La maintenance et le renouvellement en forte expansion

Actualité - 05/05/2017

Les priorités en matière de besoins en infrastructures varient fortement en fonction des secteurs et de la géographie. Les pays en voie de développement ont un besoin urgent d’infrastructures sanitaires et de transports.

Quels sont les besoins prioritaires en matière d'infrastructures ?

Les priorités en matière de besoins en infrastructures varient fortement en fonction des secteurs et de la géographie. Les pays en voie de développement ont un besoin urgent d’infrastructures sanitaires (eau, assainissement, déchèteries, hôpitaux, énergies) et de transports. En effet, il a été démontré que les infrastructures de transport sont essentielles dans la lutte contre la pauvreté : plus les gens peuvent se déplacer, plus ils ont accès à l’éducation, la santé et l’économie. Les grands travaux menés par la coopération multilatérale et les Nations Unies permettent de mesurer l’ampleur des besoins.

Les infrastructures de transport sont essentielles dans la lutte contre la pauvreté



Dans les pays plus matures, la priorité sera donnée à la digitalisation des infrastructures existantes : il faut moderniser et optimiser le secteur avec les nouveaux outils à notre disposition ne serait-ce que pour diminuer les coûts pour les contribuables et réduire les délais de réalisation. Il faut également investir dans des infrastructures réellement alignées sur les enjeux climatiques. 

Par ailleurs, les infrastructures font face à un mur de travaux de renouvellement et de maintenance et tout particulièrement en Europe où le réseau d’infrastructures accuse une dégradation significative. Nos infrastructures sont parfois vieillissantes. Le réseau ferroviaire européen doit se rénover ; il en va de même pour de nombreux bâtiments à usage public (lycées et campus, hôpitaux, etc…).

Quels sont les secteurs et géographies phares des cinq prochaines années ?

Se prononcer sur les opportunités géographiques est un exercice difficile, au regard des derniers développements (élections américaines, instabilité dans la zone Moyen-Orient, contexte électoral en Europe). Il est bien compliqué de se projeter. 

En termes de secteurs, comme nous venons de le voir, le développement énergétique et la transformation digitale joueront le rôle de locomotives, entraînant derrières elles toutes les retombées positives pour les autres domaines d’activité. 

Je regarde également de très près le domaine de la santé dans le secteur social. Nous sommes face à une population vieillissante en Europe avec une pyramide des âges qui s’inverse et le coût de la gestion de nos aînés sera au cœur de nos priorités, surtout dans une Europe qui peine à résorber son chômage. 

Enfin, je parie sur un très fort marché de la maintenance et du renouvellement : c’est un marché avec un potentiel de gros projets très intéressants, sur lesquels les low-costers auront du mal à se positionner compte tenu du besoin en savoir-faire de qualité.

Quels sont les schémas de financement et de gestion des infrastructures les plus appropriés (concession, PPP - Partenariat Public Privé) et peuvent-ils être améliorés ?

En termes de financement ou de structure contractuelle. Je ne considère pas qu’il y ait des schémas types : je fais partie de ceux qui pensent que ce ne sont que des outils à disposition dans notre boîte de monteurs de projet. En fonction du contexte économique, de la géographie, des besoins et des contraintes publiques mais aussi des attentes des utilisateurs, il faut savoir regarder au cas par cas pour déterminer s’il vaut mieux promouvoir un marché public, une concession ou un PPP. Néanmoins, certaines grandes tendances se dégagent : le PPP est bien adapté au marché d’éclairage public, à la fibre optique, aux écoles, campus universitaires, alors que je privilégierais la concession pour les autoroutes (en toute logique, on construit une autoroute si le trafic existant la justifie) ; le ferroviaire convient très bien aux PPP à condition de soigner les clauses de performances et de prendre en compte le tissu industriel sous-jacent. 

Il faut savoir aussi s’adapter à l’appétit du marché. Nous ne devons pas oublier qu’un investisseur a toujours la possibilité de choisir un autre secteur que l’infrastructure. Aussi, il faut savoir rester attractif ! C’est donc avant tout affaire d’équilibre et cela justifie la séniorité des équipes sur ce type de dossiers. 

En ce qui concerne la gestion des infrastructures, il faut impérativement maintenir la relation public-privé pendant toute la durée de vie du projet. Je parle ici de l’ensemble des acteurs publics (ministères techniques et financiers) et de l’ensemble des acteurs privés (concessionnaires ou sociétés de projets mais aussi sous-traitants, constructeurs et exploitants). 90% des cas de conflits que j’ai pu rencontrer relèvent principalement du cloisonnement des relations entre les parties prenantes. 

