La Banque d’Angleterre en mode «wishful thinking»

L'hebdo des économistes - 16/05/2017

La BoE n’a pas modifié sa politique monétaire. Dans son rapport d’inflation, elle a révisé à la hausse ses prévisions de croissance et à la baisse celles d’inflation pour 2018 et 2019. Ce scénario, que nous considérons comme optimiste car la consommation a déjà significativement ralenti, s’appuie sur l’anticipation par la BoE d’un rebond de l’investissement. Selon nos prévisions, la croissance devrait continuer de ralentir ce qui pourrait affaiblir davantage la livre sterling.

A l’issue de sa réunion de politique monétaire du 11 mai, la Banque d’Angleterre (Bank of England – BoE) a maintenu sa politique monétaire inchangée comme nous l’anticipions : son taux directeur demeure à 0.25% et le stock d’obligations à l’actif de la banque centrale est conservé à GBP 435 milliards d’obligations souveraines et GBP 10 milliards d’obligations d’entreprises.

Dans son rapport d’inflation, qui présente ses nouvelles prévisions, la BoE s’est montrée légèrement plus confiante quant aux perspectives d’évolution de la croissance et des prix en réévaluant à la hausse ses prévisions de croissance pour 2018 et 2019 et à la baisse celles d’inflation pour ces deux années. En outre, elle a indiqué que si le processus du Brexit était sans heurts, elle pourrait procéder à un resserrement monétaire plus tôt que ce que n’anticipent actuellement les marchés, c’est-à-dire fin 2019.

 
 

 

Si une légère révision à la baisse de sa prévision d’inflation était prévisible suite à la remontée de 2.5% du taux de change effectif nominal de la livre sterling depuis l’annonce, en avril dernier, de la tenue d’élections législatives anticipées, le rehaussement de sa prévision de croissance par la BoE s’avère plus surprenant.

En effet, les statistiques les plus récentes relatives au Royaume-Uni ont montré une détérioration significative de l’activité. Le PIB n’a cru que de 0.3% au premier trimestre après 0.7% au quatrième trimestre 2016. Ce ralentissement a été dû notamment à une contraction de l’activité dans le secteur des services et en particulier dans le secteur du commerce de détail et de l’hôtellerie (-0.5% au T1 après 2.0% au T4 2016) ce qui indique un affaiblissement de la consommation.

Le moindre dynamisme de la consommation, qui représente 66% du PIB, a par ailleurs été confirmé par les statistiques de ventes au détail réelles qui ont baissé de -1.8% en mars ou bien encore par les nouvelles immatriculations dont le glissement annuel a reculé de 20% en avril.

 Cet affaiblissement de la consommation, qui est conforme à notre scénario, résulte de la perte de pouvoir d’achat des ménages provoquée par la remontée de l’inflation. En février le salaire réel, c’est-à-dire hors inflation, s’établissait à -0.1%.

Dans son rapport d’inflation, la BoE a bien pris acte de cette évolution de la consommation et souligne que le ralentissement du marché de l’immobilier et un resserrement des conditions d’octroi du crédit à la consommation ont également pesé. Mais pour la banque centrale britannique, la faiblesse de la consommation, qui devrait perdurer dans les prochains trimestres, devrait être plus que compensée par un rebond de l’investissement.

 
 

 

 

 
 

 

 

La BoE anticipe notamment que la robustesse de la demande mondiale et la baisse passée de la livre sterling permettront un accroissement des investissements des exportateurs britanniques. Cela l’a amenée à réviser à la hausse sa prévision d’investissement de -0.25% à 1.75% pour 2017 et de 2.00% à 3.25% pour 2018. Elle anticipe une croissance de l’investissement de 3.00% en 2019.

Ainsi, la Banque d’Angleterre, qui reconnait dans ses minutes que son plus grand défi continue d’être celui « d’évaluer les implications économiques de la sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne », fait le pari d’un net renforcement de l’investissement en 2017 et 2018, c’est-à-dire dans un contexte où les modalités de cette sortie ne seront pas encore connues.

Analyse et implications :

  • Une fois de plus, la BoE semble vouloir se montrer rassurante en publiant des prévisions optimistes quant aux perspectives d’activité et de prix au Royaume-Uni.
  • Nous ne partageons pas le point de vue de la BoE selon lequel l’investissement au Royaume-Uni devrait rebondir. Bien au contraire, l’affaiblissement de la consommation et l’incertitude liée aux modalités de sortie du Royaume-Uni de l’UE devraient continuer de peser sur les décisions d’investir.
  • De fait nous continuons d’anticiper un ralentissement significatif de l’activité au Royaume-Uni en 2017 et 2018 alors que l’inflation continuera d’augmenter.
  • Nous maintenons notre prévision selon laquelle face à la stagflation la Banque d’Angleterre maintiendra sa politique monétaire inchangée en 2017 et 2018.
  • Les déceptions relatives à l’activité devraient peser sur la livre sterling dans les prochains mois. Nous continuons d’anticiper un affaiblissement de la devise britannique à USD 1.20 fin 2017.