Les marchés actions ont connu une semaine de consolidation

Analyse de marché - 08/04/2016

Les investisseurs ont oscillé entre des nouvelles statistiques économiques plutôt satisfaisantes, des minutes de la Fed confirmant le ton plus accommodant de la dernière réunion et une crainte encore existante de ralentissement économique.

​En effet, en ce qui concerne les statistiques, on a vu une amélioration des indicateurs avancés sur les pays émergents, les Etats-Unis et une stabilisation en Europe. Cependant, les minutes ont fait ressortir l'inquiétude de la majorité des intervenants à propos de l'impact sur la croissance américaine des difficultés des marchés financiers et des incertitudes sur la croissance globale.

Le FMI s'est lui aussi inquiété des conséquences des risques géopolitiques sur la croissance économique mondiale. Dans ce contexte, le Yen s'est encore renforcé contre dollar entraînant dans son sillage une baisse marquée de l'indice Nikkei. L'évolution des devises a impacté les performances des marchés d'actions, la zone Euro souffrant ainsi du maintien de l'Euro dans le haut de la fourchette dans laquelle il évolue depuis un an. L'évolution du prix du pétrole, entre l'incertitude sur un prochain accord des pays producteurs et une baisse des stocks hebdomadaires aux Etats-Unis, a ajouté à la volatilité des actions.

Sur les obligations, les mouvements ont aussi montré une forte aversion au risque, avec un écartement des spreads périphériques venant d'une hausse des taux des périphériques couplée à une baisse du taux allemand.  Aux Etats-Unis, les taux gouvernementaux  ont continué de baisser, se rapprochant des niveaux atteints en février.

En termes d'allocation, nous continuons de privilégier les actifs de la zone Euro – actions et obligations d'entreprises – tout en restant conscients du risque de volatilité ces prochaines semaines. Dans cet environnement politique incertain, le dollar peut être une couverture contre les risques électoraux.

 

ACTIONS EUROPEENNES

Les marchés sont à nouveau mal orientés cette semaine, dans un contexte de baisse des cours du pétrole. Les valeurs cycliques sont les plus touchées.

Le secteur bancaire souffre, affecté par les problèmes de recapitalisation des banques italiennes, pesant sur l'ensemble des banques européennes (Barclays ayant notamment avertit sur la performance de sa BFI dans ce contexte).

L'automobile n'est pas épargnée non plus alors que les chiffres d'immatriculations bénéficient toujours d'un momentum favorable en mars avec +5,3% en Europe et donc +8,1% depuis le début de l'année.

Dans ce cadre, Daimler a donné de bonnes indications sur ses volumes du 1er trimestre et Michelin envisage l'ouverture d'une usine au Mexique (production de 5 millions de pneus chaque année). A contrario, Fiat a annoncé le licenciement de 1300 personnes et la suppression d'une de ses équipes aux Etats-Unis. Le nouveau plan stratégique « Push to pass » dévoilé par Peugeot (avec pour objectif une marge opérationnelle de 4% pour la division automobile sur la période 2016-2018 et 15% supplémentaires d'ici 2021) a déçu le marché.

Dans l'aérien, alors que les chiffres de trafic passagers publiés par Air France pour le mois de mars sont en hausse de 4,6%, le président du groupe, Alexandre de Juniac, annonce son départ de manière inopinée, effectif au 31 juillet, pour rejoindre la direction générale de IATA (Association Internationale du Transport Aérien). Cette nouvelle a pesé sur le titre.

Du côté du M&A, l'échec des négociations entre Orange et Bouygues Telecom à un stade avancé est une mauvaise nouvelle pour le secteur des télécoms et a particulièrement pesé sur les valeurs françaises. Accor Hôtels annonce le renforcement de son pôle haut de gamme avec le rachat de Onefinestay (location de résidences haut de gamme en Europe et aux Etats-Unis). Enfin, ainsi qu'anticipé, Mediaset Premium passerait sous contrôle de Vivendi par le biais d'un échange de participations entre les deux groupes.

