Les marchés actions se sont inscrits en baisse sur la semaine, le MSCI Monde en devise locale cédant 1,41% sur la période

Analyse de marché - 06/05/2016

Ce sont surtout les actions européennes qui ont amplifié la correction, dans le sillage de la hausse temporaire du dollar contre l’euro.

Pourtant, du point de vue économique, les indices d'activité en zone euro restent bien en phase d'expansion - stables en moyenne dans la périphérie – plaidant pour une poursuite de la croissance de la production industrielle. Notons tout de même qu'en dépit des bons résultats français et espagnol liés aux ventes au détail, l'agrégat européen ressort en recul sur le mois tout en restant sur un rythme de croissance annualisée à 2,1%.

Concernant les perspectives des prochains mois, l'évolution de la conjoncture américaine demeure encourageante, avec des nouvelles commandes qui restent dynamiques et une économie tertiaire toujours vigoureuse et créatrice d'emplois. Du côté de la Chine, l'activité manufacturière reste résiliente, marquée par une stabilité de l'indice PMI manufacturier. Le sous-indice de l'indice Caixin-Markit mesurant l'emploi, passé en mars - pour la première fois depuis août 2013 - sous la barre des 50, est repassé au-dessus en avril, à 50,9.

Malgré ces évolutions, l'aversion au risque revient sur les marchés avec d'une part, une appréciation notable du yen à la suite de la dernière réunion de la BOJ, et d'autre part, une sous-performance des secteurs européens les plus cycliques tels que les matières premières, les banques et l'automobile. Si les sources de volatilité demeurent liées au mouvement des parités de change, à l'évolution du pétrole et aux atermoiements sur le cycle de remontée des taux, nous demeurons confiants sur le potentiel des actions de la zone euro, particulièrement en raison d'attentes de croissance des bénéfices qui nous semblent trop faibles au regard des fondamentaux micro et macroéconomiques.

Après avoir réduit nos expositions avec le pic des marchés en avril, nous avons tendance à revenir sur les marchés. Sur le marché des taux, nous affichons notre confiance sur le potentiel des emprunts d'Etat dans les pays périphériques de la zone euro, tout comme le « corporate » européen, se traduisant dans les portefeuilles par une surpondération sur le crédit et plus particulièrement sur le crédit High Yield.

 

ACTIONS EUROPEENNES

Les résultats des banques françaises BNP Paribas et Société Générale se caractérisent par la poursuite de la baisse du coût du risque, des reculs significatifs en banque d'investissement, notamment sur les activités actions et dérivés, et des marges sous pression dans les réseaux de détail. Quant à la restructuration du secteur bancaire italien, elle progresse avec la finalisation du fonds Atlante, destiné à participer aux recapitalisations annoncées et à se porter acquéreur de titrisation de créances douteuses. L'échec du placement auprès des investisseurs privés concernant l'augmentation de capital de Vicenza relativise le succès de l'opération.

Les indications données par les résultats dans le secteur des biens d'équipement rassurent concernant la croissance organique et les marges du premier trimestre pour Legrand et Siemens. Toutefois, les guidances restent prudentes pour le reste de l'année, notamment du côté de Siemens qui ne voit pas de reprise de ses activités à cycle court en raison des développements en Chine et en Allemagne.

Côté M&A, Philips a officialisé le lancement du processus d'IPO de sa division éclairage, sans préciser de calendrier. Sanofi réaffirme son intérêt pour Medivation. L'offre est rejetée par le board de Medivation ; Sanofi cherche à convaincre les actionnaires d'accepter son offre, ce qui suppose une amélioration du prix proposé, d'autant que Pfizer et AstraZeneca ont manifesté leur intérêt. Toujours dans le secteur pharmaceutique, Novartis envisagerait la vente de sa participation au capital de son concurrent Roche (6% du capital et 33% des droits de vote), pour relancer sa croissance par des acquisitions. Enfin, beaucoup de reclassements à noter, notamment la cession par Wendel de près de la moitié de sa participation dans Saint-Gobain.

