L’économie suisse s’est remise du Frankenschock

Analyse de marché - 13/09/2016

L’économie suisse a crû à son rythme le plus élevé depuis 18 mois durant le deuxième trimestre 2016, avec une croissance du PIB de +0.6% sur trois mois.

Ce sont les dépenses publiques et les exportations (respectivement +1.7% et +4.6% en glissement trimestriel) qui ont permis cette croissance au-dessus des attentes (cf. graphiques ci-dessous).

 

L’accélération des dépenses publiques s’explique par la stratégie pro-cyclique du gouvernement suisse qui vient soutenir une économie qui avait ralenti en 2015 (+0.8% contre +2% en 2014). Cette stratégie dite de « frein à l’endettement » consiste à dégager un excédent budgétaire en période de haute conjoncture et inversement de dépenser davantage lors de ralentissements économiques. Ceci a eu pour effet de réduire la dette publique de 49% du PIB en 2004 à 33.5% en 2015 et permet aujourd’hui au gouvernement suisse de stimuler la croissance sans mettre en danger les finances publiques. Les exportations, elles, bénéficient à la fois de la dissipation de l’effet de l’appréciation du franc suisse survenue lors de l’abandon par la BNS du taux plancher contre l’euro en janvier 2015 et des mesures prises dans ce contexte par les exportateurs pour réduire leurs coûts et accroître leur efficacité. Ces mesures ont permis de redémarrer la croissance de la productivité, qui était positive sur un an pour la première fois depuis début 2014 (+0.1% au deuxième trimestre).

Ombres au tableau, la demande intérieure privée a déçu : la consommation des ménages est restée stable par rapport au trimestre précédent et l’investissement a diminué (-0.7%). Toutefois, et pour contraster ce chiffre négatif, l’investissement a certes baissé par rapport au premier trimestre, mais ce dernier ayant été fortement révisé à la hausse, la croissance de l’investissement sur un semestre n’en demeure pas moins la plus forte que l’on ait observée depuis un an et demi (+1.5%).

Durant les prochains trimestres, l’économie suisse va être soutenue non seulement par un secteur des exportations qui devrait continuer sur sa tendance positive mais également par la reprise de la demande intérieure. Alors que les dépenses publiques ne pourront pas continuer de croître à un rythme aussi soutenu, les investissements devraient se renforcer compte tenu de l’amélioration des perspectives économiques. La consommation des ménages devrait, quant à elle, légèrement se reprendre comme tendent à le montrer les chiffres les plus récents des ventes au détail, qui ont accéléré pour la première fois depuis le début de l’année. Dans ce contexte, si les deux prochains trimestres donneront certainement lieu à une progression trimestrielle en deçà de celle que l’on vient d’observer, l’économie suisse devrait in fine atteindre, voire surpasser, nos prévisions de croissance pour 2016 (+1.1%). De leur côté, les prix en Suisse sont restés stables en août (-0.1% en glissement mensuel et également -0.1% en glissement annuel) et après 24 mois de déflation, nous prévoyons qu’ils renoueront avec une inflation positive dès le dernier trimestre 2016 et que cette dynamique continuera en 2017 (+0.3%).

Plusieurs éléments expliquent cette sortie de la déflation. Tout d’abord, l’effet de l’abandon du taux plancher s’est dissipé (cf. graphique ci-dessous), et le franc s’étant stabilisé depuis, le prix des importations a cessé de chuter. De plus, la remontée des prix du pétrole depuis le début de l’année va participer au renchérissement des prix alors que la BNS maintient sa politique monétaire expansionniste (cf. graphique ci-dessous).