La stratégie de T. May mise en échec au Royaume- Uni, la BCE reste aux commandes

L'hebdo des économistes - 14/06/2017

En bref
  • La stratégie de T. May mise en échec au Royaume-Uni, la BCE reste aux commandes
  • Focus Inde : Le potentiel de croissance reste intact

Analyses de Sophie Casanova, économiste banques centrales et François Léonet, économiste Marchés Emergents au sein de la Recherche Economique d’Edmond de Rothschild.

La stratégie de T. May mise en échec au Royaume-Uni, la BCE reste aux commandes

  • La perte de la majorité absolue par les conservateurs au parlement britannique réduit davantage la capacité du gouvernement à négocier la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne
  • L’incertitude quant aux perspectives britanniques devrait rester forte et peser sur l’activité au cours des prochains trimestres. La livre sterling pourrait, comme nous l’anticipions, substantiellement baisser
  • Plus confiante sur les perspectives de croissance, la BCE confirme, cependant, que le resserrement monétaire n’est pas imminent. Les pressions haussières sur l’euro devraient être, de fait, limitées


Le résultat des élections législatives, qu’elle avait souhaité tenir de manière anticipée, a été loin des attentes du premier ministre britannique, T. May. Son parti, les conservateurs, n’a non pas accru son poids au sein du parlement mais a perdu la majorité absolue dont il disposait jusqu’alors. Ainsi, à l’issue du scrutin du 8 juin dernier, le Premier Ministre a vu le nombre de sièges détenu par son parti passer de 331 à 318, en deçà du seuil de la majorité absolue qui est de 326 sièges.

La stratégie de T. May était simple, alors qu’en avril 2017 les sondages indiquaient que les conservateurs bénéficiaient d’un montant substantiel d’intentions de vote, elle a appelé à la tenue d’élections anticipées dans le but de renforcer le poids de son parti au parlement et, de fait, gagner des marges de manœuvre domestiques pour mener les négociations de sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne.

Mais une fois de plus, l’opinion britannique a progressivement changé et l’issue du scrutin s’est avérée très différente de ce qu’attendaient les dirigeants du pays.

Pour pouvoir mener à bien ses négociations avec l’Union Européenne, le gouvernement britannique aura désormais besoin de procéder à des alliances, notamment avec le Parti Unioniste Démocrate. Cela accroit l’incertitude quant à la capacité des autorités britanniques à définir une ligne claire pour leur stratégie dans ce long processus.

De fait, l’incertitude au Royaume-Uni, déjà forte, pourrait s’accroitre. Ce, d’autant plus que le renforcement du couple franco-allemand, suite à l’élection d’E. Macron devrait, au-delà des avancées pour la zone euro, soutenir également le renforcement de la cohésion de l’Union Européenne. [...] 


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Le potentiel de croissance reste intact

  • A 6.1%, la croissance du PIB au premier trimestre 2017 a déçu et s'explique par un effet retardé, et plus important qu’anticipé, de la démonétisation et des biais statistiques. Cette décélération resterait temporaire

  • La consommation privée reste bien orientée tandis que les élections législatives de début d'année confortent la légitimité politique de N. Modi

  • L'investissement privé reste le maillon faible et doit être dynamisé par un redémarrage du crédit bancaire

 

La croissance du PIB réel indien pour ce premier trimestre 2017 s’est établie à 6.1% contre 7.0% lors du précédent trimestre. C’est un chiffre inférieur aux attentes du consensus, qui s’élevaient à 7.1%, ainsi qu’à nos propres anticipations de croissance, à 6.9%. Cette décélération s’explique en partie par un effet retardé de la démonétisation de novembre 2016 sur l’économie formelle mais également par des biais statistiques, dans le calcul du déflateur du PIB principalement.

Les conséquences de la démonétisation se retrouvent également dans l’activité informelle ainsi qu’en atteste la contraction de -3.7% de l’activité de construction. Ce segment est en effet un des principaux récipiendaires des flux d’argent non-déclaré contre lesquels l’opération de démonétisation a précisément été mise en œuvre. Cette décélération de la croissance devrait être de nature temporaire et l’activité indienne devrait rester bien orientée en 2017.

La consommation des ménages, portée entre autres par la hausse des salaires dans la fonction publique et le recul de l’inflation à 3% – sous la cible officielle de 4% –, reste le contributeur essentiel de la croissance du pays. La quantité de monnaie en circulation est revenue à près de 80% du niveau prévalant avant la démonétisation tandis que la bonne orientation des indicateurs avancés plaide en faveur d’une reprise de l’activité économique. La croissance devrait dès lors atteindre 6.9% sur l’année civile 2017 et 7.8% en 2018, portée par les réformes structurelles. [...]