Porte ouverte à une hausse des taux aux Etats-Unis

Regards et perspectives économiques - 30/08/2016

Une, voire deux, hausse de taux est attendue d’ici fin 2016. En Europe, le recours aux dépenses publiques et le soutien de la BCE plaident pour une accélération de la croissance.

 

Le discours de Janet Yellen du 26 août à la conférence annuelle des banquiers centraux de Jackson Hole était particulièrement attendu. Il faut dire que le communiqué et les minutes de la réunion de la Réserve Fédérale (Fed) américaine du 27 juillet avaient montré que les membres du comité de politique monétaire (FOMC) jugeaient que les risques à court terme pour l’économie américaine étaient moindres qu’au printemps. Notamment, ils étaient moins inquiets de l’évolution du marché du travail et se disaient rassurés par l’absence de tension financière sévère suite au référendum britannique. Bien plus, plusieurs discours récents – notamment celui de M. Dudley le 16 août – semblaient ouvrir la porte à une prochaine hausse de taux aux Etats-Unis.

Dans ce contexte, les investisseurs attendaient que Mme Yellen valide l’imminence d’un resserrement monétaire. Finalement, elle l’a fait, mais à moitié. En effet, elle a confirmé qu’une hausse de taux était possible en déclarant que, compte tenu des améliorations sur le marché de l’emploi et des perspectives pour l’activité et l’inflation, les arguments en faveur d’un resserrement monétaire s’étaient renforcés au cours des derniers mois. En revanche, elle n’a donné aucune indication quant au timing de cette hausse de taux, ce qui s’avère de nature accommodante. En conséquence, les investisseurs n’ont pas immédiatement réagi à sa communication. Ce sont les propos tenus par M. Fischer, vice-président de la Fed, quelques minutes après le discours de Mme Yellen qui ont apporté davantage de lumière quant aux perspectives de taux aux Etats-Unis. Pour lui, le discours de Mme Yellen est compatible avec une hausse de taux en septembre – voire deux hausses d’ici la fin de l’année – et ce seront les chiffres d’emploi du mois d’août, publiés ce vendredi, qui seront décisifs.

C’est donc M. Fischer plus que Mme Yellen qui a apporté une réponse claire aux investisseurs. Suite à ses déclarations, les anticipations d’une hausse de taux aux Etats-Unis se sont renforcées. Vendredi soir, la probabilité d’une hausse de taux à la réunion du 21 septembre était de 42.0% selon les contrats futures Fed funds contre 32.0% la veille et la probabilité d’une hausse en décembre était passée de 57.4% jeudi à 64.7% vendredi. En conséquence, le dollar s’est renforcé contre la plupart des devises : son taux de change effectif nominal (indice DXY) affichait, ainsi vendredi, une hausse hebdomadaire de 1.1%.

 

En zone euro, les dernières enquêtes PMI ont montré que l’activité s’était améliorée au mois d’août. L’indice composite a légèrement progressé – à 53.3 contre 53.2 en juillet – pour atteindre son plus haut niveau depuis 7 mois (cf. graphique). Le vote en faveur du Brexit n’a pas entamé le moral des directeurs d’achat interrogés mais ils restent inquiets de la faiblesse de la croissance mondiale. En effet, les nouvelles commandes ont significativement reculé au mois d’août dans le secteur manufacturier alors que la hausse récente du prix des matières premières commence à renchérir celui des intrants. Toutefois, la progression des dépenses publiques que nous continuons d’anticiper au deuxième semestre de l’année 2016 devrait permettre une accélération de la croissance de la zone euro. De plus, la faiblesse de l’inflation (0.2% pour juillet) donne les marges de manoeuvre nécessaires à la Banque Centrale Européenne pour compléter son programme d’achat de titres obligataires privés et publics, et continuer ainsi de soutenir l’activité économique.

Malgré les incertitudes politiques, la croissance de la zone euro pourrait donc encore surprendre favorablement durant les prochains trimestres.