Emploi américain encourageant, premier pas vers l’abrogation de l’Obamacare et recul des PMI chinois

L'hebdo des économistes - 09/05/2017

Aux Etats-Unis, le rapport d’emploi d’avril a indiqué un chômage à 4.4%, un plus bas depuis 10 ans. Les salaires en revanche restent à la traîne avec une croissance annuelle de 2.5%. La Chambre des Représentants a voté l’abrogation de l’Obamacare. Les Républicains ont toutefois besoin des votes démocrates pour que le Sénat donne son aval, ce qui pourrait changer la nature du texte. La Chine subit un recul de ses indices des directeurs d’achat suggérant l’atteinte probable d’un point haut dans son cycle économique. Le Brésil émerge progressivement et l’Inde confirme le faible effet de la démonétisation.

Aux Etats-Unis, le rapport d’emploi du mois d’avril a été encourageant. 211'000 emplois ont été créés après 79'000 seulement en mars et le chômage est passé de 4.5% à 4.4% au plus bas depuis mai 2007. De plus, le sous-emploi, qui rajoute les personnes à mi-temps pour raisons économiques ou les chômeurs n’ayant pas cherché activement d’emploi au cours des quatre semaines précédentes, a affiché une forte baisse durant les 4 derniers mois passant de 9.4% en janvier 2017 à 8.6% en avril. Si ces statistiques confortent notre analyse selon laquelle le marché du travail arrive en haut de cycle, deux éléments restent à la traîne : le taux de participation et les salaires. Le taux de participation est retombé à 62.9%, solidifiant l’intervalle entre 62.6% et 63.0% dans lequel il oscille depuis fin 2015. La croissance annuelle des salaires a quant à elle été révisée à la baisse au mois de mars à 2.6% et a continué de baisser à 2.5% en avril. Lorsqu’en mai 2007 le chômage était à 4.4%, les salaires accéléraient à 3.5%. A cette époque en revanche, le sous-emploi oscillait déjà autour de 8% depuis plus d’un an, exerçant donc une pression plus importante sur les salaires. Enfin, l’inflation progressait à 2.7% en mai 2007, contre 2.4% en mars 2017.

 

  

Ce rapport d’emploi devrait conforter la Réserve Fédérale (Fed) dans son processus de resserrement monétaire. Sans surprise, le comité a décidé la semaine dernière de laisser inchangé ses taux Fed Funds entre 0.75%-1.00%. La Fed a pris acte de la faible croissance au premier trimestre 2017, sans pour autant s’en inquiéter, la considérant comme transitoire uniquement. En revanche, les dernières enquêtes auprès des directeurs d’achat dans le secteur manufacturier ont enregistré une forte baisse passant de 57.2 à 54.8. Si l’indicateur continue d’indiquer une expansion de l’activité, l’origine de la baisse n’est pas très encourageante étant donné que ce sont les sous-composantes emploi (de 58.9 en mars à 52.0 en avril) et nouvelles commandes qui ont fortement chuté au mois d’avril (de 64.5 en mars à 57.5 en avril).

 

 

Du côté politique, la Chambre des Représentants a adopté le 4 mai un nouveau texte de loi sur la santé, l’American Health Care Act (AHCA), en substitution à l’Obamacare. Après un premier échec le 24 mars, la Maison Blanche a réussi cette fois à rallier la frange ultra-conservatrice de la Chambre, notamment les membres du Freedom Caucus, qui avait jugé la première proposition trop modérée. Parmi les éléments qui ont été abrogés figurent notamment l’obligation de souscrire à une assurance-maladie ou le payement d’une amende en cas de non-couverture, l’extension de l’éligibilité au programme Medicaid[1] qui assure le financement public de l’assurance-maladie aux ménages les plus modestes et les crédits d’impôts basés sur le revenu pour se tourner vers des crédits d’impôts établis en fonction de l’âge de l’assuré. Si le Congressional Budget Office (CBO) n’a pas encore estimé l’impact de cette nouvelle proposition de loi, il avait estimé le nombre supplémentaire de personnes non-assurées sous l’ancienne proposition à 24 millions d’ici 2026. La possibilité que le Sénat accepte le projet de loi sous sa forme actuelle est faible, étant donné que certains Républicains modérés se sont déjà exprimés contre le projet de loi et qu’il faudrait que 50 des 52 Sénateurs républicains donnent leur accord. Cela signifie qu’une proposition alternative devra être formulée, remettant à plus tard encore l’agenda législatif. Cela pourrait repousser encore davantage un accord sur le budget.