 

ACTIONS AMERICAINES

Les marchés actions américains reculent légèrement dans l'ensemble au cours de la semaine. La semaine s'est écoulée sans nouvelle économique majeure, le dollar est quant à lui resté relativement stable face à l'euro sur la période. Les commandes à l'industrie sont ressorties en ligne avec les attentes, en recul de 1.7% pour le mois de février. L'actualité des entreprises fut marquée par la posture hostile des autorités américaines vis-à-vis de la fusion entre Allergan et Pfizer et celle entre Baker Hughes et Halliburton. Dans le premier cas c'est l'optimisation fiscale qui pose problème, dans le second les répercussions sur l'environnement concurrentiel post-fusion. Ce discours non-conciliant n'est pas complétement surprenant en période pré-électorale.  

La saison de publication des résultats pour le premier trimestre 2016 s'ouvre la semaine prochaine, Bed Bath & Beyond dans l'équipement de maison ainsi que Darden Restaurants ont néanmoins publié en décalé au cours de la semaine. Ces bonnes publications témoignent de la solidité du consommateur américain notamment.

Au cours des cinq derniers jours, le secteur de la santé se démarque par un fort rebond dans un marché atone – malgré certaines baisses spécifiques comme Allergan – il est suivi par le secteur de la consommation de base. Tous les autres secteurs sont dans le rouge, plus particulièrement le secteur financier qui fut impacté par la publication du livre beige de la réserve fédérale.

 

ACTIONS JAPONAISES

Les actions japonaises ont fait les frais des fortes pressions vendeuses de la part des investisseurs étrangers, dans un contexte où les pertes des actions internationales se sont alourdies. L'indice TOPIX s'est replié de 5,5 % en raison des inquiétudes suscitées par les perspectives de bénéfices des entreprises japonaises en 2016, compte tenu de l'appréciation du yen. En moyenne, les hypothèses des principaux fabricants japonais de matériel électronique ont établi le taux de change dollar/yen à 117,46 alors que sur le marché des changes, la devise nippone a grimpé à 107,67 face au dollar et 122,64 face à l'euro.

Rakuten a signé la meilleure performance hebdomadaire. Le leader japonais de la vente en ligne a bondi de 9 % suite à l'annonce de sa filiale financière relative au lancement d'un nouveau service de comptes intégrés géré par des robot-advisers.

Sur une note négative, l'appréciation du yen a mis en difficulté les exportateurs, notamment dans le secteur de l'équipement de transport. La correction a fortement affecté les constructeurs automobiles Mazda et Fuji Heavy, qui ont chuté respectivement de 16,2 % et 14,5 %.

 

MARCHES EMERGENTS

Cette semaine, les actions émergentes ont subi des prises de bénéfices après leur solide rebond de la semaine dernière. Le Brésil et l'Afrique du Sud ont enregistré les pertes les plus significatives. Comme prévu, la Banque centrale indienne a réduit son taux de refinancement de 25 pb. Dans son communiqué de presse, elle justifie cette baisse de son taux directeur par les problèmes de surcapacité que connait l'économie, et prévoit désormais un regain de désinflation pour descendre autour de l'objectif d'inflation de 4 % (+/- 2 points de pourcentage) d'ici le premier trimestre 2018. Le recul de ses prévisions à 1 an du taux d'inflation, d'environ 4,8 % au deuxième trimestre 2017,  à 4,2 % au premier trimestre 2018 laisse entendre que la RBI dispose de la marge de manœuvre nécessaire pour une ou deux baisses de taux supplémentaires au cours des douze prochains mois. 

En Chine, les banques sont restées sous pression sur fond de discussions concernant un programme de conversion de dette  à l'échelon national, dans le cadre duquel les banques échangeraient des prêts douteux contre une participation au capital des entreprises chinoises afin de réduire le fardeau de leur dette. Dans ce scénario, les banques détiendraient alors des actions d'entreprises présentant potentiellement des fondamentaux médiocres.

Le rand sud-africain s'est déprécié après que la Banque centrale a mis en garde contre le risque accru pesant sur sa notation, en amont de la conférence de Standard & Poor's sur les perspectives du crédit dans le pays. Les membres de l'Assemblée ont voté (à 233 voix contre 143) contre la destitution du Président Jacob Zuma, qui a refusé de rembourser le montant des travaux de rénovation de sa résidence privée payés avec des fonds publics. Les estimations de résultats publiées par Samsung Electronics pour le premier trimestre ont dépassé les attentes du marché. Elles ont probablement bénéficié des premiers résultats des ventes du Galaxy S7, le nouveau terminal mobile phare de la marque.