Sur le front politique, si l'Irlande se dote enfin d'un gouvernement après les élections du 26 février, les négociations politiques se poursuivent en Grèce afin de voter les mesures visant à augmenter les recettes fiscales, et surtout à réformer le système des retraites, pour présenter un paquet acceptable pour les partenaires européens (et le FMI) afin que les ministres européens des finances puissent valider le paiement de la prochaine tranche d'aide dès la réunion de ce lundi 9 mai. Les spreads périphériques ont eu tendance à s'écarter sur la semaine.

 

ACTIONS AMERICAINES

Les marchés reculent au cours des cinq derniers jours, dans un climat marqué par une remontée de l'aversion au risque. Les secteurs défensifs sont les seuls à finir dans le vert avec des progressions significatives  (services publics + 2% ; consommation de base + 1,14%).

Les indicateurs économiques ISM manufacturier et non manufacturier sont en territoire expansionniste avec une surprise positive du côté de l'ISM non manufacturier. Les créations d'emplois dans le secteur privé mesurées par l'ADP (source-non officielle) font état de 156 000 nouveaux postes pour le mois de mars, ce qui est encourageant et permet de continuer d'absorber l'augmentation de la participation des Américains au marché du travail.

Du côté des entreprises, la saison de publication des résultats se poursuit. Plus de 2/3 des sociétés du S&P500 ont désormais dévoilé leurs chiffres, marqués par une croissance très faible des bénéfices - hors énergie -  au premier trimestre, impactés par la force du dollar. Les résultats sont néanmoins supérieurs aux attentes, comme en témoigne le taux de surprises positives supérieur à 70%.

 

ACTIONS JAPONAISES

Les actions japonaises ont chuté en début de semaine à la suite de la décision décevante de la BoJ de maintenir le statu quo monétaire. Lundi, l'indice TOPIX a clôturé en baisse de 3% à 1 299,96 points, sujet à d'énormes pressions vendeuses de la part des investisseurs et en raison de la forte appréciation du yen. Au cours d'une semaine de congés, le yen a commencé par flirter avec un niveau de 105 pour un dollar le 3 mai, dans un contexte de morosité sur les marchés étrangers, avant de faire volte-face et de clôturer à environ 107 pour un dollar, ce dont ont bénéficié les actions.

Les entreprises affichant des bénéfices solides ont enregistré une performance positive. Kirin Holdings, un fabricant de boissons, a rebondi de 8,6% et touché un nouveau point haut annuel grâce à de meilleurs résultats que prévu au premier trimestre, attribuables à une amélioration de sa marge bénéficiaire sur le segment des boissons non alcoolisées.

En revanche, Murata Manufacturing, un fabricant de pièces détachées pour l'iPhone, a chuté de 13,2%, à la suite de la publication de résultats inférieurs aux attentes, compte tenu de ventes d'iPhones 6s et 6s Plus qui marquent le pas.

 

MARCHES EMERGENTS

Cette semaine, les marchés ont corrigé à la suite de prises de bénéfices, en particulier en Chine. L'indice PMI manufacturier Caixin est ressorti inférieur aux attentes pour le mois d'avril. Il reste orienté à la hausse mais marque le pas par rapport au mois de mars.

Alibaba a publié de très bons résultats, marqués par la plus importante croissance du chiffre d'affaires depuis un an. Les investisseurs ont apprécié la nouvelle et provoqué le rebond du titre, qui avait reculé de 7% depuis le début de l'année, victime du scepticisme ambiant. Son service informatique en ligne AliCloud a réservé de bonnes surprises : il pourrait en effet augmenter son chiffre d'affaires trimestriel de 175% en glissement annuel à 165 millions de dollars. L'action de Baidu a pour sa part chuté de 7,9%, alors que l'autorité de régulation de l'internet chinois  (« Cyberspace Administration of China ») va ouvrir une enquête sur le moteur de recherche du même nom. Cette décision fait suite au décès d'un étudiant qui a reçu un traitement inefficace, retenu car il apparaissait dans les premiers résultats du moteur de recherche. Baidu est accusé d'avoir exagéré l'efficacité du traitement contre le cancer en échange de revenus publicitaires. L'entreprise a présenté ses condoléances en insistant sur sa « politique de filtrage rigoureux de publicités potentiellement trompeuses... qui apporte une attention particulière aux annonceurs médicaux ».