Au sein des économies émergentes, l’actualité récente a été marquée par la publication des indices PMI des directeurs d’achat (cf. graphique de droite, p.2). Après le regain d’activité enregistré ce premier trimestre, la Chine subit un recul de ces indicateurs officiels tant pour la sphère manufacturière que pour celle des services. Ceux-ci s’établissent respectivement à 51.2, contre 51.8 en mars, et 54.0, contre 55.1. Ces éléments rappellent que si l’environnement de croissance chinois demeure bien orienté et devrait s’établir en ligne avec l’objectif d’une croissance du PIB réel à 6.5% en 2017, le potentiel d’une poursuite de l’accélération de l’activité enregistrée en ce début d’année est limité. La Chine pourrait donc avoir atteint ce premier trimestre un point haut dans la trajectoire de croissance de son PIB réel. La plupart des sous-composantes de l’indice des directeurs d’achats manufacturiers enregistrent une contraction. La plus importante d’entre elles touche le prix des intrants, passé de 59.3 à 51.8, ce qui suggère l’atteinte probable d’un point haut dans le cycle de reflation des prix à la production en Chine ainsi que nous l’écrivions dans l’Hebdo Eco du 24 avril. L’activité dans les services connaît également un recul et montre des dynamiques divergentes entre les activités de construction, en hausse de 60.5 à 61.6, et les autres services, en recul de 54.2 à 52.6, soulignant l’importance du marché immobilier dans le regain d’activité en Chine. Cette moindre intensité des dynamiques de croissance se retrouve dans les chiffres du commerce, la croissance des exports et des imports – en particulier d’acier, de cuivre et de pétrole – étant en recul en avril.

 

Ces développements rappellent le changement de paradigme opéré ces derniers mois par les autorités chinoises où la recherche d’une croissance à tout prix, renforçant les déséquilibres structurels de l’endettement élevé et de l’investissement faiblement productif, a cédé la place à davantage de prudence à l’égard des risques financiers. Cette vigilance accrue se retrouve dans l’application de mesures prudentielles visant à endiguer la surchauffe immobilière ou le resserrement de la liquidité dans le marché interbancaire pour modérer les activités de crédit. Les derniers chiffres des directeurs des achats manufacturiers sont de nature à renforcer cette approche. La décélération attendue de l’activité en Chine réduit en effet la marge de manœuvre de la People’s Bank of China pour relever ses taux directeurs. Elle ne devrait donc pas privilégier cet outil, potentiellement déstabilisateur vu l’endettement élevé du pays, pour normaliser le marché immobilier et contraindre la croissance du crédit hypothécaire et du crédit informel (shadow banking).

Au Brésil, les indices des directeurs d’achats manufacturiers sont revenus en zone d’expansion économique à 50.1, soit le plus haut niveau atteint depuis janvier 2015. Les activités de services connaissent des dynamiques similaires. Ces chiffres font écho à la forte baisse de l’inflation, passée de 9.0% en août 2016 à 4.6% en mars, qui a accru le pouvoir d’achat des ménages et amélioré leur confiance. Si ce chiffre constitue un des premiers signes encourageants de la sortie de récession que nous anticipons pour le Brésil en 2017, il ne doit pas occulter la nature très progressive de la convergence de la croissance du PIB réel vers son potentiel que nous estimons compris entre 0.5 et 1%. La confiance des consommateurs et des industriels reste subordonnée aux avancées dans les réformes fiscales, plus particulièrement des pensions, et donc aux développements politiques du pays.

L’Inde confirme la bonne tenue de ses dynamiques de croissance, les indices des directeurs d’achats demeurant inchangés à 52.5. Le retour de cet indicateur vers les niveaux prévalant avant la démonétisation de novembre 2016 tend à confirmer l’impact mineur de celle-ci sur l’activité économique formelle. Les sous-composantes de cet indicateur rappellent le rôle de moteur joué par la consommation domestique indienne.

 

[1] Sous l’Affordable Care Act, l’éligibilité au programme Medicaid avait été étendue aux personnes dont le revenu représentait 138% du niveau fédéral de pauvreté (p.ex. USD 12'000 pour une personne seule en 2017).