Myopic loss aversion* et introduction à l’allocation stratégique d’actifs

Analyses - 20/07/2017

Il existe un lien direct entre fréquence d’observation d’un portefeuille et prise de risque. Élaborer et se remémorer régulièrement son allocation stratégique d’actifs permet de mieux accepter les turbulences subies par un actif donné.

L’usage des smartphones modifie notre perception des risques financiers !

C’est ce que révèle une étude menée par des chercheurs de UCLA. Le digital accentue la fréquence avec laquelle les investisseurs s’informent de la valorisation de leurs portefeuilles, quand cet examen s’opérait traditionnellement une fois par mois ou par trimestre. Ainsi, la probabilité pour les investisseurs de constater que leur portefeuille subit une phase de turbulences s’accroît. Ces périodes de baisse, pourtant passagères dans l’immense majorité des cas, ont tendance à faire oublier l’allocation stratégique initialement préparée en vue de bâtir une répartition du patrimoine optimale. Ce phénomène porte le nom de Myopic Loss Aversion*. Il résulte du décalage entre l’horizon de placement de l’investisseur et la fréquence d’observation des portefeuilles. Plus l’écart est grand, plus la tentation de sur-réagir à ces pertes de court terme est grande. Comme l’ont démontré  les chercheurs Uri Gneezy et Jan Potters, il y a un lien direct et causal entre la fréquence d’observation des résultats d’un portefeuille et l’acceptation ou non du risque. Ainsi, plus la fréquence d’observation est grande, plus la sensibilité aux pertes l’est également. On observe alors une tendance à réduire le risque moyen des portefeuilles.

Une étude réalisée par des chercheurs de l’université de Jérusalem montre une autre conséquence du phénomène de Myopic Loss Aversion. Si les fréquences d’observation trop rapprochées réduisent le niveau de bien-être, l’investisseur peut être tenté par une moindre prise de risque mais il peut également être tenté par une option quasi opposée d’un point de vue financier : surpondérer les actifs illiquides dont les valorisations espacées, voire inexistantes, sont plus faciles à gérer émotionnellement. On pense aux actifs immobiliers d’usage, rarement diversifiés géographiquement et économiquement (résidentiel vs bureaux), et qui font porter un risque de liquidité (soit la vitesse à laquelle l’actif peut être vendu si cela s’avère nécessaire).

Si ces choix sont éminemment respectables et s’avèrent « optimaux » pour l’investisseur sur un plan émotionnel, ils le sont rarement sur un plan strictement financier, car disposer d’un horizon de placement long aurait dû permettre d’obtenir des rendements supérieurs à ceux qui sont finalement obtenus, a fortiori avec des taux d’intérêt historiquement faibles dans la plupart des pays développés.

Comment lutter contre ces craintes et ne pas céder au stress induit par une information devenue omniprésente ?

Par une revue régulière de l’allocation stratégique d’actifs. C’est l’allocation qui vise à maximiser la performance de long terme (plus de 10 ans) via une diversification efficiente, seule à même de préserver un patrimoine.

Elle sera une feuille de route à laquelle l’investisseur pourra se référer afin de prendre du recul et ne pas tomber dans le piège de se focaliser sur telle ou telle composante du patrimoine dont l’évolution décevrait à court terme. Cette allocation, propre à chaque investisseur, est fonction de ses objectifs de performance, de pertes acceptables sur un horizon donné ou d’éventuels besoins de liquidités.

L’objectif est de bâtir un socle robuste à partir d’actifs complémentaires (couples rendement/risque différents, sensibilités aux facteurs économiques différentes) et suffisamment dé-corrélés les uns des autres. Cette dernière notion est importante car certains actifs peuvent évoluer de concert et limiter les bénéfices de la diversification.

Ainsi, une allocation stratégique bénéficiant d’un bon degré de diversification entre actifs liquides et illiquides, basée sur des actifs peu corrélés au total, protège le patrimoine contre les mouvements significatifs, parfois imprévus, d’une classe d’actifs unique.

Quelques exemples pour illustrer ces notions

Immobilier et obligataire :

L’immobilier, actif important dans les patrimoines, doit être diversifié. Les fonds donnent accès à des actifs difficilement accessibles à titre individuel et à une plus grande diversification (en nombre de sous-jacents), tout en maintenant dans certains cas une forme de liquidité. Protection naturelle contre l’inflation (indexation des loyers à l’inflation) et peu corrélé avec les actifs obligataires, le rendement du marché immobilier se situe historiquement entre celui des marchés obligataires et celui des marchés actions.

Rendement réel sur l’obligataire (%) durant des périodes extrêmes, 1900-2016

Inversement, les marchés obligataires surperforment fortement en cas de déflation et présentent une faible corrélation historique aux marchés actions ou à l’immobilier.

Actions et Private Equity :

La faible performance des actions depuis 2000 est inédite dans l’histoire des marchés, mais il convient de mettre en parallèle les vingt années qui ont précédé, période de tous les excès … à la hausse. Les actions n’en demeurent pas moins l’outil le plus à même, avec le private equity, de refléter la performance économique des entreprises et de générer des performances. Un historique plus long le démontre : 

Rendement réel sur l’obligataire (%) durant des périodes extrêmes, 1900-2016

 

La corrélation entre le Private Equity et les actions cotées est instable dans le temps mais ces actifs sont affectés/avantagés par les mêmes scénarios économiques. Sur le long terme, cependant, le Private Equity offre une prime d’illiquidité et donne accès à des segments de marché qui n’existent tout simplement pas sur les marchés cotés !

Cette brève introduction à l’allocation stratégique d’actifs ne se veut pas exhaustive en termes de classes d’actifs mais vise à rappeler quelques grands principes qu’il est aisé d’oublier quand les émotions se mêlent de la partie.

  • Diversifier ! Chaque famille d’actif a un rôle à jouer dans un patrimoine
  • Penser global et long terme : ne pas oublier sa feuille de route, son allocation stratégique, en se focalisant uniquement sur l’actif « douloureux » au moment de l’observation. Il est essentiel de ne pas se laisser surprendre par le comportement d’un actif et connaître le couple rendement/risque historique de chaque actif - le risque s’exprimant par sa volatilité, sa perte maximale ou son degré d’illiquidité.

Muriel Tailhades
Directeur des Investissements
Edmond de Rothschild (France)

 

 


Cette analyse est extraite du premier numéro de la House View publiée par Edmond de Rothschild.

Cette publication présente les principales convictions d’Edmond de Rothschild en matière de macroéconomie, d’allocation stratégique et pour les principales classes d’actifs.

Accédez ci-dessous aux autres analyses présentes dans cette publication :


*Myopic Loss Aversion : Myopie dans l’aversion aux pertes
*Source : Elroy Dimson, Paul Marsh and Mike Staunton, Triumph of the Optimists, Princeton University Press and subsequent research

  1. Shlomo Benartzi PD professor, UCLA Andersen School of Management. “The neglected variable affecting portfolio choices”
  2. Gneesy and Potters. “An experiment on risk taking and evaluation periods.” The Quarterly Journal of Economics (1997)
  3. Galai and Sade, Jerusalem school of business. “The Ostrich Effect and the relationship between the liquidity and the yields of financial assets”
  4. Elroy Dimson, Paul Marsh and Mike Staunton, “Triumph of the Optimists”, Princeton University Press and subsequent research

 

 


Achevé de rédiger le 12 juillet 2017 Réalisation & production : Communication & Marketing - Edmond de Rothschild (France).

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