Bonne tenue des indicateurs avancés dans les principales zones mondiales

L'hebdo des économistes - 18/01/2018

En bref
  • Bonne tenue des indicateurs avancés dans les principales zones mondiales
  • Focus Afrique du Sud : Espoir politique, défis structurels

Analyses de Lisa Turk, Économiste, Etats-Unis, Matthias van den Heuvel, Économiste, François Léonet, Économiste, Marchés Émergents et Sophie Casanova, Économiste, Banque Centrales au sein de la Recherche Economique d’Edmond de Rothschild
  • Alors que les statistiques d’activité sont robustes aux États-Unis, l’indicateur ISM a pointé vers un ralentissement supplémentaire de la croissance de l’emploi, en ligne avec notre scénario
  • En Suisse, si l’inflation accélère légèrement en raison de la dépréciation du franc, elle demeure nettement en-deçà de 2%, ce qui devrait amener la BNS à conserver sa politique inchangée
  • Les indicateurs manufacturiers en Inde dépassent leur niveau d’avant démonétisation. Dans la zone euro, les PMI demeurent à un niveau élevé

Etats-Unis – les statistiques d’activité sont robustes mais l’ISM pointe vers un ralentissement supplémentaire de la croissance de l’emploi    

Les premières données américaines publiées en ce début d’année 2018 et portant sur le mois de décembre 2017 ont été encourageantes. La confiance des entreprises a continué de croître, les nouvelles commandes en biens d’équipement progressent de 7.9% par rapport à l’année passée et les ventes automobiles demeurent élevées. La hausse de l’ISM manufacturier de 58.2 en novembre à 59.7 en décembre a avant tout été portée par l’amélioration des perspectives de production (passées de 63.9 à 65.8) et des nouvelles commandes (passées de 64 à 69.4).

La seule sous-composante de l’ISM manufacturier ayant reculé a été celle de l’emploi. Depuis son plus haut à 60.3 en septembre 2017, l’ISM « emploi » s’est dégradé peu à peu tous les mois. Si le niveau de décembre, à 57, reste encore largement en territoire d’expansion, l’évolution de cette composante est conforme avec la légère modération de l’emploi que l’on a observée au cours des derniers trimestres dans les rapports d’emploi :

  • Les créations d’emploi ont ralenti. En moyenne, 238'000 postes étaient créés par mois entre 2014-2015. En 2016, cette moyenne est tombée à 187'000, puis à 171'000 en 2017. Ce ralentissement se profile après un phénomène de rattrapage suite à la crise financière. 
  • Le pourcentage de petites entreprises ayant peu ou pas de candidats qualifiés a augmenté de 24% en janvier 2010 à 50% en décembre 2017.

Ces chiffres sont cohérents avec la maturité du marché du travail américain. Toutefois, ces tensions ne se sont pas traduites par une hausse marquée de la croissance des salaires nominaux en 2017, restée stable à 2.6% en moyenne. En 2018, la difficulté à trouver de la main-d’œuvre pourrait induire une légère accélération des salaires. L’accélération de l’inflation que nous anticipons devrait cependant limiter la hausse des salaires réels. De fait, la faiblesse du pouvoir d’achat et le ralentissement des créations d’emploi devraient contraindre la croissance de la consommation des ménages. Nous maintenons notre prévision selon laquelle le principal facteur de soutien à la croissance du PIB en 2018, que nous anticipons à 2.5%, devrait être l’investissement des entreprises, qui bénéficieront, plus que les ménages, des nouvelles mesures fiscales.

Suisse – malgré la dépréciation du franc, l’inflation reste contenue

En Suisse, l’inflation poursuit sa légère hausse, atteignant 0.84% en décembre après 0.79% en novembre. Toutefois, si la baisse du franc favorise la progression des prix, l’inflation reste modérée et ne devrait pas amener la Banque Nationale Suisse (BNS) à modifier sa politique monétaire accommodante. En effet, lors de sa dernière réunion de politique monétaire du 14 décembre 2017, la BNS n’a procédé qu’à une légère hausse de ses prévisions d’inflation de 0.4% à 0.7% pour 2018 et a maintenu sa prévision de 1.1% pour 2019. Elle n’anticipe pas que l’inflation devrait atteindre son objectif-cible de 2% avant le second semestre 2020 malgré la dépréciation récente du franc. Par ailleurs, la BNS a souligné que la baisse du taux d’intérêt de référence applicable aux contrats de bail survenue en juin pèse sur le renchérissement des loyers, qui a ralenti à 0.7% sur un an en novembre contre 1.4% en aout. Etant donné que les loyers représentent 20% du panier du consommateur, ceci devrait contribuer à contenir la progression de l’inflation et ainsi conforter la BNS dans sa décision de maintenir sa politique monétaire inchangée.

Inde, Chine et Zone euro – bonne tenue des indicateurs avancés

Les indicateurs manufacturiers avancés en Inde poursuivent leur progression et s’établissent à 54.7, un niveau supérieur à celui qui prévalait avant l’opération de démonétisation de fin 2016. En parallèle, le retour des indicateurs avancés pour le secteur des services en territoire d’expansion, à 50.9, est également encourageant et conforte notre scénario d’une normalisation progressive de l’activité économique en Inde après le choc de la démonétisation et l’introduction d’une TVA unifiée en juillet 2017. En Chine, les indicateurs avancés illustrent la bonne tenue des services et une activité manufacturière dynamique en décembre. Dans la zone euro, le PMI composite a atteint 58.1 en décembre, son plus haut niveau depuis février 2011. Cet indicateur souligne les perspectives favorables à court terme des économies de l’union monétaire, qui bénéficient d’un raffermissement de la demande intérieure. Toutefois ces perspectives d’activité pourraient être amenées à se détériorer légèrement ces prochains mois. En effet, l’appréciation de l’euro devrait, selon notre scénario, peser sur l’activité économique en 2018.