 

MATIERES PREMIERES

La publication des minutes du FOMC, qui ont confirmé la prudence des membres de la Fed en raison des craintes sur l'économie mondiale, ont créé un environnement favorable à l'or. Les achats d'or par les banques centrales se poursuivent, mais à un rythme moindre, lié à la baisse des réserves de change. En mars, la PBoC chinoise a acheté 9t (16t en janvier, 10t en février), le plus faible montant mensuel depuis qu'elle a commencé à publier ces données mensuelles en juillet 2015, mais qui correspond également à un cours de l'or plus élevé sur ces 2 derniers mois. Sur le 1er trimestre, ses achats sont donc de 35t, auxquels s'ajoutent 32t pour la banque centrale russe. A titre de comparaison, les flux sur les ETF ont été de 363t, le 2è meilleur trimestre après les 465t au T1 2009.

Une semaine avant la réunion à Doha le 17 avril entre pays de l'OPEP et les principaux exportateurs hors OPEP, le statuquo semble toujours de mise. Les jours précédant cette réunion seront cependant chargés en actualité qui pourrait influencer les débats. En effet, l'AIE (Agence Internationale de l'Energie), l'EIA (Energy Information Administration) et l'OPEP publieront leurs rapports mensuels sur l'évolution de l'offre et de la demande. Il conviendra d'être attentif aux changements sur la croissance de la demande (actuellement attendue à +1,2 million de barils/jour, soit +1,3%), au déclin de la production non-OPEP (actuellement attendue à -0,7Mb/j par l'AIE et l'OPEP mais seulement -0,36Mb/j par l'EIA) et à la croissance de la production de l'OPEP (Iran, Iraq). L'EIA publiera également le Drilling Productivity Report qui donne les tendances d'évolution de la production américaine, et donc du déclin de celle-ci. En attendant, les données récentes font état d'une poursuite de l'amélioration de la demande aux Etats-Unis, tirée par une augmentation des distances parcourues, des ventes de SUV et donc de la consommation d'essence. La production américaine poursuit sa baisse (-20.000b/j sur la dernière semaine). Ces deux facteurs combinés entrainent une baisse significative des stocks hebdomadaires (-4,9Mb de brut), la première depuis début février, amenant un rebond des prix du pétrole.

 

DETTES D'ENTREPRISES

Crédit

On observe une dichotomie entre les marchés actions et le crédit cette semaine. Les actions perdent 1.7% sur la semaine contre une performance positive pour les différents segments du marché du crédit.

L'élargissement du QE continue de porter ses fruits et les flux restent majoritairement acheteurs. Le cash a surperformé le Xover qui s'écarte de 29 points de base à 332 points de base. Le Bund s'établit désormais sous les 0.1% de rendement, de retour à son niveau d'avril 2015. La Fed a réaffirmé dans ses minutes sa volonté de hausse graduelle des taux, soulignant toujours les risques qui pèsent sur l'économie mondiale. Le baril de pétrole reprend 4.7% à 38.5$/bbl grâce aux rumeurs d'un accord sur le gel de la production lors de la réunion de 17 avril à Doha et la publication de chiffres encourageants sur la baisse des stocks hebdomadaires de bruts aux Etats-Unis.

Le marché primaire a été dynamique, notamment sur le compartiment du High Yield ou les émissions ont été largement sursouscrites. Numéricable-SFR (B1/B+) a placé 5,2 milliards de dollars d'obligations avec une maturité 10 ans et un coupon de 7.375%. L'opérateur visait une taille d'opération de l'ordre de 2,25 milliards de dollars, mais le retour de l'appétit pour le risque des investisseurs et la clarification de la situation du marché des télécoms en France, après l'abandon définitif du projet de rachat de Bouygues Telecom par Orange, l'ont incité à aller au-delà. LKQ (Ba1/BB) a émis une obligation de 500 millions d'euros avec une maturité 8 ans et un coupon de 3.875%. Peugeot (Ba2) a émis une obligation de 500 millions d'euros avec une maturité 2023 et un coupon de 2.375%. Les mouvements de collecte se poursuivent cette semaine et l'on note +400 millions d'euros sur le High Yield et +1.4 milliard d'euros sur l'Investment Grade.

