Les marchés émergents sont-ils un nouvel eldorado pour le private equity?

Private Equity - 22/02/2016

Le potentiel est bien réel malgré la grande hétérogénéité régionale et sectorielle. Il incite à approcher les opportunités avec discipline et une connaissance approfondie du terrain.

Le private equity est une classe d'actifs qui vise à créer de la valeur à long terme. L'identification de relais de croissance est au cœur de son approche. Souvent perçus comme risqués, certains marchés émergents offrent cependant des opportunités réelles. Celles-ci n'ont pas échappé aux acteurs du private equity. De nombreux acteurs internationaux ont créé des fonds dédiés à l'Afrique sub saharienne. Le groupe Edmond de Rothschild a lui aussi démontré sa capacité à investir des capitaux dédiés aux régions émergentes. Les motivations invoquées? La diversification et le rendement économique; parfois aussi l'impact environnemental et social. Les conditions macro-économiques et politiques de beaucoup de marchés émergents se sont en effet sensiblement améliorées. Croissance économique soutenue, inflation et chômage en baisse, des conflits violents moins nombreux, renforcement de l'état de droit et corruption diminuée sont autant de facteurs qui améliorent la visibilité des investisseurs.

Ces marchés bénéficient en outre d'atouts non négligeables, à commencer par la démographie. L'âge médian dans beaucoup de marchés émergents est inférieur à 30 ans. Une population jeune et nombreuse constitue un moteur de consommation et un vivier pour le marché du travail. L'urbanisation et l'émergence d'une classe moyenne permettent à certains pays de basculer d'un modèle exportateur de matières premières vers une économie tirée par la consommation intérieure. L'Afrique est ainsi l'une des seules régions au monde à connaître une croissance économique naturelle et ainsi permettre aux investisseurs d'en bénéficier sans recourir à des mécanismes à effet de levier.

Les marchés émergents s'ouvrent de plus en plus. Entre eux tout d'abord, grâce à la conclusion d'accords de libre-échange régionaux. Depuis 2013, 92% des marchandises échangées au sein de L'Alliance Pacifique, qui regroupe le Chili, le Mexique, le Pérou et la Colombie, le sont libres de droits. En cherchant à attirer les investissements étrangers ensuite. En Colombie, l'association nationale de Private Equity ColCapital et le fonds soutenu par le gouvernement Bancoldex Capital ont oeuvré pour la mise en place de conditions cadres propices au private equity.

Force est de constater une réelle demande locale pour ce type d'investissement. Beaucoup d'entreprises familiales cherchent des appuis pour mettre en place des modes de gouvernance plus efficients. Il persiste beaucoup de marchés fragmentés appelés à la consolidation. Dans la zone andéenne, la dévaluation des devises contraint des entreprises endettées en monnaie étrangère à chercher de nouvelles sources de liquidité pour refinancer leurs dettes et renforcer leurs bilans. Les PME n'ont souvent pas accès aux prêts bancaires, réservés aux grands acteurs. Il n'est donc guère étonnant que dans un pays comme la Colombie le nombre de fonds de private equity ait crû de 2 en 2005 à 38 en 2014.

Malgré ce développement récent, nous observons un déséquilibre entre l'offre et la demande de capitaux. A ce jour, les acteurs du private equity semblent encore préférer les dossiers de taille importante. Une forte demande de capitaux non satisfaite persiste chez les petites et moyennes structures. Conséquence: des niveaux de valorisation bas du fait d'une concurrence intense. Des opportunités très intéressantes existent. Malgré ce tableau attractif, les marchés émergents recouvrent des situations très hétérogènes. A elle seule, l'Afrique recense 54 pays avec des disparités significatives. Pour savoir où investir, il faut donc procéder avec méthode. L'analyse du couple PIB par habitant/diversification de l'économie constitue selon nous une bonne clé de lecture. Elle nous a permis d'écarter les pays trop dépendants des matières premières ou avec une répartition des richesses excessivement inégalitaire, éléments qui ne prêtent pas à la confiance en une croissance durable.

Grâce à cette analyse, nous avons identifié des marchés diversifiés avec des classes moyennes solides. Dans ces pays, nous percevons un fort potentiel de croissance des secteurs liés aux biens de consommation, aux télécommunications, ou encore aux services bancaires. A noter le cercle vertueux qu'entraîne une meilleure bancarisation des économies: elle facilite l'inclusion de ceux qui travaillent dans des secteurs informels. Au final, des pays comme la Colombie, le Pérou, la Côte d'Ivoire, l'Ile Maurice ou encore le Kenya nous apparaissent comme des marchés prometteurs.

Dans ces marchés, il existe de véritables pépites; des entreprises dont le succès dure parfois depuis plusieurs générations. Parmi elles, nombreuses sont celles qui ont aujourd'hui besoin des capitaux, des conseils, des réseaux et des opportunités d'affaires que peuvent apporter les fonds de private equity. Ces entreprises sont toutefois souvent peu visibles pour les investisseurs étrangers. Pour saisir ces opportunités, nous leur conseillons donc de privilégier les investissements en partenariat avec des équipes expérimentées et des relais locaux.

Un réel potentiel de croissance à long terme existe dans beaucoup de marchés émergents du fait de leurs fondamentaux économiques et démographiques. Des investissements avisés dans ces régions et avec des partenaires de qualité peuvent générer des rendements très attractifs. Il existe selon nous un écart sensible entre le risque perçu et la réalité.

Avec une méthode et des partenaires adéquats, nous estimons qu'investir dans les marchés émergents peut s'avérer bien moins risqué que certains placements traditionnels dans les marchés.