Lisa Turk - Économiste, Etats-Unis
Matthias van den Heuvel - Économiste
François Léonet – Économiste, Pays émergents

 

Espoir politique, défis structurels

Les élections de décembre 2017 ont vu la victoire de C. Ramaphosa, actuel vice-président de l’Afrique du Sud, en tant que nouveau président du parti au pouvoir, l’African National Congress (ANC), en remplacement de J. Zuma, président de l’Afrique du Sud et leader du parti depuis 2007. Celui-ci est par ailleurs mis sous pression par son propre camp afin qu’il n’exerce pas son mandat présidentiel jusqu’à son terme, dans le but de renforcer la cohésion du parti avant les élections générales de 2019. Les faits de corruption qui lui sont reprochés ont entre autres affaibli l’ANC qui avait perdu le contrôle de Johannesburg et de Prétoria lors des élections municipales de 2016.

Le nouveau leader de l’ANC, C. Ramaphosa, est considéré comme étant pro-croissance et favorable à l’investissement ainsi que l’illustrent l’appréciation du rand et la détente des rendements obligataires qui ont suivi son élection et ce, malgré l’abaissement fin novembre de la note-crédit du pays par l’agence Standard & Poor’s. Pour autant, l’écart étroit lors du scrutin – C. Ramaphosa a devancé son opposante N. Dlamini-Zuma, ex-femme de J. Zuma, de seulement 179 voix (2'440 voix contre 2'261) – et la composition équilibrée des six postes-clefs de l’ANC entre les tenants de C. Ramaphosa et de N. Dlamini-Zuma laissent une marge de manœuvre réduite à celui-ci pour mener à bien ses réformes structurelles, particulièrement sur les volets de la relance économique et du budget. Ce dernier élément est d’autant plus critique que le pays enregistre un déficit budgétaire depuis 2009, actuellement à 4.2% du PIB, qui s’est accompagné d’un accroissement du poids de la dette publique, de 29.7% à plus de 50% aujourd’hui. Cet élément rappelle l’importance de l’évaluation prévue en mars par l’agence Moody’s de la note-crédit du pays, actuellement placée sous surveillance négative. Une révision à la baisse signifierait la perte pour l’Afrique du Sud de son statut d’investment grade – tant pour la dette domestique que libellée en devise – et l’exclusion du pays des indices obligataires, synonyme de sorties de capitaux résultant de ventes forcées par des fonds indiciels notamment. Dans cette optique, la présentation fin février du budget de 2018 s’avère cruciale pour l’évaluation et l’orientation future de la politique budgétaire du pays alors que l’objectif de déficit budgétaire pour 2017/18 a été revu à la hausse, passant de 3.1% du PIB à 4.3% sous l’effet d’une baisse des recettes budgétaires liée au moindre rythme de croissance du pays.

En termes de croissance réelle, les difficultés structurelles demeurent d’actualité, à l’image du recul de la productivité du pays au cours des dernières années. Représentant près de 60% de l’économie sud-africaine, la consommation privée demeure contrainte par la persistance d’un taux de chômage élevé, s’établissant à 27.7% et à plus de 50% chez les jeunes de 15-24 ans. L’endettement des ménages reste important, à 72.5% du revenu disponible, et maintient modérées les dynamiques de croissance du crédit aux particuliers. La faiblesse de la confiance des consommateurs est également visible auprès des entreprises, maintenant le cycle d’investissement des entreprises privées en territoire négatif. Le taux d’utilisation des capacités productives est inférieur à son niveau d’avant-crise, n’encourageant pas les entreprises à investir. L’évolution des exportations est liée en partie à la trajectoire de croissance en Chine – elle représente 10% des exports sud-africains, majoritairement des minerais et métaux – pour laquelle nous anticipons une décélération modérée en 2018. Le déficit des comptes courants, à 2.1% du PIB, devrait donc persister en 2018, posant la question du financement de celui-ci par des capitaux extérieurs et conférant une importance accrue à la décision de Moody’s en mars. Enfin, à la lumière du ton restrictif employé par le Trésor destiné à stabiliser le niveau de dette publique sous les 60%, il est peu probable que le levier budgétaire soit actionné de manière significative.

Implications

  • Le renouvellement politique est porteur d’espoir, surtout après les affaires de corruption, la détérioration des comptes publics et la dégradation de la note-crédit qui ont affecté le pays ces dernières années. Si les derniers chiffres des indicateurs manufacturiers avancés, en recul de 48.6 à 44.9, font état d’une détérioration de l’activité en décembre, la composante « expected business conditions » a bondi de 50 à 61.9 suggérant une amélioration du climat des affaires qui pourrait soutenir l’investissement des entreprises ces prochains mois.
  • L’appréciation du rand aurait également un effet positif à court terme en maintenant l’inflation dans la zone-cible de 3-6% suivie par la banque centrale, permettant à la South African Reserve Bank de maintenir ses taux directeurs inchangés à 6.75%, voire de les baisser ce premier trimestre.
  • A moyen terme, le pays reste toutefois sous la menace d’une dégradation de sa note-crédit d’autant que la marge de manœuvre de C. Ramaphosa au sein de l’ANC paraît réduite et que les obstacles structurels persistent. Pour ces raisons, nous anticipons qu’après la phase d’appréciation des dernières semaines le rand pourrait faire l’objet de pressions baissières dans les prochains mois.

François Léonet – Économiste, Marchés Émergents