L'Hebdo des économistes: La BNS surprend, les perspectives s’améliorent aux US et en zone euro

Regards et perspectives économiques - 03/11/2016

Pour Sophie Casanova, Économiste au sein de de notre équipe Recherche économique, le taux de la BNS restera inchangé à -0.75% fin 2017. Pour la zone euro, les perspectives d’activité se sont améliorées tandis que la croissance du crédit stagne. Quant au PIB américain, il rebondit et conforte notre vue d’une hausse des taux en décembre 2016.

Thomas Jordan, président de la Banque Nationale Suisse (BNS), a surpris les investisseurs en indiquant que la BNS pourrait à nouveau abaisser son taux directeur. Tout en mettant en avant l’efficacité de la politique de taux négatif qui, menée conjointement aux interventions sur le marché des changes, a permis d’empêcher une forte appréciation du franc suisse, il a déclaré que la limite inférieure pour le taux d’intérêt n’était pas atteinte. Ainsi, malgré l’amélioration du commerce extérieur suisse – l’excédent commercial de septembre s’affiche à CHF 4.37 milliards, le plus haut niveau observé sur cette statistique qui remonte à 1987 – T. Jordan a confirmé que la BNS n’hésiterait pas à baisser son taux directeur pour empêcher la hausse du franc.

Si ces propos ne doivent pas être sous-estimés, nous jugeons qu’il s’agit d’une tentative verbale d’interrompre le mouvement d’appréciation récent du franc suisse contre l’euro et non d’un changement de perspective pour la politique monétaire (cf. graphique de gauche).

Nous maintenons notre prévision d’un taux directeur inchangé à -0.75% fin 2017. La BNS devrait privilégier une poursuite des interventions sur le marché des changes (cf. graphique de droite). L’indication faite par le vice-président de la BNS le 25 octobre selon laquelle il n’y avait pas de limite à la croissance du bilan de la banque centrale nous conforte dans cette prévision. En conséquence, le cours EUR/CHF devrait rester stable à 1.08 en 2017.

En zone euro, les perspectives d’activité se sont améliorées au mois d’octobre tant dans le secteur des services que dans le secteur manufacturier. Le PMI composite est ainsi passé de 52.6 en septembre à 53.7 en octobre. Si cette hausse vient principalement de l’Allemagne, ces enquêtes menées auprès des directeurs d’achat montrent que les prix de vente ont cru à un rythme jamais observé depuis 5 ans. De plus, les sous-indices les plus avancés, tels les nouvelles commandes et l’indice de l’emploi suggèrent que cette dynamique positive pourrait se poursuivre en novembre.
Néanmoins, nous ne nous attendons pas à une accélération de la croissance économique à plus long terme. En effet, la croissance du crédit continue de stagner : la croissance du crédit aux entreprises nonfinancières demeure ainsi à 1.9% en septembre pour le troisième mois d’affilée alors que celle du crédit aux ménages se maintient au même rythme pour le quatrième mois d’affilée, à 1.8% (cf. graphique de gauche, page suivante). Ceci nous conforte dans nos prévisions de maintien de l’assouplissement monétaire de la part de la BCE au-delà de mars 2017.

Aux Etats-Unis, la première estimation du Produit Intérieur Brut (PIB) du troisième trimestre conforte notre scénario, partagé avec 72.0% du marché, d’une hausse de taux Fed Funds en décembre. Le rythme de croissance a vigoureusement accéléré à 2.9%, en termes annualisés. La balance commerciale a particulièrement bien contribué à la croissance grâce notamment aux exportations massives de soja vers l’Amérique du Sud où les récoltes ont souffert d’une dure sécheresse. Enfin, après 5 trimestres de déstockage, les entreprises ont recréé des stocks afin de mieux répondre aux nouvelles commandes qui ont augmenté récemment (cf. graphique de droite).