Préserver l'équilibre familial pour réussir sa transmission

Conférences - 26/04/2016

Lors d'un séminaire organisé à Genève par Edmond de Rothschild, plusieurs membres des "Friends of The Countryside" ont partagé leurs expériences de succession. Ils ont souligné  l'importance de la communication dans cette phase délicate, en particulier lorsque la pérennité de l'entreprise familiale est en jeu.

​« Défis et solutions pour une transmission intergénérationnelle réussie ». Les Friends of The Countryside étaient invités à témoigner sur un thème qui leur est cher lors d'un événement organisé au Château de Pregny à Genève.

 

Tous ont insisté sur la nécessité de maintenir un climat apaisé et serein entre les membres de la famille pour passer la main en douceur. Mais l'équilibre ne peut être préservé, au cours de ce processus complexe, qu'au prix d'importants efforts de communication et d'une préparation méticuleuse.

Informer et expliquer

Francisco, un des membres de cette association de propriétaires terriens et d'entrepreneurs, a donné le ton : « L'essentiel est de maintenir la paix au sein de la famille en informant ses membres et en leur expliquant tous les enjeux. Dans le cas contraire, c'est l'avenir même de  l'entreprise familiale qui peut être mis en péril ».

Pour sa part, Michael a estimé que les facteurs externes, comme la situation économique et politique, devaient être intégrés à la réflexion, mais il a confirmé que la préservation de relations saines entre générations était primordiale. Une condition d'autant plus nécessaire que  les membres d'une même famille vivent aujourd'hui fréquemment dans plusieurs pays différents, avec toutes les subtilités juridiques et fiscales que cela suppose.

« Le plus sage, en matière de transmission de patrimoine, est de se faire assister d'un médiateur familial qui saura peser le pour et le contre sans parti pris et sans émotions déplacées », a-t-il ajouté.

Rapports de force

En prenant conseil auprès d'un intermédiaire extérieur et neutre, un père de famille sera moins tenté de  « s'accrocher » à ses responsabilités trop longtemps ou au contraire de régler le problème à marche forcée en confiant le projet de transmission à sa descendance. « J'ai cru bien faire, mais j'ai commis une lourde erreur lorsque j'ai demandé à mon fils d'établir lui-même une proposition de transmission. Le projet qu'il m'a présenté initialement consistait à prendre seul les rênes de l'entreprise et à me mettre à la retraite. Je n'ai pas accepté. Il s'en est suivi une période difficile de trois ou quatre mois pour notre entreprise. Cette crise fut pénible à surmonter», raconte Michael.

Aujourd'hui, il est parvenu à un compromis avec son fils et à une organisation qui lui permet de participer aux grandes orientations pendant une période transitoire tout en lui laissant le soin de prendre toutes les décisions opérationnelles. « C'est comme dans un couple, il y a sans cesse des malentendus. Et il ne faut pas négliger les rapports de force qui interviennent entre un père et son fils », a poursuivi Michael.

Clarté et équité

Guiseppe a estimé pour sa part qu'une transmission réussie devait respecter deux critères essentiels : la clarté et l'équité.  « Les héritiers ne doivent en aucun cas se sentir lésés sous peine de créer des dissensions familiales. La répartition du patrimoine au sein de la fratrie doit être juste, quels que soient leur rang ou leur sexe. » Mais il faut bien tenir compte de la prégnance des règles traditionnelles non écrites dans le partage du patrimoine, comme la primogéniture ou l'avantage donnés aux héritiers masculins. « Il est difficile de s'en écarter. Qui suis-je en effet pour changer un système qui a marché depuis des dizaines d'années ? », a souligné Guiseppe.

A cet égard, il a mentionné que les propriétaires terriens exploitaient souvent leur terre pour en faire un « business » : « Une des façons de satisfaire tous les héritiers peut consister à dissocier la propriété des terrains de leur exploitation commerciale avant de répartir les actifs et les rôles »

Mais transmettre, ce n'est pas seulement transmettre une fortune, un patrimoine matériel, immobilier ou financier ou encore une entreprise, c'est aussi transmettre un patrimoine immatériel, des valeurs et une vision. Attention toutefois à ne pas aller trop loin dans cet accompagnement.

Selon Guiseppe, il faut se garder d'imposer leur avenir aux descendants, au risque de faire échouer le processus. Leur fournir des principes et des lignes directrices oui, mais sans leur dicter ce qu'ils doivent faire, et en admettant qu'ils peuvent commettre des erreurs.

Et puis, ajoute-t-il, «Il ne faut pas exproprier les enfants de leurs responsabilités.  Nous ne devons pas non plus leur rendre le vie trop facile !»

Philanthropie

Tous les participants ont jugé utile de  se  préparer très en amont à sa succession.  Y compris Albert, qui fait partie des Young Friends of The Country Side. « J'ai trois jeunes enfants et j'y pense déjà », a déclaré le chef d'entreprise, encore en début de carrière.

La participation à un projet philanthropique est souvent perçue comme très utile pour communiquer des valeurs sans les imposer et  pour faciliter l'union de la famille sur la durée.

Invité à livrer un mot clé pour une transmission réussie en toute fin de table ronde, Michael a déclaré : « Mon épouse… Car c'est grâce à sa bienveillance que mon fils et moi avons pu renouer le dialogue »

 

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