Les marchés vont se montrer plus attentifs aux réformes économiques du Président Joko Widodo puisque l'Indonésie a annoncé une croissance pour le premier trimestre inférieure aux prévisions.

Les élections présidentielles vont se tenir lundi prochain aux Philippines. Le Président sortant, Benigno Aquino, devrait céder son poste à l'un des deux candidats populistes : le maire de Davao, Rodrigo Duterte, ou le sénateur Groce Poe. Le premier devançait le second d'une courte tête dans les récents sondages, ce qui a inquiété les investisseurs et a affecté le marché philippin qui a enregistré la pire performance en Asie du Sud-Est.

La Cour Suprême brésilienne a démis de ses fonctions Eduardo Cunha, le président de la Chambre des députés, pour entrave aux enquêtes pour corruption le concernant. Cette décision intervient quelques jours à peine avant que la procédure de destitution dont il est à l'origine ne parvienne sans doute à évincer la Présidente Dilma Rousseff. L'éviction d'Eduardo Cunha vient s'ajouter à une longue série de scandales politiques qui secouent le Brésil, alors que le pays est confronté à sa pire récession économique depuis des décennies.

Coup de théâtre en Turquie : le Premier ministre Ahmet Davutoglu a démissionné après avoir perdu son bras de fer avec le Président Recep Tayyip Erdogan, laissant le champ libre à ce dernier pour concentrer encore davantage de pouvoirs entre ses mains.

 

MATIERES PREMIERES

Après quatre semaines de hausses consécutives, le pétrole a fait l'objet de prises de profits cette semaine, le Brent et le WTi s'établissant à 44 dollars, soit une baisse respective de -5% et -3,5% sur la semaine. La hausse du dollar ainsi qu'un rapport mentionnant une augmentation de la production OPEP de +170 000 barils par jour en avril à 32,64 millions de barils par jour (en particulier une hausse de l'Iran et Irak qui aurait plus que compensé l'impact de la grève au Koweït et des interruptions de production au Venezuela) ont impacté le sentiment des investisseurs.

Le marché n'a pas semblé se focaliser sur 1. La forte baisse cette semaine de la production américaine (-113.000 barils par jour, soit la plus forte baisse hebdomadaire depuis août 2015) 2. Des feux de forêts en Alberta qui ont nécessité l'évacuation de travailleurs, avec pour conséquence des arrêts de production difficilement chiffrables à ce stade (~690 000 barils par jour de sable bitumeux à l'arrêt selon certaines sources) 3. Des rumeurs qui font état du fait que l'Iran serait sur le point de rejoindre la table des négociations dans l'optique d'une préparation du meeting du 2 juin.

Les métaux de bases ont également été impactés par la hausse du dollar sur la semaine (LME -2,9%) et la publication de PMI manufacturier en Chine légèrement en-dessous des attentes mais confirmant tout de même une stabilisation de l'économie chinoise. Le minerai de fer est le plus touché (-9% sur la semaine) par la vague de prises de profits, alors que la saison de restockage touche à sa fin en Chine.

Selon certains journaux, la justice brésilienne réclamerait 44 milliards de dollars à Vale et BHP (JV Samarco) pour réparation intégrale des dommages économiques et environnementaux causés par la catastrophe du Rio Doce. En réaction, les cours de Vale et BHP ont perdu -18% et -12% cette semaine, mais l'accord initial entre BHP/Vale et le gouvernement a été ratifié par la cour fédérale.

Après avoir passé le palier psychologique de 1300 dollars l'once en début de semaine, le prix de l'or a, lui aussi, mais dans une moindre mesure, été impacté par la hausse du dollar ; les minières aurifères ont fait l'objet de prise de profits après une hausse de +80% en euros depuis le début de l'année (FTSE Gold Mines).

