La semaine des banques centrales

Regards et perspectives économiques - 27/09/2016

Les banques centrales ont rappelé leur inquiétude à propos de la croissance économique, ce qui n’a pas empêché les marchés boursiers de saluer le ton accommodant employé par celles-ci. La Bank of Japan crée un nouveau cadre monétaire destiné à raviver l’inflation locale. Cette orientation est susceptible d’être employée à terme par la Banque Centrale Européenne.

Les banques centrales ont une fois encore témoigné de leur inquiétude quant à la croissance
économique. La Fed a maintenu son taux directeur à 0.50% et la Banque du Japon a franchi un pas supplémentaire en proposant un nouveau cadre monétaire. Les marchés boursiers ont toutefois salué ces annonces de nature accommodante, l’indice S&P500 clôturant la semaine sur une hausse de 1.2% tandis que les marchés émergents – particulièrement sensibles aux conditions de liquidité – s’arrogeaient 3.6%. La courbe des rendements obligataires s’est aplatie et le dollar américain s’est affaibli. Vendredi soir, ce dernier affichait une baisse de 0.6% contre l’euro à 1.123$/€.

Comme nous l’anticipions, la Réserve Fédérale a maintenu son taux « Fed funds » inchangé à
0.50% tout en ouvrant un peu plus la porte à une hausse de taux qui devrait avoir lieu en décembre. Le communiqué publié à l’issue de la réunion indique notamment que les arguments en faveur d’un resserrement monétaire se sont renforcés, soit des propos similaires à ceux tenus par Mme Yellen lors de sa conférence de presse de Jackson Hole le 26 août dernier. En outre, les nouvelles prévisions des membres du comité de politique monétaire (FOMC) montrent qu’une majorité d’entre eux continue d’anticiper une hausse de taux d’ici la fin de l’année (cf. graphique de gauche).

 

Néanmoins, les membres du FOMC ont à nouveau revu à la baisse leurs anticipations du nombre de hausse de taux à venir et du taux « Fed fund » de long terme. Ils ne prévoient plus que deux hausses de taux en 2017 (contre trois précédemment) et jugent que le niveau de long terme du taux « Fed funds » s’établit à 2.875%, contre 3.00% auparavant. Ils sont en effet encore plus pessimistes sur la croissance américaine de long terme puisqu’ils considèrent qu’elle n’est plus que de 2.0% au lieu de 1.8%.

  • Nous continuons d’anticiper une hausse du taux « Fed funds » en décembre 2016. Tout en se déclarant data dependent, c’est-à-dire en indiquant que les statistiques économiques à venir seront clé pour sa décision, la Fed a confirmé dans son communiqué qu’elle avait l’intention de remonter son taux directeur d’ici la fin de l’année.
  • Au-delà de ce resserrement monétaire, elle devrait, selon nous, et comme projeté par les membres du FOMC, relever à deux reprises son taux « Fed funds » en 2017 pour l’amener 1.25%.
  • Le cycle de hausse de taux devrait être cependant encore plus graduel que prévu, ce qui devrait limiter les pressions haussières sur le dollar.

La Banque du Japon (BoJ) a maintenu son taux de dépôt à -0.1% et a indiqué qu’elle continuerait d’acheter « plus ou moins » 80 trillions de yen par an de titres. Mais elle a annoncé qu’elle instaurait désormais un objectif de « contrôle de la courbe des taux » et qu’elle veillerait à ce que le rendement souverain à 10 ans soit stabilisé au niveau de 0%. Elle vise ainsi à pentifier « artificiellement » la courbe souveraine japonaise pour améliorer la profitabilité du secteur financier. Cela veut dire que la BoJ entend poursuivre durablement sa politique d’assouplissement quantitatif et de taux de dépôt négatif tout en évitant que le taux à 10 ans ne devienne, lui aussi, négatif afin de limiter les dégâts collatéraux sur le secteur financier.

  • La BoJ a montré que les banques centrales peuvent aller toujours plus loin et qu’elles ne manquent pas d’outils pour influencer les rendements obligataires, quelle que soit leur maturité (cf. graphiques en page précédente et ci-dessous).
  • Elle a introduit un nouveau cadre de politique monétaire qui pourrait être appliqué un jour par la Banque Centrale Européenne si nécessaire.
  • Les taux négatifs sont amenés à durer. En indiquant qu’elle vise désormais à ce que l’inflation dépasse durablement le seuil de 2.0%, la BoJ a confirmé qu’elle entendait poursuivre, plus longtemps qu’anticipé, sa politique monétaire. Son « contrôle » de la courbe des taux devrait lui permettre de conserver un taux de dépôt négatif sans que cela n’affecte trop fortement les institutions financières.
  • Toutefois, si ces annonces ont été favorablement accueillies par les investisseurs, favorisant notamment un rebond des actions des sociétés financières, la défiance à l’égard de la BoJ pourrait ressurgir. Nous continuons en effet de douter de sa capacité à remonter les anticipations d’inflation avec une telle politique. Un regain d’inquiétude quant à l’efficacité de sa stratégie provoquerait une appréciation du yen contre le dollar et pèserait sur l’indice Nikkei.

 

La BCE ne manquera pas d’observer avec attention les conséquences financières de cette nouvelle donne monétaire (cf. billet du 22 septembre), et ce d’autant que l’économie de la zone euro reste poussive comme l’a montré le léger repli de l’indice composite PMI « flash » du mois de septembre. Il a reculé de 52.9 en août à 52.6 en septembre, son plus bas niveau depuis le début de l’année 2015 (cf. graphique de droite). La légère accélération de l’activité économique que nous continuons d’anticiper d’ici la fin d’année – grâce à l’accélération des crédits immobiliers et à la progression des dépenses publiques – risque d’être insuffisante pour que la BCE atteigne sa cible d’inflation.