Le développement énergétique et la transformation digitale joueront le rôle de locomotives



Les schémas existants peuvent être améliorés et doivent évoluer. Ils ont déjà évolué pour faire une place aux institutionnels dans le financement des projets, mais un bon projet est, avant d’être financé, un projet intrinsèquement solide. On a dévoyé le terme ‘bancable’ en pensant aujourd’hui que l’afflux voire le débordement de liquidités suffit à dire qu’un projet est ‘bancable’. Il faut revenir aux fondamentaux et vérifier que le projet est économiquement viable et contractuellement structuré, de manière adaptée. Rien n’est plus insupportable qu’un contrat imposé comme le contrat parfait simplement parce qu’il est la copie du projet précédent. Le marché des infrastructures est éminemment dimensionnant pour l’économie d’un pays ou d’une collectivité : on ne supprime pas en un claquement de doigt une ligne TGV ni même un centre aquatique surtout lorsqu’on a dépensé des fortunes pour les bâtir. Il est donc essentiel de considérer ces projets quasiment chacun comme un prototype et d’y adapter la nature des contrats en conséquence. Si on s’attarde sur différents exemples des années passées (Ecotaxe, centre hospitalier sud-francilien, etc…) ou si on écoute le « PPP bashing » en France, on mesure la nécessité de prévoir des améliorations et d’arrêter de vouloir standardiser ou dupliquer les projets.

En quoi les infrastructures sont-elles au coeur de la transition énergétique ?

La transition énergétique représente une révolution. Des énergies fossiles, on passe aux énergies renouvelables. En parallèle, les besoins en matière d’énergie et de mobilité ne cessent de croître au niveau mondial. La combinaison de ces deux paramètres oblige d’une part à basculer des infrastructures centralisées à des infrastructures plus locales, mais aussi à développer des équipements de production, de distribution et transformation d’électricité adaptés. La filière « smart » est née : des smart grids aux smart cities. Dorénavant,  on cherche à apporter des solutions globales aux projets d’infrastructures de transport, d’équipements urbains et d’approvisionnement en énergie électrique. Il faut optimiser le recours aux infrastructures existantes par le déploiement de smart grids variant avec les besoins et également proposer un mix énergétique incluant les énergies renouvelables. 

Du côté du bâtiment, la transition énergétique est également prédominante. L’être humain passe de plus en plus de temps à l’intérieur des bâtiments qui doivent évoluer vers un rôle de producteur d’énergie (photovoltaïque embarqué, cogénération énergétique), et non plus de consommateur. L’accent est mis sur la performance énergétique des bâtiments (basse consommation, effets CO2 limités, isolation thermique, etc…) mais également sur la capacité des bâtiments à produire l’énergie nécessaire aux modes de transports qui les entourent (recharges des voitures électriques, etc…).

Les procédures de passation de grands projets d'infrastructures incorporent-elles efficacement le volet ISR ?

Efficacement ? Non pas forcément. Un travail de pédagogie reste à faire dans le domaine. Tout le monde n’a pas le même niveau de maturité sur le sujet. Certains sont matures sur l’ISR, d’autres sont motivés par les questions liées à l’ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance), d’autres n’y voient que complications et surcoûts. 

L’ISR est la traduction financière des objectifs de développement durable dans les décisions d’investissement pour les produits d’épargne. Il consiste à intégrer des critères extra-financiers (ESG en grande partie) dans la sélection des placements financiers. Les critères ESG sont en quelque sorte le socle de l’analyse extra-financière. Ils permettent d’évaluer l’exercice de la responsabilité des entreprises et de leurs parties prenantes (salariés, partenaires, sous-traitants et clients) vis-à-vis de l’environnement. En influençant la gouvernance et le comportement des acteurs, l’ISR vise à favoriser une économie responsable en finançant les entreprises et les entités publiques qui contribuent au développement durable quel que soit leur secteur d’activité. 

Ceci étant dit, les investisseurs institutionnels ont maintenant depuis 18 mois l’obligation de communiquer sur le risque climatique de leurs portefeuilles, de définir leur stratégie bas carbone et d’informer sur la gestion des risques liés au climat. Ces nouvelles obligations légales apparaissent parfois comme des difficultés supplémentaires pour certains émetteurs, et il ne faut pas écarter le risque de désinvestissement. En effet, quoi de plus simple pour réduire l’empreinte carbone d’un portefeuille que de réduire ses prises de positions dans le secteur. D’où la nécessité d’adopter une démarche pédagogique tant envers les investisseurs institutionnels qu’au sein des entreprises. C’est un travail mené d’une autre façon par la Banque mondiale et les Nations Unies, concernant la mise en place de standards en lien avec les Sustainable Development Goals (SDGs) pour l’ensemble des PPP.

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