Un vent nouveau souffle sur la dette d'infrastructure

Actualité - 12/04/2017

Caractérisée par un appétit croissant des investisseurs institutionnels, la dette d’infrastructure fait partie des propositions clés parmi les actifs alternatifs ces dernières années. Les événements politiques récents, de part et d’autre de l’Atlantique, renforcent son attrait.
Donald Trump a érigé les dépenses d’infrastructure en priorité nationale



 

 

Le nouveau locataire de la Maison Blanche a érigé les dépenses d’infrastructure en priorité nationale. Pour preuve, Donald Trump a établi une liste de 50 projets d’infrastructure à entreprendre, totalisant 138 milliards de dollars d’investissements (environ 130 milliards d’euros), dont 50% seraient financés par des investissements privés. Les États-Unis restent le marché de financement de projets le plus important au monde, avec 236 transactions en 2016, pour un montant de 79 milliards de dollars (environ 75 milliard d’euros). Les segments les plus actifs sont l’énergie conventionnelle (57%), les énergies renouvelables (22%) et les transports (16%). 

De ce côté-ci de l’Atlantique, le Royaume-Uni représente l’un des marchés principaux, avec environ 30% des investissements en infrastructures en Europe en 2016 pour 46 milliards d’euros déployés. En dépit de l’incertitude entourant l’avenir économique du pays à la suite du vote pour le Brexit, ce marché fait valoir quelques atouts. Ainsi, le chancelier de l’Echiquier Phillip Hammond a annoncé que le gouvernement prévoit une augmentation des dépenses en infrastructures. Cela comprend 1,1 milliard de sterlings (1,3 milliard d’euros) supplémentaires concernant les réseaux routiers locaux et 450 millions de sterlings (530 millions d’euros) consacrés au système ferroviaire au cours des cinq prochaines années.

Une source presque intarissable

À l’échelle de la planète, les opportunités d’investissement sont très nombreuses. Depuis 2010, environ 300 milliards d’euros de financement d’infrastructures sont investis dans le monde entier chaque année, dont environ 70% financés par de la dette. Au cours des décennies à venir, la source ne devrait pas se tarir. La France représente une destination attrayante pour les investisseurs, étant donné que le pays bénéficie notamment d’un environnement juridique plutôt stable. En 2016, 102 projets ont vu le jour pour un montant global de 13 milliards d’euros, essentiellement dans les transports (44%) et les énergies renouvelables (28%). En Espagne, l’an passé, 15 milliards d’euros ont été investis en infrastructures (81 projets) concernant principalement les marchés des transports (37%), des énergies conventionnelles (29%) et des énergies renouvelables (23%). La demande en matière de projets "brownfield"1 reste élevée.

En Allemagne, un total de 44 transactions a été enregistré en 2016 en matière de financement de projets représentant, en terme de valeur, 9 milliards d’euros. Les énergies renouvelables (36% en valeur), des transports (30%) et de l’environnement (17%) font partie des secteurs les plus attrayants. 

L’utilisation du modèle de partenariat public-privé (PPP) par le gouvernement est positif et les besoins identifiés en termes de transports et d’infrastructures sociales sont considérables. L’Allemagne est le deuxième marché éolien offshore au monde (six transactions en 2016). 

En Italie, 67 transactions totalisant 9 milliards d’euros ont été clôturées en 2016, soit un record pour le pays. Le marché des énergies renouvelables représente une proportion de plus en plus importante (34% l’année dernière), avec une participation accrue des acteurs internationaux et le soutien du gouvernement italien. L’Italie occupe la troisième place en terme d’activité sur le marché photovoltaïque, enregistrant 29 transactions en 2016.

Le cadre réglementaire change la donne

Depuis plusieurs mois, les autorités de régulation tracent une voie favorable à la dette d’infrastructure. La mise en place du régime des Fonds de Prêts à l’Économie en France ainsi que l’évolution apportée pour élargir l’accès à l’univers des infrastructures, montrent la volonté du régulateur de soutenir l’investissement des institutionnels. Du point de vue d’investisseurs de type assureurs, le traitement de la classe d’actifs sous Solvabilité 2 s’avère de plus en plus favorable, avec l’introduction par la Commission européenne de conditions d’éligibilité des actifs d’infrastructure, qui, si satisfaites, permettent aux assureurs de bénéficier d’un niveau de SCR satisfaisant (inférieur à des actifs ayant une notation BBB). Ces changements de règlementations sont aussi motivés par l’objectif politique de la Commission européenne, inclus dans son Plan d’investissement pour l’Europe annoncé en novembre 2014, qui vise à encourager l’investissement dans les infrastructures d’au moins 315 milliards d’euros à la fin de 2017 (plan Junker).

Répondre aux besoins colossaux en matière de réseaux de transport, d’énergie ou de télécommunications



 

 

L’investissement en dette d’infrastructure permet de répondre aux besoins colossaux en matière de réseaux de transport, d’énergie ou encore de télécommunications. Il contribue à l’économie réelle, au développement durable (dans toutes ses considérations sociales, économiques, environnementales) par la construction de nouvelles infrastructures (projets « greenfield »), la reconstruction et l’entretien des infrastructures existantes (projets « brownfield») à l’échelle européenne ou globale. 

En raison d’importantes économies d’échelle, un grand nombre de biens d’infrastructure ne peuvent pas être facilement dupliqués et sont souvent réglementés par des cadres dans lesquels ils sont confrontés à peu ou pas de concurrence. Ces monopoles naturels, affichant de fortes barrières à l’entrée, réduisent l’impact de la concurrence sur les rendements. Ces facteurs comptent parmi les caractéristiques qui donnent à la dette d’infrastructure son caractère attractif et lui confèrent un niveau de risque assez faible. L’ensemble de ces éléments, combinés aux spreads de crédit attractifs, justifient l’intérêt significatif des institutionnels pour la classe d’actifs.

Les données chiffrées au titre de 2016 proviennent de la recherche publiée par InfraDeals, baptisée « InfraDeals FY16 Project Finance League Table Report ».
1. Infrastructures existantes.