« Le Brexit change la donne pour les hedge funds »

Banque privée - 19/07/2016

Suite à notre dernier Comité d'Investissement, le nouveau «STRATEGIE D’INVESTISSEMENT» vient d'être publié. Outre les pages consacrées aux différentes classes d’actif et à notre scénario d’investissement, cette édition juillet-août s’enrichit d’une interview de Roland Eberhard, Head of Alternative Multi-Management.

Le Brexit va-t-il avoir un impact sur les hedge funds ?

Le Brexit change la donne selon nous. Jusqu’à récemment, les actifs risqués étaient chers et les valorisations ne se justifiaient que dans un environnement parfait. Cela ne pouvait pas durer. C’est finalement le référendum britannique qui aura servi de catalyseur. Les marchés financiers internationaux devraient rester perturbés pendant que se déroule la négociation du long et complexe processus de séparation politique et économique de l’UE. La seule chose certaine est l’incertitude. La volatilité de marché va rester élevée, l’Europe se préparant à une contagion du désir d’abandonner l’UE.

La recrudescence de la volatilité devrait favoriser les stratégies neutres au marché. Nous prévoyons un intérêt accru pour les stratégies macro et les CTA, notamment les stratégies anticipant une forte volatilité. Les perturbations des marchés devraient créer des opportunités d’alpha, notamment sur les marchés de taux et les marchés des changes.

Les hedge funds étaient-ils prêts pour le Brexit ?

Le vote en faveur du Brexit a surpris, mais les gérants de hedge funds étaient prêts à une telle éventualité. À notre connaissance, aucun risque opérationnel ou de contrepartie ne s’est matérialisé. Sur les marchés obligataires, les craintes en matière de liquidité ne se sont pas matérialisées non plus.

Pouvez-vous citer quelques transactions gagnantes ?

De nombreux gestionnaires neutres au marché avaient pris des couvertures du risque extrême, qui ont porté leurs fruits après le référendum. Les gestionnaires de stratégies macro discrétionnaires et les CTA systématiques ont bénéficié de leurs positions longues en emprunts d’État et sur l’or. Les expositions courtes à la GBP et à la volatilité globale des marchés des changes ont également contribué de manière très positive.

L’environnement réglementaire s’est durci. Quel en a été l’impact sur les hedge funds ?

Les transactions développées en interne par les grandes banques faisaient directement concurrence aux hedge funds. Le renforcement de la réglementation depuis la crise financière s’est traduit par une importante réduction des activités de trading des banques d’investissement.

Prenons l’exemple de l’arbitrage sur fusions. Les hedge funds peuvent de nouveau exploiter les spreads intéressants liés aux projets de fusions, comme ils avaient pu le faire il y a vingt ans. Et ceci n’est qu’un exemple des stratégies d’arbitrage qui se présentent à nouveau aujourd’hui.

Hedge Fund Research a publié des statistiques montrant que les hedge funds qui ont abandonné le marché ces deux derniers trimestres sont plus nombreux que ceux nouvellement créés pendant cette même période. Que pensez-vous de cette évolution ?

Effectivement, HFR signale 291 fermetures de hedge funds au 1T2016 contre 206 créations seulement. Les hedge funds continuent d’opérer dans un environnement de forte concurrence. Cela dit, nous avons constaté une augmentation des lancements de hedge funds en parallèle à l’arrêt des activités de trading développées en interne des banques d’investissement.

Comment voyez-vous le marché évoluer ?

La politique monétaire statique des sept dernières années a conditionné les investisseurs à ne pas réagir aux événements. Attention, toutefois : les acheteurs aveugles pourraient bien se transformer en vendeurs aveugles ! Les investisseurs ne peuvent plus compter sur les banques centrales et les gouvernements pour soutenir les prix des actifs. Ils pourraient abandonner en masse les ETF axés sur la recherche de bêta.

Les investissements passifs ont la cote lorsque les marchés grimpent. Les investisseurs se sont rendu compte que le cycle de hausse des actifs risqués a pris fin et la gestion active retrouve tout son attrait.

Retrouvez le dernier «STRATEGIE D’INVESTISSEMENT»