L'Hebdo des économistes: incertitudes politiques aux États-Unis et en Italie

L'hebdo des économistes - 9/12/2016

La bonne dynamique du marché de l’emploi et l’amélioration de l’activité manufacturière soutiennent un scénario de hausse des taux Fed Funds lors de la réunion du FOMC le 14 décembre et à plusieurs reprises en 2017. En Italie, après la victoire du « non » au référendum et la démission de M. Renzi, les incertitudes quant aux perspectives politiques pourraient perdurer. Analyse de Lisa Turk et Sophie Casanova.

La candidate du « Green Party », Jill Stein, a soumis une demande pour recompter les bulletins de vote dans trois Etats du Nord-Est des Etats-Unis, la Pennsylvanie, le Wisconsin et le Michigan. Ces trois Etats, habituellement démocrates, avaient été remportés par le candidat républicain D. Trump dans la course à la présidentielle contre H. Clinton, à quelques dizaines de milliers de votes près. Dans le Michigan (16 grands électeurs), H. Clinton avait perdu de 11'612 voix, dans le Wisconsin (10 grands électeurs) de 22'871 voix et en Pennsylvanie (20 grands électeurs) de 68'236 voix, selon les sources Bloomberg. En Pennsylvanie, le recomptage n’a pas encore été officiellement validé, D. Trump ayant demandé au tribunal de repousser la requête de J. Stein. Cette dernière devrait demander, lundi 5 décembre, l’autorisation d’un recomptage auprès de la Cour fédérale.

Si dans l’ensemble, H. Clinton a en effet remporté le vote populaire d’une écrasante majorité de plus de 2 millions de voix, son rival a cependant remporté 306 grands électeurs contre 232 pour la candidate démocrate. Cette différence est due au système de vote « Winner-takes-all », selon lequel le candidat gagnant la majorité des voix dans un Etat se voit attribué toutes les voix des grands électeurs. Afin de remporter l’élection présidentielle, un minimum de 270 voix des grands électeurs est nécessaire ce qui nous indique que les trois Etats dans lesquels ont lieu le recompte devraient basculer en faveur de H. Clinton pour qu’elle remporte les élections. La probabilité que les trois Etats basculent est cependant faible à moins que des fraudes et irrégularités extraordinaires soient découvertes. L’Etat fédéral requiert que ces recomptes soient achevés au 13 décembre, une semaine avant le vote des grands électeurs le 19 décembre.

De retour aux fondamentaux économiques après plusieurs semaines d’agitation politique aux Etats-Unis, les dernières données confirment la reprise économique que nous anticipions dans la deuxième partie de cette année 2016. D’une part, l’indice d’activité ISM Manufacturier a été meilleur qu’anticipé, s’établissant à 53.2 au mois de novembre et indiquant ainsi une accélération de la production manufacturière (cf. graphique de droite). Si c’est avant tout l’amélioration des indices de commandes et de production qui laisse espérer une nouvelle tendance haussière, la récente appréciation du dollar pourrait cependant représenter un frein au secteur dans les mois à venir. D’autre part, le rapport d’emploi du mois de novembre a indiqué la création de 178’000 nouveaux emplois qui ont permis au taux de chômage de baisser significativement à 4.6% (contre 4.9% en octobre), un plus bas depuis août 2007 et 0.2% en-dessous du plein-emploi estimé par les membres du comité de politique monétaire à 4,8% (cf. graphique de gauche). L’emploi à temps partiel pour des raisons économiques a également baissé passant de 3.7% de la population active en octobre à 3.6% en novembre. Seules la légère baisse du taux de participation à la population active (62.7% contre 62.8% au mois d’octobre) et la progression des salaires (+2.5% contre +2.8% au mois d’octobre) ont déçu au mois de novembre, tout en restant à des niveaux favorables.

 
 

 

 

Dans l’ensemble, la bonne dynamique du marché de l’emploi et l’amélioration de l’activité manufacturière soutiennent un scénario de hausse des taux Fed Funds lors de la prochaine réunion du FOMC le 14 décembre et à plusieurs reprises en 2017. La hausse des perspectives de croissance et d’inflation américaines qui devrait résulter d’une politique de relance annoncée par D. Trump dès 2017 renforce ce scénario de resserrement monétaire. Mais la Fed devra également composer avec un dollar qui s’est apprécié de plus de 6% depuis le mois d’août et avec des taux souverains courts et longs en hausse de 0.27 et 0.56 point de base respectivement depuis l’élection de D. Trump, qui sont de nature à contraindre la croissance. C’est pourquoi nous n’anticipons que 2 hausses de taux en 2017 alors que nous prévoyons une accélération de la croissance et de l’inflation à 2% en moyenne sur la même année.

En Italie, la victoire du « non » au référendum a amené M. Renzi à démissionner ce dimanche 4 décembre : 60% des électeurs italiens (avec une participation proche de 68%) ont rejeté le projet de réforme constitutionnelle qui visait à réduire le rôle et le pouvoir de la chambre sénatoriale. Comme nous l’analysions (cf. Hebdo d'Eco du 28 novembre), suite à ce résultat et à la démission du premier ministre, plusieurs évènements à venir sont désormais à suivre :

  1. La décision du Président de la République suite à la démission de M. Renzi. Mattarella devrait nommer un premier ministre ou demander à M. Renzi de former un nouveau gouvernement. L’option d’un « gouvernement technique », comme l’Italie en a déjà connu plusieurs, est possible. Dans ce cas, le Président italien n’aurait pas nécessairement à annoncer la tenue d’élections anticipées avant leur prochaine échéance qui est prévue début 2018.

  2. La décision de la Cour constitutionnelle italienne sur la validité de la loi Italicum. La Cour a annoncé qu’elle rendrait sa décision après le référendum du 4 décembre sur cette loi qui prévoit de donner la majorité absolue des sièges de la Chambre des députés au parti arrivé en tête aux élections (40% au premier tour ou au parti vainqueur d’un ballotage au second tour). Une des craintes au cours des dernières semaines était que, compte tenu des intentions de votes rapportées par les sondages, un parti populiste ne l’emporte lors des élections législatives prévues début 2018. Néanmoins, suite au rejet, ce 4 décembre, de la réforme du Sénat, la Chambre haute continuera de disposer d’un pouvoir équivalant à celui de la Chambre des députés. Or, compte tenu de son mode de scrutin proportionnel, il est possible que la majorité sénatoriale soit différente de celle des députés. Cela pourrait limiter les marges de manœuvre d’une majorité issue d’un parti populiste à la Chambre des députés mais augmenter également le risque de paralysie politique.

 

Ainsi, les incertitudes quant aux perspectives politiques en Italie pourraient perdurer au cours des prochains mois. Pour autant, le rejet de la réforme constitutionnelle du Sénat ne devrait pas impliquer nécessairement une forte instabilité et volatilité des marchés. D’une part, un gouvernement provisoire pourrait poursuivre une partie des réformes et notamment continuer l’assainissement du bilan des banques. D’autre part, même si certains investisseurs internationaux se montraient défiants à l’égard de l’Italie et, notamment, des obligations italiennes, la BCE pourrait, comme elle l’a indiqué par la voix de V. Constancio le 24 novembre dernier, intervenir pour limiter la hausse des rendements italiens. Certes, selon la règle qu’elle s’est fixée, la BCE ne peut pas acheter plus de 18% d’obligations italiennes dans le cadre de ses achats mensuels d’obligations souveraines mais elle pourrait déroger temporairement à cette règle de répartition de ses achats par pays, voire l’abandonner lors de sa réunion du 8 décembre prochain, comme nous l’anticipons.