 

DETTES D'ENTREPRISES

Crédit

La semaine a été très calme, en raison des différents « bank-holiday » pour les marchés de crédit européens. Lundi, les marchés obligataires avaient même des allures de mer d'huile, Londres étant fermé.

Concernant la saison des résultats, sauf quelques accidents (néanmoins déjà bien anticipés par le marché, en particulier concernant le secteur énergétique ou minier), les résultats des entreprises européennes sont d'assez bonne facture et nous confortent dans notre vision d'un cycle européen bien orienté.

Le marché primaire est actif quels que soient les compartiments : le primaire Investment Grade est bien achalandé tandis que nous notons plusieurs nouveaux deals sur le High Yield (Travelodge, Rexel, Gestamp, Inovyn) et deux émissions Tier 2 sur la dette financière pour BNP et Barclays. Pour sa part, CGG a publié des résultats trimestriels en forte baisse et bien en deçà du consensus sur le plan purement opérationnel mais qui ont, côté cash flows, bénéficié d'une réduction massive du BFR.

ArcelorMittal a publié des résultats trimestriels en forte baisse, affectés par la chute des prix de l'acier, mais néanmoins en ligne avec les attentes. Selon Reuters, Enel s'apprêterait à présenter une offre pour une participation de contrôle dans le spécialiste de la fibre optique Metroweb.

 

Convertibles 

En Europe, les marchés restent orientés à la baisse, comme en témoigne l'indice EuroStoxx qui s'est replié de 3,54% cette semaine. Adidas a publié d'excellents résultats au premier trimestre et enregistre son meilleur trimestre depuis dix ans. La croissance géographique et organique est très bien orientée dans l'ensemble et la croissance de sa marque est impressionnante (+26%). Air France a publié des résultats conformes au consensus (5,6 milliards d'euros) et un résultat d'exploitation négatif mais moins que prévu (99 millions d'euros de pertes contre 226 millions d'euros pour le consensus), grâce à la baisse des prix du carburant et aux progrès de son programme de couverture ; l'action de la compagnie aérienne a malgré tout été affectée par les tensions dues à la nomination du nouveau PDG et au possible conflit entre la direction et les pilotes.

Le titre d'Inmarsat s'est replié (-10,8%) après la publication d'une baisse de 2% de son chiffre d'affaires et de la faiblesse persistante de son activité maritime (-4,5% en glissement annuel), tandis que son EBITDA s'affiche en recul de 6% par rapport à son niveau d'il y a un an. Les ventes nettes de Buzzi au premier trimestre sont ressorties supérieures aux attentes à 540,3 millions d'euros, avec un EBITDA à 50,8 millions d'euros. La seule émission est attribuable à Wendel, qui a émis pour 500 millions d'euros d'obligations à zéro coupon échangeables en actions Saint-Gobain. Cette émission a constitué une opportunité intéressante d'obtenir une réelle exposition à Saint-Gobain par le biais d'une obligation convertible.

Les résultats publiés par Mercado Libre sont à nouveau ressortis supérieurs aux prévisions au premier trimestre, avec un chiffre d'affaires de 157,6 millions de dollars. Ilumina a annoncé ses résultats définitifs pour le premier trimestre. Ils font état d'un chiffre d'affaires nettement inférieur aux prévisions et conforme à l'annonce anticipée du 18 avril. Wright Medical a publié de meilleurs résultats que prévu au premier trimestre, avec des ventes supérieures aux prévisions du consensus, et a revu à la hausse ses prévisions de chiffre d'affaires et de bénéfices. Enfin, Tesla a agréablement surpris le marché en annonçant un plan d'accélération de sa production, qui permettrait d'atteindre son objectif de 500 000 véhicules deux ans plus tôt que prévu. Toutefois, le marché continue de s'interroger sur les conséquences d'un tel plan, ce qui explique que le titre se soit replié de 5% en séance hier. 

 

Achevé de rédiger le 06/05/2016

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