La normalisation monétaire inquiète en zone euro ; le risque politique fragilise le Brésil

L'hebdo des économistes - 04/07/2017

En bref
  • La normalisation monétaire inquiète en zone euro - le risque politique fragilise le Brésil
  • Focus Suisse : l’épargne va continuer de limiter la croissance de la consommation

Analyses de Matthias van den Heuvel, Economiste, Sophie Casanova, économiste banques centrales et François Léonet, économiste Marchés Emergents au sein de la Recherche Economique d’Edmond de Rothschild.

La normalisation monétaire inquiète en zone euro

  • Les propos de M. Draghi ont été jugés hawkish et ont induit une hausse des rendements et de l’euro. Mais la faiblesse de l’inflation nous conforte dans notre scénario d’une BCE toujours accommodante

Les statistiques économiques publiées cette semaine en zone euro ont pleinement confirmé la reprise de l’activité ainsi que l’absence de pressions inflationnistes.

Les statistiques monétaires ont ainsi montré une nouvelle accélération du crédit bancaire aux ménages en mai avec une progression de son glissement annuel de 2.4% à 2.6%. Le crédit aux entreprises a vu, lui, son glissement annuel stable à 2.4%.

Du côté de l’évolution des prix, l’inflation totale a continué de décélérer en juin, s’affichant à 1.3% après 1.4% en mai. L’inflation sous-jacente s’est marginalement renforcée, passant de 0.9% à 1.1% en juin en conséquence notamment de la hausse des prix des services qui est passée de 1.3% en mai à 1.6% en glissement annuel. Les pressions inflationnistes demeurent toutefois contenues : au cours du premier semestre 2017, l’inflation sous-jacente s’est établie en moyenne à 1.0% après 0.9% en 2016.

Ces statistiques n’ont pas empêché un brusque renforcement des anticipations d’un resserrement monétaire prochain en zone euro. Celles-ci ont été alimentées par les propos de M. Draghi lors de son discours introductif au forum annuel de la BCE à Sintra le 27 juin.

Le président de la BCE a déclaré que la banque centrale pourrait ajuster les paramètres de sa politique monétaire à mesure que la reprise se poursuivra. Même s’il a précisé que l’objectif ne serait pas de resserrer les conditions monétaires et a ajouté que ces ajustements de la politique monétaire devraient être opérés avec une extrême prudence, ses propos ont été jugés comme hawkish et visant à annoncer un premier pas de la BCE vers la normalisation monétaire. [...]

Le risque politique fragilise le Brésil

  • L'incertitude politique au Brésil s’accroît comme nous l'avions anticipé. Nous maintenons donc notre prévision d'accélération très modeste de la croissance en 2017

Au Brésil, le procureur général R. Janot a déposé ce 26 juin auprès de la Cour suprême une demande formelle de mise en accusation pour corruption passive à l’encontre du président M. Temer. L’affaire fera maintenant l’objet d’une analyse pour avis consultatif par la commission juridique de la Chambre des députés avant d’être soumise au vote des députés eux-mêmes, vraisemblablement à la mi-août.

M. Temer serait inculpé et les poursuites judiciaires portées devant les juges de la Cour suprême si deux-tiers des députés, soit 342 sur un total de 513, votaient en faveur de l’accusation. Une fois celle-ci validée à la majorité par la Cour suprême, M. Temer serait écarté du pouvoir pour une durée de 180 jours et remplacé par le président de la Chambre des députés, R. Maia. S’il venait à être reconnu coupable, M. Temer serait définitivement écarté du pouvoir et des élections indirectes seraient tenues au Congrès endéans les 30 jours.

L’incertitude politique brésilienne devrait donc perdurer ces prochains mois d’autant que d’autres mises en accusation pourraient être portées à l’encontre de M. Temer, pour entrave à la justice et association de malfaiteurs. Aussi, la faiblesse historique de la popularité de ce dernier et la tenue d’élections générales en octobre 2018 sont de nature à favoriser les calculs politiques, signifiant qu’en dépit d’une configuration de la Chambre des députés qui lui semble favorable, le risque d’un écartement de M. Temer est bien réel. [...]


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L’épargne va continuer de limiter la croissance de la consommation

  • La croissance suisse a légèrement accéléré au premier trimestre 2017 à 0.3%, après 0% et 0.2% en fin d’année 2016…

  • ... grâce à une forte progression des exportations et de l’investissement des entreprises

  • Le ralentissement sur le marché immobilier et le taux élevé d’épargne des ménages devraient toutefois continuer de peser sur la croissance que nous anticipons à 1.4% pour 2017


La reprise de l’économie suisse s’est poursuivie à un rythme moins dynamique qu’escompté au premier trimestre 2017. La croissance trimestrielle du PIB a tout de même accéléré par rapport aux deux trimestres précédents pour atteindre 0.3%. Cette accélération est à mettre sur le compte d’une forte hausse des exportations (3.7% par rapport au quatrième trimestre 2016) et de l’investissement en biens d’équipement (1.7%) alors que la croissance de la consommation privée et de la consommation publique ont toutes deux ralenti. D’un point de vue sectoriel, l’industrie manufacturière et celle de la santé ont connu une nette progression (contribution de 0.4% et 0.1% respectivement) tandis que la branche des services a pesé sur le résultat global. D’après les derniers indicateurs avancés KOF et PMI/Crédit Suisse – qui se sont tous deux établis nettement au-dessus de leur moyenne de long terme en juin – la croissance du PIB devrait se consolider au deuxième trimestre, ce qui conforte notre prévision de croissance de 0.5% en glissement trimestriel.

Toutefois, certains éléments plus structurels continuent de peser sur la croissance économique suisse. D’une part, le ralentissement du marché immobilier freine l’investissement résidentiel et, d’autre part, le taux d’épargne des ménages devrait rester élevé ces prochaines années et continuer de limiter la croissance de la consommation privée. Conformément à nos prévisions, le ralentissement du marché immobilier initié en 2012 se poursuit, ce qui pèse sur la croissance économique.

En effet, l’investissement dans la construction n’a crû que de 0.3% sur un an au premier trimestre 2017, contre une moyenne de 3% sur la période 2009-2014. Freiné par les mesures macro prudentielles mises en place par les autorités fédérales dès 2012, le crédit hypothécaire continue lui aussi de ralentir. Il n’a crû que de 2.5% en moyenne sur les quatre premiers mois de l’année contre 2.6% en 2016 et 5.4% en 2012.

Les prix de l’immobilier résidentiel se sont quant à eux maintenus, au premier trimestre 2017, à un niveau très proche de celui qui prévalait il y a un an. Enfin, le taux hypothécaire de référence a été réduit de 1.75% à 1.5% le 2 juin dernier. Ceci donne le droit au locataire de demander une baisse de loyer ce qui devrait diminuer le rendement locatif et venir peser davantage sur l’investissement résidentiel. [...]

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