Du côté des entreprises, ArcelorMittal et Vallourec ont réussi leurs augmentations de capital (respectivement 3 milliards de dollars et 1 milliard d'euro). Alexandre de Juniac a annoncé sa démission du groupe Air France-KLM. Glencore (BBB-) a confirmé la cession d'une participation de 40% dans Glencore Agri, sa filiale agricole, à un fonds de pension canadien pour 2,5 milliards de dollars. Vale (Ba3/BBB-) confirme vouloir céder des actifs " core " afin de réduire son endettement de 10 milliards d'euros cette année.

 

Convertibles

Cette semaine a été marquée par les nouvelles macroéconomiques défavorables, la hausse du prix du pétrole et les échecs de plusieurs fusions. Le pétrole a été un élément déclencheur important ces derniers jours : le WTI a gagné 4,7 % à 38,5 dollars le baril après que le volume des stocks de brut publié par le département de l'énergie aux États-Unis a diminué pour la première fois depuis le mois de décembre. En Europe, les statistiques macroéconomiques décevantes, notamment les indices PMI français et allemands, ont déclenché une forte correction mardi (-2,4 %), avant que l'indice ne se stabilise autour des 2880-3000 points. La baisse de 7 % du secteur automobile allemand (qui représente 30 % de la production européenne) a provoqué une correction de 5,4 % de l'ensemble du secteur. Le secteur des télécommunications a également suscité l'intérêt des investisseurs après l'échec de la fusion entre Orange et Bouygues Telecom, qui ont abandonné respectivement -8,5 % et -15,8 %. Le PDG D'Air France, Alexandre de Juniac, a annoncé son départ au 1er août pour rejoindre l'Association du transport aérien international (IATA), mais l'impact négatif de cette annonce a été compensé le jour suivant par les bons chiffres du trafic de passagers pour le mois de mars.

Au Japon, les résultats décevants de l'enquête Tankan ont maintenu l'indice Nikkei sous pression (-2,1 %), et ont continué de peser sur le yen qui s'échangeait aux alentours de 109 contre un dollar.  Depuis que le gouverneur de la BoJ, Haruhiko Kuroda, a fait basculer les taux d'intérêt en territoire négatif, le yen s'est apprécié de près de 11 % face au dollar ; en conséquence, l'indice S&P 500 a progressé de 5,5 % tandis que l'indice Nikkei a chuté de 12 %.  

En Chine, le programme prévoyant la conversion par les banques de prêts douteux en actions d'entreprises endettées pourrait être approuvé rapidement. On parle d'un montant qui pourrait atteindre 1 000 milliards de yuans (155 milliards de dollars). Cette décision pourrait affecter les grands groupes bancaires publics qui possèdent près de la moitié du marché du crédit chinois. ICBC a reculé de 5,3 %, China Construction de 1,4 % et Bank of China de 4,4 %.

Aux États-Unis, le secteur des biotechnologies et l'industrie pharmaceutique spécialisée ont fortement surperformé après l'échec de la fusion entre Allergan (-10,1 %) et Pfizer (+9,1 %), évaluée à 160 milliards de dollars. Après que l'offre de rachat d'AstraZeneca ait échoué, les plans de Pfizer sont contrariés pour la deuxième fois en deux ans. Le groupe cherche en effet à réaliser une acquisition motivée par des arguments liés à la fiscalité, qui pourrait provoquer des changements en profondeur et lui permettre d'envisager une croissance à long terme.

Anacor (ANAC US) a bondi de 21,4 %, portant ses gains à 30 % depuis son émission de convertibles à échéance 7 ans la semaine dernière. Dans le même temps, SunEdison (-6,6 %) demeure fragile depuis l'annonce la semaine dernière de l'ouverture d'une enquête.

Une seule émission internationale est à signaler cette semaine : une émission d'obligations convertibles à zéro coupon et à échéance 6 ans d'ENI, valorisée à 400 millions d'euros. Son volume et son prix ont été revus à la baisse puisque le groupe prévoyait initialement une émission de 500 millions d'euros.

 

 

Achevé de rédiger le 08/04/2016