Davantage de contrôle des risques financiers en Chine

L'hebdo des économistes - 22/05/2017

Les derniers chiffres vont dans le sens d’une convergence de la croissance du PIB vers la cible de 6.5% pour 2017. En Chine, la modération du crédit et la normalisation du cycle immobilier devraient empêcher une accélération de l’activité économique : la modération du crédit informel poursuivie par les organes de supervision bancaire accroît le profil de risque des banques de plus petite taille. Les rendements obligataires pourraient évoluer à la hausse.

 

Les dernières statistiques économiques en Chine vont dans le sens d’une décélération de la croissance du PIB, laquelle devrait progressivement converger vers la cible officielle de 6.5% pour l’exercice 2017 après un pic d’activité à 6.9% au premier trimestre.

En variation annuelle, la production industrielle recule à 6.5% pour le mois d’avril, contre 7.6% en mars, tandis que l’investissement en actifs fixes se modère à 8.9%, contre 9.2% en mars. Les ventes au détail connaissent un léger ralentissement, passant d’une croissance annuelle de 10.9% en mars à 10.7% en avril.  

Le secteur immobilier, un des piliers de la reprise de la croissance et d’une importance majeure pour l’économie chinoise, montre quelques signes de modération.

 

 C’est vraisemblablement la conséquence de l’adoption par certaines villes de mesures prudentielles destinées à endiguer les risques de surchauffe immobilière. La construction de nouvelles surfaces immobilières a ainsi légèrement décliné, passant d’une croissance annuelle de 18% en mars à 17.5% en avril tandis que les ventes de surfaces immobilières déclinaient de 16.9% à 13%.

Sur ces trois derniers mois, le nombre de villes chinoises imposant des mesures restrictives a doublé. Porté par des taux relativement bas, le crédit hypothécaire connaît une croissance robuste, de l’ordre de 35% sur les 12 derniers mois.

 

 La préférence manifeste de la People’s Bank of China (PBoC) pour le maintien de ses taux directeurs inchangés – afin de ne pas déstabiliser une économie fortement endettée – permet cette configuration de taux hypothécaires relativement bas et stables. Conformément au cap monétaire suivi ces derniers mois, la PBoC devrait continuer de relever progressivement certains taux de marché afin de moduler la liquidité interbancaire, et par conséquent l’activité de crédit des banques commerciales.

Les mesures prudentielles prises par les villes chinoises devraient être renforcées pour permettre une normalisation du marché immobilier. L’impact effectif de celles-ci sur la modération des prix doit être surveillé. La persistance de prix immobiliers en zone de surchauffe est en effet de nature à provoquer des pressions inflationnistes par le renchérissement des loyers. Cette configuration obligerait la PBoC à relever ses taux directeurs au risque de déstabiliser l’économie chinoise.

Par ailleurs, la volonté des organes de régulation bancaire en Chine de contenir les risques financiers en contraignant la croissance du crédit informel est un second facteur de risque. Cet élément est de nature à réduire la liquidité interbancaire disponible et de renchérir celle-ci. Les établissements de crédit de petite taille – souvent dépendants du marché interbancaire et du crédit informel pour financer leurs activités de crédit, souvent plus risquées – seraient alors particulièrement à risque. La nette contraction du crédit agrégé en avril, de CNY 2'120 milliards à CNY 1'390 milliards, illustre les premiers effets de ce ton plus restrictif sur le crédit informel non-bancaire. Ces tensions sur la liquidité disponible sont de nature à accroître le taux de défaut observé en Chine, particulièrement dans le secteur bancaire, et à pousser à la hausse les rendements obligataires