Inflation contenue et ventes au détail américaines décevantes, statu quo de la BNS, renforcement de la supervision financière en Chine

L'hebdo des économistes - 20/03/2018

En bref
  • Aux Etats-Unis, la progression modérée de l’inflation et la faiblesse des ventes au détail en février pourraient contribuer à stabiliser les anticipations d’inflation
  • La BNS a maintenu son taux directeur à -0.75%. En outre, elle a révisé à la baisse ses prévisions d’inflation ce qui conforte notre scénario d’une poursuite de sa politique accommodante en 2018
  • En Chine, une nouvelle entité de régulation sera chargée de superviser les activités bancaires et des assurances tandis que la People’s Bank of China se verra dotée de nouveaux pouvoirs législatifs

Etats-Unis – l’inflation sous-jacente reste stable à 1.8% et les ventes au détail continuent de décevoir

Les chiffres d’inflation du mois de février ont confirmé que les pressions inflationnistes demeurent contenues aux Etats -Unis. Sur un mois, l’indice CPI global et l’indice CPI qui exclut les prix alimentaires et pétrolier ont tous deux progressé de 0.2%. L’inflation sous-jacente est ainsi restée stable à 1.8% et l’inflation globale a accéléré de manière modérée, passant de 2.1% en janvier à 2.2% en février (cf. graphique de droite). Dans les services, les grandes sous-composantes, telles que le logement, les soins médicaux ou encore les services de transport, sont restées stables en février. Seuls les prix de certains biens, comme l’habillement ou les voitures d’occasion, ont vu leurs prix augmenter en février.

Alors que la confiance des consommateurs continue de grimper au-delà des niveaux d’avant-crise - l’indice de l’université de Michigan a atteint 102 en mars, un plus haut en 14 ans -, les ventes au détail ont continué de décevoir en février. En prix courants, elles ont baissé de 0.1% sur un mois alors que les ventes sous-jacentes (hors alimentaire, automobile, matériaux de construction et stations essence) ont augmenté de 0.1% contre 0.4% attendu par le consensus. En glissement annuel, la croissance des ventes au détail globales est restée stable à 4%, contre 5.4% en moyenne au dernier trimestre 2017. Les ventes sous-jacentes sont quant à elles passées de 3.8% de croissance en janvier à 4.2% en février, mais restent également inférieures à leur moyenne du T4 2017 qui se situait à 4.8%. Les ventes de mobilier de maison, de produits de santé ou encore d’essence ont notamment baissé en glissement annuel en février. Il convient ainsi de rappeler que malgré une confiance élevée, la croissance des salaires réels reste très faible : au mois de février elle a crû de 0.4% seulement en glissement annuel, en ligne avec la croissance moyenne observée en 2017, également à 0.4%. De plus, la hausse du taux d’épargne, passé de 2.5% du revenu disponible en décembre à 3.2% en janvier, a également pesé sur la dynamique de consommation en ce début d’année 2018.

La progression modérée de l’inflation et la faiblesse de la consommation devraient, selon notre scénario, permettre à la Fed de poursuivre son resserrement monétaire à un rythme graduel. Nous conservons notre prévision selon laquelle la Fed remonterait de 25 bps à trois reprises son taux Fed Funds en 2018, pour l’amener de 1.50% à 1.75% le 21 mars prochain et à 2.25% d’ici la fin de l’année.

Suisse – la BNS maintient sa politique monétaire et révise à la baisse ses prévisions d’inflation

A l’issue de sa réunion de politique monétaire du 15 mars, la Banque Nationale Suisse (BNS) a maintenu son taux appliqué sur les avoirs à vue à -0.75% et a réaffirmé qu’elle continuerait d’intervenir sur le marché des changes si nécessaire.

Dans son communiqué, la BNS a opté pour une tonalité dovish. Elle a souligné que depuis sa réunion du mois de décembre, le franc s’est légèrement apprécié contre son panier de devises en conséquence, notamment, de l’affaiblissement du dollar. En outre, elle a réaffirmé que le niveau du franc demeurait élevé.

