Un environnement favorable pour les actifs risqués

Asset Management - 03/08/2016

Le Brexit est-il un « non event »? Il n’aura cessé de surprendre : par son occurrence car bien peu pensait qu’une majorité se dégagerait pour une telle option, par la réaction négative des marchés juste après le vote, plutôt mesurée au regard de l’événement et par la capacité de rebond des actifs risqués, les marchés d’actions retrouvant des niveaux équivalents (pour l’Europe) ou supérieurs (à l’international) à ceux qui prévalaient à la veille du vote en un mois.



Benjamin Melman
Benjamin Melman
Directeur allocation d’actifs et dettes souveraines

Plus symptomatique, l’indice FTSE 250, constitué de valeurs anglaises de capitalisations moyennes, orientées bien davantage vers le marché domestique qu’à l’international (donc bénéficiant peu ou pas de la chute de la Livre), est pratiquement stable depuis le début de l’année, alors même que l’économie britannique pourrait subir une récession prochainement.

    
 

A retenir

 
 

Réduire la surpondération des obligations à haut rendement

 
 

Abaisser la sous-pondération sur les emprunts d’Etat américain

 
 

Légère surpondération des actions, plus particulièrement de l’Eurozone

 

 

Les politiques monétaires ultra accomodantes biaisent les comportements financiers

Notons que selon plusieurs enquêtes, ces derniers mois, les investisseurs internationaux ont rebalancé leur surpondération en actions européennes vers d’autres zones à l’approche et dans la foulée du vote, ce qui montre une plus grande prudence localement mais pas une défiance plus généralisée.

Au total, les conséquences négatives du Brexit ont été en partie ignorées, peut-être par manque d’effets immédiats de ce vote, parce que les phénomènes politiques sont souvent mal appréhendés par les marchés, ou bien alors parce que les politiques monétaires ultra accommodantes biaisent les comportements financiers.

Le rebond des marchés n'est pas fortuit

Aussi impressionnant qu’ait été le rebond en juillet des places boursières, il n’est pas sans fondements. La surperformance des secteurs cycliques montre que les marchés ont salué les signes de poursuite de la reprise américaine. Par ailleurs, la question d’un assouplissement prochain de la Banque d’Angleterre et du Japon (certains évoquent des mesures radicales) semble convaincre les investisseurs que la Fed ne pourra pratiquement plus remonter les taux et que les autres banques centrales (dont la BCE) assoupliront davantage.

Les perspectives de moyen terme appellent à plus de vigilance

Désormais, les marchés actions affichent des valorisations qui, sans être inconfortables, frôlent la limite de la zone de normalité. Les marchés obligataires, quant à eux, offrent des rendements singulièrement faibles, ces derniers sortant du cadre de la rationalité économique et ne reposant plus que sur l’action conjointe des banques centrales. La croissance économique devrait se poursuivre à un rythme convenable, sans excès. A priori donc, l’environnement économico-financier est appelé à demeurer relativement favorable pour les actifs risqués.


 



    
 

Nous restons vigilants sur trois points :

 
 

Le Brexit peut engendrer des effets négatifs en partie oubliés par les investisseurs.

 
 

Les marchés exagèrent vraisemblablement le niveau de laxisme monétaire à attendre ces prochains mois, favorisant les actifs risqués. Certes, un assouplissement et éventuellement un quantitative easing est à attendre de la Banque d’Angleterre. Toutefois, une partie de cet emballement actuel est manifestement venu des spéculations autour de la Banque du Japon concernant la mise en place d’une opération baptisée « helicopter money » (visant à financer dans le cas présent plus ou moins directement la dépense publique au lieu d’espérer des effets indirects au travers de taux plus négatifs et des effets richesses engendrés par le quantitative easing). Il est indéniable qu’à l’heure où les marchés doutent de plus en plus des bénéfices du quantitative easing et considèrent que les banques centrales ont épuisé l’essentiel de leurs cartouches, le simple fait d’envisager sérieusement pour une grande institution de lancer un helicopter money confère à nouveau un caractère omnipotent aux banques centrales. L’ancien gouverneur de la Fed, Ben Bernanke, a partagé récemment sur son blog ses vues sur les questions pratiques de la mise en place d’une telle politique. Cette prise de position donne un peu plus de crédit à l’hypothèse et un tabou considérable est peut-être en train de sauter, a minima d’un point de vue conceptuel. La Banque du Japon ouvrira-t-elle la voie d’une action nouvelle et plus efficace qui servira de référence à ses consoeurs? A nos yeux, c’est bien trop tôt. Elle conservera cette option en cas de grandes difficultés. Par ailleurs, il est frappant de voir que le prochain resserrement monétaire de la Fed n’est pleinement intégré que début 2018 par les investisseurs alors que pratiquement tous les feux sont à nouveau passés au vert pour une remontée des taux directeurs. Quant aux marges de manoeuvre de la BCE, elles se réduisent sensiblement. Il faut donc s’attendre à voir une banque centrale moins proactive et plus réactive. Or, les marchés anticipent une politique toujours plus accommodante, ce qui est possible mais pas acquis. Enfin, ne serait-ce que pour des questions d’effets de base, l’inflation mondiale est faible et devrait se redresser un peu, ce qui constitue une autre raison pour relativiser ce climat sur les marchés. Au total, gare à l’euphorie monétaire !

 
 

Le calendrier politique de la rentrée est lourd. En octobre et novembre se joueront le referendum italien (avec le risque de démission du Premier ministre en cas de vote négatif), l’élection présidentielle autrichienne (le candidat d’extrême-droite du FPÖ pourrait bien cette fois-ci l’emporter) et l’élection présidentielle américaine, certains sondages donnant Mr Trump vainqueur. Il y a donc autour de ces événements quelques risques pour les marchés… L’exemple récent du Brexit rappelle que la façon dont les marchés traitent ces sujets peut réserver quelques surprises.

 
 

 

Réduction du risque des portefeuilles

A ce stade, nous réduisons un peu le risque dans nos portefeuilles, en abaissant la surpondération des obligations à haut rendement et, pour des considérations tactiques, la sous-pondération sur les emprunts d’Etat américain. Les prochaines semaines s’annoncent plus tactiques. Pour l’heure, nous continuons à surpondérer légèrement les actions en général et celles de l’Eurozone en particulier.

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