utilisation de 80% est le taux minimum pour assurer la viabilité à long-terme des industries de l’aluminium et de l’acier.

Toutefois, la part des importations d’acier et d’aluminium représente moins de 2% des importations totales américaines de biens. Ainsi, d’un point de vue macroéconomique, l’instauration de tarifs douaniers ne devrait pas avoir d’impact majeur sur l’ensemble des prix américains ou sur la croissance. En revanche et a priori, deux risques pourraient être invoqués. D’une part, certains secteurs dépendants des importations d’acier et d’aluminium, comme la construction ou l’automobile pourraient souffrir de l’accroissement des coûts de leurs intrants, ce qui pourrait peser sur leurs investissements et leurs embauches. D’autre part, les principaux pays exportateurs d’acier vers les États-Unis pourraient prendre des mesures de représailles. La part des exportations d’acier à destination des États-Unis est très importante pour certains pays, notamment pour le Canada dont 88.6% des exportations d’acier vont vers son pays voisin ou le Mexique et le Brésil dont 68% et 40.6% des exportations d’acier respectivement sont à destination des États-Unis. Une escalade des tensions commerciales serait néfaste pour tous les pays, dont la majorité a profité de la reprise des échanges commerciaux depuis mi-2016. Enfin, la réaction de l’OMC est encore inconnue et dépendante de l’interprétation de l’article XXI du GATT dans lequel l’organisation autorise la mise en place de tarifs douaniers temporaires lorsque la sécurité nationale est menacée4. Si l’augmentation des tarifs douaniers sur l’acier était anticipée, une potentielle généralisation des barrières tarifaires à tous les pays exportateurs d’acier, plutôt qu’à certains partenaires commerciaux, a surpris. Le rapport final, attendu courant de cette semaine, devrait fournir davantage de détails sur les pays et sur les produits qui pourraient échapper aux barrières tarifaires.

L’autre évènement majeur de la semaine aux Etats-Unis a été le premier discours semi-annuel devant le Congrès de J. Powell, le 27 février. Dans son propos introductif, le président de la Fed a indiqué qu’il souhaitait que la politique monétaire s’inscrive dans la continuité de celle qui avait été menée sous la présidence de J. Yellen et a confirmé que la Fed entendait poursuivre son resserrement monétaire à un rythme graduel. Interrogé sur les dernières prévisions des membres du FOMC pour le taux Fed funds – qui avaient été publiées en décembre 2017 et prévoyaient trois hausses de 25bp de celui-ci en 2018 qui l’amèneraient 2.25% – J. Powell a indiqué que les statistiques économiques publiées depuis avaient été plus robustes que ce qu’il anticipait et qu’il avait revu en conséquence à la hausse ses perspectives pour l’économie américaine. De fait, le président de la Fed a implicitement ouvert la porte à une éventuelle quatrième hausse du taux Fed funds cette année qui l’amènerait au niveau de 2.50% d’ici décembre.

Cette tonalité légèrement « hawkish » de J. Powell reflète un optimisme accru vis-à-vis des perspectives de croissance mais ne témoigne pas toutefois de son inquiétude quant au risque inflationniste. Il a confirmé qu’il anticipait que l’inflation se redresserait progressivement cette année pour s’établir proche de son objectif de 2.0% à moyen terme. Par ailleurs, malgré l’accélération des salaires horaires aux Etats-Unis en janvier, il a indiqué que l’évolution des salaires a été jusqu’à présent contenue. Enfin, à l’occasion de sa seconde audition devant le Congrès, le 1er mars, il a précisé que l’économie américaine n’était pas en « surchauffe ». Ce discours rassurant au regard de l’évolution de l’inflation a contribué à la stabilisation des anticipations d’inflation. Ainsi, à titre d’exemple, le taux swap d’inflation à 2 ans était à 2.11% le 1er mars (contre 2.14% le vendredi 23 février) et le taux swap d’inflation à 10 ans était, lui, inchangé, à 2.30%.

Dans l’ensemble donc, ce discours du président de la Fed a pleinement conforté notre scénario selon lequel, dans un contexte d’accélération de la croissance et de hausse modérée de l’inflation, la Fed poursuivrait la remontée graduelle de son taux Fed funds cette année pour l’amener à 2.25% d’ici la décembre 2018.

Du côté des chiffres économiques, les dernières données sur l’immobilier américain ont été plutôt décevantes. La croissance annuelle des prix immobiliers des 20 plus grandes agglomérations a légèrement ralenti, de 6.4% en novembre à 6.3% en décembre. Les ventes de logements neufs et anciens ont reculé de 7.8% et 3.2% respectivement en janvier, s’inscrivant dans la tendance de ralentissement de la croissance observé depuis deux ans. Alors qu’en 2015, la croissance des ventes de logements anciens progressait en moyenne de 6.2% en glissement annuel, celle-ci est retombée à 4.2% en 2016 et à 1.7% en 2017. Le ralentissement a été plus fort encore pour les logements neufs dont la croissance moyenne est passée de 14.7% en 2015 à 9.4% en 2017. Ce ralentissement des ventes a été accompagné d’une baisse de la croissance des constructions, qui était de 31.2% à son plus haut mi-2013, contre 4.5% en janvier 2018. Le ralentissement des ventes immobilières est observé alors même que le nombre de logements vendus est encore largement inférieur au nombre de ventes avant la crise. Si les niveaux de 2005-2006 étaient certes exceptionnellement élevés, les ventes de logements neufs en 2017 ont atteint seulement 48.1% des niveaux de ventes en 2005 et 56.4% des niveaux de 2003. Dans l’ancien, les ventes étaient en 2017 à 78.2% des niveaux de 2005 et à 89.6% des niveaux de 2003. Dans ce contexte, il existe un potentiel de rebond des ventes de logements qui, s’il entrainait une hausse des constructions, ne serait pas inflationniste. Le secteur de la construction donnait des signes d’amélioration en janvier, les permis de construire ayant augmenté de 7.4% en janvier par rapport à décembre et les mises en chantier de 9.7%.

