Chine-Etats-Unis, l’essentiel n’a pas été abordé

L'hebdo des économistes - 11/04/2017

L’état d’esprit constructif qui a prévalu lors du sommet sino-américain est encourageant. Les zones d’ombre concernant les intentions et les priorités des Etats-Unis en matière de commerce international persistent. D. Trump ne devrait cependant pas adopter un ton protectionniste dur. L’activité économique chinoise poursuit sa stabilisation. La modération attendue des dynamiques industrielles ne devrait pas empêcher Pékin d’atteindre son objectif d’une croissance du PIB de 6.5% en 2017.

Le sommet sino-américain de ces 6 et 7 avril entre D. Trump et Xi Jinping a débouché sur peu de résultats concrets. L’avancée majeure se trouve vraisemblablement dans l’adoption par les deux présidents d’un cadre d’échange commun permettant le dialogue et la tenue de négociations. Cet état d’esprit constructif est rassurant après la rhétorique agressive tenue précédemment par D. Trump à l’encontre de la Chine et de ses pratiques commerciales. Sur ce point, les deux parties se sont entendues sur un plan à 100 jours destiné à réduire le déficit commercial des Etats-Unis avec la Chine sans que davantage de détails n’aient été communiqués. Cette décision fait écho au décret présidentiel signé le 31 mars par D. Trump qui donne 90 jours à son administration pour évaluer les effets des abus commerciaux sur les déficits commerciaux américains. La presse d’outre-Atlantique relaie par ailleurs l’intention probable de D. Trump de signer un décret présidentiel visant à sanctionner les pays exportateurs d’acier vers les Etats-Unis poursuivant des pratiques de dumping commercial. Si peu d’indications ont filtré à ce jour, la Chine serait clairement concernée par cette mesure.

Le secrétaire au Trésor américain, S. Mnuchin, a également maintenu la pression sur la Chine en indiquant qu’une décision sur la qualification d’un pays comme manipulateur de devise tomberait dans un futur proche. Selon le Trade Enforcement and Trade Facilitation Act de 2015, trois critères doivent être remplis pour justifier cette appellation : disposer d’un surplus commercial avec les Etats-Unis supérieur à USD 20 milliards, afficher un compte courant supérieur à 3% du PIB et opérer des rachats nets de devises étrangères sur 12 mois supérieurs à 2% du PIB. Disposant d’un surplus commercial dans ses échanges de biens avec les Etats-Unis de USD 347 milliards, la Chine ne remplit que la première de ces trois conditions. De plus, celle-ci a puisé dans ses réserves à hauteur de USD 1'000 milliards depuis 2014 pour soutenir le yuan.

Selon cette loi, la désignation d’un pays comme manipulateur de devise n’engendre pas de sanctions directes ou automatiques mais ouvre une période de négociations d’un an entre les Etats-Unis et le pays incriminé afin de corriger la sous-valorisation de la devise et le surplus courant de ce dernier. Au-delà de cette période, si les Etats-Unis estiment que le pays incriminé n’a pas pris de mesures correctrices suffisantes, le président américain peut : 

  • Interdire l’agence gouvernementale US Overseas Private Investment Corporation d’approuver de nouveaux financements pour des projets localisés dans le pays incriminé. Ce point ne pourrait pas être appliqué à la Chine car il est déjà en vigueur depuis 1990 en réponse aux événements de la place Tiananmen ;
  • Interdire au Federal Government d’initier ou de poursuivre des contrats portant sur l’achat de biens et services provenant du pays incriminé ;
  • Instruire le Fonds Monétaire International de surveiller davantage les politiques macroéconomiques et de change du pays incriminé ;  
  • Instruire le représentant au Commerce des Etats-Unis de prendre en compte ces éléments lors de considérations portant sur des accords commerciaux bilatéraux ou régionaux avec le pays incriminé.

Aucun pays ne remplissant actuellement ces trois critères, il est concevable que l’administration Trump souhaite modifier la définition de manipulateur de devise. Le secrétaire au Commerce a avancé l’idée d’élargir celle-ci comme étant une subvention injuste (unfair subsidy). Cette définition, moins quantitative, engloberait davantage de pays ayant un surplus commercial avec les Etats-Unis.

Ainsi, si l’esprit de coopération et de respect mutuel qui a prévalu lors du sommet sino-américain est encourageant, il ne doit pas occulter les divergences qui subsistent entre les deux premières économies mondiales. L’équilibre qui prévaut actuellement demeurera fragile tant que l’administration Trump n’aura pas précisé ses intentions et ses priorités quant à la politique commerciale des Etats-Unis. Ainsi que nous le soulignions précédemment, celui-ci n’a aucun intérêt à engager les Etats-Unis dans un protectionnisme dur qui déboucherait probablement sur une guerre commerciale mutuellement destructrice. Il devrait donc suivre la voie du milieu dont le décret présidentiel sur les exportateurs d’acier pourrait être une illustration : il est de nature à satisfaire l’électorat républicain tout en ayant des conséquences économiques mineures, l’acier chinois ne comptant que pour 4% des imports américains d’acier et 2% de la consommation domestique. Dans le même ordre d’idée, d’éventuelles concessions de la Chine sur les exports américains de viande de bœuf, sur lesquels des restrictions sont en place depuis 2003, revêtiraient avant tout un caractère symbolique. Ces derniers ne représentent que 0.3% des exports américains et ne seraient d’aucune aide pour redresser le déficit commercial des Etats-Unis avec la Chine. Il est probable que ce type de mesures portant sur des segments peu représentatifs du commerce sino-américain se multiplie prochainement. Ceci signifierait un relatif statu quo des relations commerciales entre les deux pays sur le plan économique mais pourrait éroder le climat de confiance qui prévaut aujourd’hui.

Parallèlement aux considérations commerciales, les vues géopolitiques sont la seconde source de risque pour les relations sino-américaines. Les Etats-Unis ont également montré leur orientation ferme sur ce point envers la Chine en envoyant un porte-avions vers la Corée du Nord, les essais nucléaires de celles-ci stigmatisant les divergences entre les deux pays.

Sur le plan économique, les indicateurs manufacturiers officiels de mars renforcent la bonne tenue de l’économie chinoise ce premier trimestre, l’ensemble des sous-composantes suivant une trajectoire bien orientée (cf. graphique). La sous-composante du prix des entrants a reculé suggérant une modération du cycle industriel et l’atteinte probable d’un point haut dans l’inflation des prix à la production en Chine (cf. graphique). Ainsi, même si elles devraient perdre en intensité ces prochains mois, les dynamiques industrielles devraient rester suffisamment fortes pour permettre à la Chine, en l’absence de choc protectionniste, de respecter son objectif de croissance du PIB de 6.5% pour 2017.