Les statistiques américaines déçoivent, mais les rendements s’envolent

Regards et perspectives économiques - 20/09/2016

Malgré la déception des dernières statistiques aux Etats-Unis, les rendements obligataires à 10 ans américains ont poursuivi leur hausse, comme ceux des autres pays développés.Pourtant l’expansionnisme monétaire mondial reste d’actualité comme l’ont confirmé la BNS et la BoE.

Aux Etats-Unis, les derniers indices des directeurs d’achat publiés par l’Institute for Supply Management (ISM) pour le mois d’août reflètent une confiance affaiblie, aussi bien dans l’activité manufacturière que des services (cf. graphique de gauche page suivante). Si l’indice qui porte sur les services reste dans une zone d’expansion de l’activité, l’ampleur de son déclin de 55.5 à 51.4 a surpris. Une analyse des services par industrie révèle que le secteur de la consommation a fait part d’un environnement moins favorable en août, au reflet des derniers chiffres de ventes au détail. Les secteurs de la santé, de l’éducation, de l’immobilier ou encore de l’administration publique ont quant à eux indiqué une expansion.

Ces chiffres inattendus ont été accompagnés d’un indicateur sur l’emploi décevant : le Labor
Market Conditions Index, particulièrement apprécié de la Fed, est repassé en territoire négatif (cf. graphique de droite ci-dessous). Parmi les 19 composantes de cet indicateur, deux semblent pouvoir fournir une explication à cette baisse: 1. le pourcentage des entreprises qui planifient davantage d’embauche a tendance à se tasser et 2. les employés qui quittent leur emploi volontairement ont de plus en plus de difficultés à en retrouver un nouveau. Une telle modération au niveau des embauches n’est pas une surprise, étant donné que le plein-emploi est atteint et que l’incompatibilité de l’offre des compétences aux besoins du marché du travail devient plus importante. De plus, un rebond du PIB au 3e trimestre reste notre thèse principale.

 

Malgré ces publications décevantes, qui auraient dû exercer des pressions baissières sur les taux longs, les rendements obligataires américains ont accentué leur hausse. Le rendement Treasury 10 ans a ainsi progressé de 19 points de base (pdb) entre le 7 et le 13 septembre pour s’établir à 1.73%. Cette remontée des taux américains s’inscrit dans un mouvement de hausse des rendements souverains dans la plupart des pays développés. A titre d’exemple, au cours de la même période, les rendements allemands et britanniques à 10 ans ont crû de 19 et 23 pdb pour revenir respectivement à 0.07% et 0.91%. Le rendement 10 ans japonais qui, après avoir marqué un plus bas historique à -0.29% le 27 juillet, avait déjà fortement progressé au cours du mois d’août, a affiché une augmentation plus faible (+4 pdb) mais pas moins symbolique puisqu’il était à 0.00% le 12 septembre en clôture..

Cette hausse brutale des rendements souverains est probablement, en partie, une correction haussière après leur très forte chute suite aux résultats du référendum britannique. Mais surtout, ce mouvement s’articule avec la conviction croissante de certains investisseurs que les politiques monétaires ont atteint leurs limites et que les banques centrales ne pourront pas maintenir longtemps encore leurs taux négatifs et seront contraintes d’interrompre leurs achats d’obligations. Nous ne partageons pas ce point de vue et les décisions de politique monétaire en Suisse et au Royaume-Uni cette semaine nous ont confortées dans notre analyse selon laquelle l’expansion monétaire reste pleinement d’actualité.

La Banque Nationale Suisse (BNS) a, en effet, confirmé qu’elle devrait maintenir durablement sa politique de taux négatif et poursuivre ses interventions sur le marché des changes. Ainsi, à l’issue de sa réunion du 15 septembre elle a maintenu son taux d’intérêt appliqué aux avoirs à vue à -0.75% et indiqué qu’elle entendait poursuivre ses interventions pour limiter l’appréciation du franc. Mais surtout, si elle a révisé à la hausse sa prévision de croissance 2016 à 1.5% (contre 1.0-1.5% précédemment) elle a dans le même temps abaissé ses prévisions d’inflation pour 2017 et 2018 compte tenu des « perspectives un peu moins favorables pour l’économie mondiale ». Ainsi, malgré l’amélioration de l’activité en Suisse, la BNS n’anticipe qu’une inflation à 0.2% en 2017 et 0.6% en 2018, ce qui devrait la conforter à maintenir
durablement son taux à -0.75%.

 

La Banque d’Angleterre (BoE) devrait, elle, procéder à une nouvelle baisse de taux d’ici la fin de l’année, comme nous l’anticipons. Elle a en effet maintenu, elle aussi, sa politique monétaire inchangée lors de sa réunion du 15 septembre. Mais elle a indiqué que, malgré des statistiques britanniques meilleures qu’anticipé au cours de la période récente, elle envisageait toujours de baisser à nouveau son taux directeur d’ici la fin de l’année.