Europe – vigueur de la croissance au quatrième trimestre en zone euro et en suisse

En Europe, les statistiques de PIB ont confirmé la vigueur de la croissance au quatrième trimestre 2017. Les chiffres publiés pour l’Allemagne et la France ont montré que les deux principaux pays de la zone euro ont continué de bénéficier de la baisse de l’euro intervenue entre mi-2014 et avril 2017. Ainsi, en Allemagne, le PIB a marqué une progression trimestrielle de 0.6% (grâce notamment à une contribution de 0.6 point de pourcentage du commerce extérieur net) après une hausse de 0.7% au troisième trimestre qui a permis une accélération de son glissement annuel de 2.7% à 2.9%. Sur l’ensemble de l’année 2017, la croissance allemande s’est établie en moyenne à 2.5% après 1.9% en 2016. Pareillement, la croissance trimestrielle du PIB français a été de 0.6% (avec une contribution de 0.6 point de pourcentage du commerce extérieur net) après une hausse de 0.5% au troisième trimestre. En glissement annuel, la croissance française est de fait passée de 2.3% à 2.5% et, pour l’ensemble de l’année 2017, elle s’est établie à 2.0% après 1.1% en 2016.

En Suisse, le PIB a progressé plus fortement qu’attendu grâce notamment à l’accélération de l’investissement en construction et en dépit d’une contribution négative du commerce extérieur : en glissement trimestriel, il s’est affiché à +0.6% après +0.7% au troisième trimestre et en glissement annuel il s’est établi à 1.9% après 1.2%. Toutefois, du fait de la faiblesse de l’activité au premier semestre 2017, la croissance moyenne du PIB n’a été que de 1.0% en 2017 après 1.4% en 2016.

Nous continuons d’anticiper que la croissance en zone euro pourrait légèrement ralentir en 2 018 alors que le niveau du PIB reviendrait à son potentiel et que l’appréciation de l’euro depuis avril 2017 commencera à peser sur le commerce extérieur. Dans ce contexte et en l’absence de pressions inflationnistes, la BCE devrait conserver une politique monétaire accommodante.

En Suisse en revanche, la croissance du PIB pourrait continuer d’accélérer en 2018, soutenue notamment par l’effet positif lié à la baisse du franc contre l’euro depuis avril 2017. Nous continuons de prévoir toutefois que l’inflation ne connaitra pas de hausse marquée du fait, notamment, de la faible progression du PIB sur l’ensemble de l’année 2017. De fait, la Banque Nationale Suisse conserverait selon nos prévisions sa politique monétaire inchangée tout au long de 2018.

Chine – début du congrès national du peuple et objectifs 2018

En Chine, le Congrès national du peuple (National People’s Congress) s’ouvre ce lundi 5 mars pour une dizaine de jours. Celui- ci devrait valider un changement constitutionnel d’ampleur qui abolirait la limite des deux mandats de cinq ans imposée au chef de l’Etat. Dès lors, Xi Jinping pourrait exercer de nouveaux mandats présidentiels au-delà de 2022, terme de son second mandat. Le Congrès devrait également établir les priorités en termes de politique économique suivie par le pays à moyen terme. Celles-ci devraient s’inscrire dans la lignée des priorités établies lors du 19ème Congrès du Parti communiste d’octobre dernier et rappelées lors de la Central Work Economic Conference de décembre. Ainsi, la poursuite des réformes structurelles visant à réduire le risque systémique de la Chine – via un renforcement de la réglementation financière, le désendettement du pays, la réduction des capacités de production excédentaires et l’élimination de la pauvreté – devrait être confirmée officiellement. L’orientation neutre de la politique monétaire de la PBoC ainsi que la création d’une instance chapeautant les organes de surveillance financière devraient également faire l’objet d’une annonce. Ces développements rappelleraient le rôle des entités étatiques dans le modèle économique chinois, lesquelles joueraient un rôle déterminant dans la remontée des chaines de valeur opérée par l’industrie chinoise et l’évolution vers une croissance plus inclusive socialement (cf. l’Hebdo Eco du 23 octobre 2017). Enfin, le Premier ministre Li Keqiang a divulgué l’objectif d’une croissance proche de 6.5% et d’une inflation de 3% pour 2018 tandis que l’objectif de déficit fiscal est passé de 3.0% en 2017 à 2.6% du PIB.

Sophie Casanova - Economiste, Banques centrales
François Léonet - Économiste, Marchés Émergents
Lisa Turk – Économiste, États-Unis