De fait, même si elle continue d’être confiante au regard des perspectives d’activité – elle a conservé sa prévision de croissance du PIB à « environ 2% » pour 2018 - la BNS a révisé à la baisse ses prévisions d’inflation pour 2018 et 2019 en conséquence de l’appréciation récente du franc. Ainsi, elle anticipe que l’inflation s’établirait en moyenne à 0.6% en 2018, 0.9% en 2019 (précédemment sa prévision était de 0.7% et 1.1% respectivement). En outre, la BNS a également révisé à la baisse ses prévisions d’inflation pour les trois premiers trimestres de l’année 2020 et elle continue d’estimer que celle-ci devrait rester en dessous de sa cible de 2.0% jusqu’à la fin du premier semestre 2020.

Analyse et implications :

  • Comme nous l’anticipions, la BNS a opté pour le statu quo monétaire. En outre, la révision à la baisse de ses prévisions d’inflation conforte notre scénario selon lequel la BNS ne devrait pas précipiter une sort ie de sa politique monétaire accommodante.
  • Nous continuons de prévoir, en effet, que la banque centrale suisse pourrait veiller à ce que sa politique monétaire ne diverge pas fortement de celle de la Banque Centrale Européenne (BCE) afin de conserver stable le cours du franc contre euro. De fait, alors que nous prévoyons que la BCE devrait maintenir ses taux directeurs à leurs niveaux actuels en 2018, nous anticipons également que la BNS conserverait son taux d’intérêt sur les avoirs à vue à -0.75% tout au long de l’année.

Chine – suite du congrès national du peuple et renforcement de la supervision financière

Lors du National People’s Congress, le gouvernement chinois a annoncé ce 13 mars la fusion des autorités de régulation du secteur bancaire et des assurances, respectivement la China Banking Regulatory Commission (CBRC) et la China Insurance Regulatory Commission (CIRC). La nouvelle entité de régulation ainsi créée rapportera directement au State Council et aura pour mission de renforcer la supervision financière tout en empêchant la formation de risques financiers systémiques dans ces deux secteurs. Cette évolution trouve sa logique dans la nécessité pour la Chine d’assurer une coordination et une centralisation accrues entre ses instances règlementaires dans un contexte d’intégration grandissante et de plus grande complexité de son système financier. Les turbulences financières de l’été 2015 avaient déjà mis en lumière ce besoin de coordination. Cette fusion devrait réduire les inefficiences et les lacunes réglementaires résultant des responsabilités parf ois mal définies entre plusieurs agences de régulation, ce qui avait permis à certaines institutions financières de recourir à des arbitrages réglementaires, synonyme d’accroissement des risques financiers.

En lien avec cette fusion et en plus de déterminer la politique monétaire du pays, la People’s Bank of China (PBoC) se voit dotée de nouveaux pouvoirs législatifs. Elle pourra désormais élaborer des lois et des règlements préalablement dévolus à la CBRC et à la CIRC dans une perspective de surveillance prudentielle du secteur financier. Ce renforcement des pouvoirs de la PBoC rappelle l’adoption en 2016 d’un cadre d’évaluation macro-prudentielle destiné à évaluer les risques du système financier et analyser la robustesse des institutions financières, en termes de besoin en capital ou de liquidité notamment. Ce cadre pourrait d’ailleurs être élargi pour intégrer dans son analyse d’autres sources de financement informel ou le financement immobilier.

Ces développements s’inscrivent en ligne avec l’objectif initié en 2017 par Pékin d’une meilleure gestion des risques financiers et d’une maîtrise du degré d’endettement en Chine, plus particulièrement dans le segment du crédit informel (shadow banking). Ainsi, après le point haut de CNY 2'900 milliards atteint en janvier 2018 par l’encours nouvellement créé de crédit bancaire, celui-ci s’est normalisé en février à CNY 840 milliards. La croissance annuelle du crédit bancaire s’établit à 12.8% en février et revient donc en ligne avec le rythme enregistré lors du dernier trimestre de 2017. Le crédit informel nouvellement émis a poursuivi sa modération en février. Conséquence de ce ton réglementaire plus strict, les wealth management products – produits au profil de risque élevé et liés au crédit informel – n’ont en 2017 crû que de 1.7% par comparaison à une croissance de près de 50% en 2014 et en 2015.

Par ailleurs, le Congrès a approuvé la nomination de Xi Jinping au poste de Président du pays et de Wang Qishan – anciennement responsable de la Commission disciplinaire et connu pour son rôle-clef joué dans la vaste campagne anti- corruption menée en Chine – au poste de vice-président. Enfin, le nouveau gouverneur de la banque centrale est Yi Gang, nommé en remplacement de Zhou suite à son départ à la retraite.