L’économie mondiale a aussi besoin de gains de productivité

Perspectives économiques - 19/12/2016

La productivité doit progresser pour soutenir la croissance mondiale en 2017 et en 2018. Telle est l’une des conclusions de la seconde édition des « Prévisions Macro-Eco » que publie ce jour le groupe Edmond de Rothschild. Cette publication semestrielle dirigée par la Group Chief Economist Mathilde Lemoine analyse les dynamiques macro-économiques et présente ses perspectives pour 2017-18.

L’enjeu de 2017 : Croissance et inflation à un rythme durablement plus dynamique

Une accélération de la croissance mondiale est attendue en 2017-18, avec une hausse de la liquidité, un pétrole plus cher, et le retour des politiques budgétaires. L’élection de Donald Trump à la présidence américaine devrait se traduire par une augmentation durable de l’inflation et des rendements souverains. L’incertitude  géopolitique et les échéances électorales pourraient toutefois limiter l’effet d’entraînement des politiques budgétaires sur l’investissement privé.

Les Etats-Unis, la zone euro et l’Asie développent leurs propres ressorts internes

Aux Etats-Unis, les baisses d’impôts et les dépenses publiques promises par D. Trump devraient se traduire par une croissance plus soutenue (+2% en 2017, +2,3% en 2018) et un regain de l’inflation. Toutefois, tant que ces mesures n’auront pas été mises en œuvre, le renforcement du dollar et la remontée des rendements souverains pourraient peser sur la croissance américaine au premier semestre 2017. Malgré les déclarations protectionnistes de D. Trump, il est peu probable que l’ensemble de ces mesures soient mises en œuvre. Le modèle de prévision de l’étude tient compte des mesures de rétorsion dont disposent certains des partenaires commerciaux des Etats-Unis, à l’instar de la Chine.
En zone euro, la croissance attendue pour 2017 est de 1.6%, soit équivalente à celle de 2016. L’expansionnisme budgétaire ne devrait pas être suffisant pour compenser les effets négatifs de l’incertitude électorale sur l’investissement privé et la hausse du prix du pétrole devrait peser sur la consommation des ménages. La Banque centrale européenne va continuer de soutenir le marché immobilier et la demande intérieure. Par ailleurs, le Brexit devrait rester un problème avant tout limité au Royaume-Uni, où une croissance atone est attendue en 2017.
Dans les marchés émergents, une croissance soutenue est prévue (4.7% en 2017 et 4.5% en 2018). Ces économies devraient notamment bénéficier de l’augmentation des prix des matières premières. La croissance de ces marchés restera toutefois contrainte par des gains de productivité trop faibles.

Pour soutenir la croissance, l’inflation doit être accompagnée par des gains de productivité

Les récents développements aux Etats-Unis ont accrédité la thèse de la fin des pressions déflationnistes et des taux bas. Au niveau mondial, les banques centrales ont montré qu’elles étaient à la manœuvre et prêtes d’aller toujours plus loin.  En 2016, au-delà de leurs interventions directes, elles ont également augmenté leur bilan, ce qui s’est traduit par une croissance de la liquidité mondiale de 21% au premier semestre 2016. En complément de ces mesures monétaires, les gouvernements du G20 ont pris l’engagement de mener des politiques budgétaires pour relancer leur croissance. Enfin, l’accord de l’OPEP du 30 novembre devrait se traduire par une augmentation du prix du pétrole. Ces facteurs devraient alimenter l’inflation à court et à long terme.
Si l’inflation peut être le signe de la bonne santé des marchés, une progression de la productivité est toutefois nécessaire pour éviter qu’elle rogne le pouvoir d’achat et pour limiter les effets négatifs du vieillissement sur la croissance potentielle. Une telle progression paraît actuellement plus probable aux Etats-Unis qu’en zone euro ou les échéances électorales devraient freiner les velléités de mise en œuvre des réformes structurelles. A défaut, sans croissance de la productivité, l’augmentation des prix risquerait de se traduire par une baisse du pouvoir d’achat des ménages, une augmentation du coût de production des entreprises, et par conséquent par une croissance plus faible.

 


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