La Fed vole la vedette à Donald Trump

L'hebdo des économistes - 06/03/2017

Lors de son discours devant le Congrès, D. Trump n’a pas précisé le calendrier de mise en œuvre de son programme de relance, ce qui va dans le sens de notre hypothèse de premiers effets positifs fin 2017. Les enquêtes de confiance, en nette amélioration, ont amené les membres de la Fed à adopter un discours plus hawkish. Nous anticipons désormais qu’une hausse du taux Fed Funds de 0.25% aura lieu lors de la prochaine réunion du 15 mars.

Le premier discours de D. Trump, le 28 février, devant les deux chambres du Congrès n’a pas apporté de détails ou d’agenda au programme de relance du président, comme espéré par les investisseurs. D. Trump s’est contenté de rappeler les mesures qu’il avait déjà prises et celles qu’il souhaitait appliquer (cf. tableau). S’il n’a pas dévié de ses propositions initiales et a ainsi renforcé  son message, le manque de détails révèle cependant la complexité des réformes (cf. Border Tax Adjustment) et le délai de leur mise en œuvre. Cela s’inscrit en ligne avec notre scénario dans lequel nous n’escomptons pas d’impact du programme de D. Trump avant fin 2017. N’ayant pas abordé le sujet du financement de ses projets, la crainte du creusement du déficit reste d’actualité. Le président a uniquement souligné l’accroissement de la dette au cours des huit dernières années, sans donner davantage d’indications quant à son positionnement sur ce sujet. Enfin, alors que les attentes étaient élevées, les investisseurs ont bien réagi au discours du président qui a exprimé sa volonté d’harmonie, de stabilité et d’unité aux Etats-Unis et avec leurs pays partenaires.

 

Plus que le discours de D. Trump, c’est la perspective d’une remontée de taux imminente de la Réserve Fédérale (Fed) qui a été au centre de l’attention des investisseurs cette semaine. Les chiffres d’activité ont été pourtant mitigés : les nouvelles commandes de biens durables hors transports ont ralenti au mois de janvier (cf. graphique) tout comme les dépenses de consommation des ménages, qui sont passées de 3% à 2.75% (cf. graphique). A cela s’ajoutent des dépenses de construction qui ont ralenti de 5.2% à 3.1% en glissement annuel en janvier et un déficit commercial qui s’est détérioré de 7.6% entre décembre et janvier. Dans l’ensemble, ces statistiques confortent notre prévision de faible accélération de la croissance américaine au premier trimestre.

 

 

 

 

En revanche, les indicateurs avancés de confiance des entreprises et des ménages se sont significativement renforcés. Ainsi, les indices ISM manufacturier et non-manufacturier sont passés de 56.0 en janvier à 57.7 en février et de 56.5 à 57.6 respectivement. L’indice de confiance des consommateurs du Conference Board a, lui, progressé de 111.6 à 114.8 en février et s’établit en conséquence à son plus haut niveau depuis juillet 2001 (cf. graphique).

 Cette nouvelle amélioration des indicateurs de confiance a amené plusieurs membres de la Fed à indiquer qu’une hausse de taux pourrait avoir lieu dès leur prochaine réunion, le 15 mars. Ainsi, notamment, le 28 février, W. Dudley, Président de la Fed de New York, a déclaré que compte tenu du fort renforcement de la confiance des ménages et des entreprises, du dynamisme des marchés financiers et de l’anticipation par les membres de la Fed d’une politique budgétaire de relance, « les conditions pour un resserrement [monétaire] sont devenues beaucoup plus opportunes ». Bien plus, le 3 mars, J. Yellen a précisé : « lors de notre réunion ce mois-ci, le comité examinera si l’emploi et l’inflation continuent d’évoluer conformément à nos anticipations, auquel cas, un nouvel ajustement du taux Fed funds serait probablement approprié ». Suite à ces discours, les anticipations d’une hausse de 25bp à 1.00% du taux Fed funds lors de la réunion du 15 mars ont fortement progressé : les contrats Fed funds futures, qui accordaient une probabilité de seulement 40% pour une hausse de taux en mars le vendredi 24 février, faisaient état d’une probabilité de 94% le vendredi 3 mars en clôture.

Analyse et implication :

  • Suite à la tonalité plus hawkish des discours de W. Dudley et J. Yellen, nous modifions notre prévision relative au taux Fed funds et anticipons désormais que la Fed relèvera celui-ci de 25bp à 1.00% lors de sa réunion du 15 mars prochain (nous anticipions préalablement que ce mouvement interviendrait en juin 2017).
  • En revanche, nous maintenons notre prévision selon laquelle la hausse du dollar et la remontée des rendements longs pèseront sur l’économie américaine au premier semestre 2017. En outre, nous continuons d’anticiper que les effets du plan de relance budgétaire ne se matérialiseront pas avant fin 2017. En conséquence nous maintenons notre prévision selon laquelle la Fed ne procèderait qu’à deux hausses de taux en 2017 et amènerait, de fait, le taux Fed funds à 1.25%.