Zone Euro : la croissance manque de dynamisme

Regards et perspectives économiques - 04/04/2016

La consommation des ménages pourrait ralentir en 2016 et 2017

Les données de janvier, février et mars laissent à penser que l'activité économique a démarré l'année de manière dynamique. Dans la foulée de 2015, les chiffres du premier trimestre devraient être nettement en territoire positif. La croissance de la production industrielle (cf. graphique de gauche), l'accélération des ventes de voitures neuves (cf. graphique de droite) et la progression des indices PMI des directeurs d'achat sont encourageantes.

 

Malheureusement, tout n'est pas aussi rose que ces trois indicateurs. D'autres, tout aussi nombreux et significatifs, se contractent de manière inquiétante. L'Indicateur de Sentiment Economique (ESI), publié par Eurostat, enregistre son troisième déclin consécutif depuis le début de l'année (cf. graphique de gauche ci-après). Il pointe désormais à 103 points contre 107 au mois de décembre, nettement au-dessous du consensus des économistes qui escomptait une stabilisation en mars. La composante industrielle de l'ESI et son homologue des services sont toujours en zone d'expansion mais la confiance des directeurs d'achats de ces deux secteurs s'effrite de manière significative, à l'encontre des indices PMI évoqués précédemment. La sous-composante liée à la demande future dans les services étant elle-même en recul, la probabilité d'une prolongation de cette tendance défavorable demeure forte.

 

La décomposition géographique des indicateurs permet de constater que le recul est négativement influencé par l'Italie et la France, tandis que l'Allemagne et l'Espagne tentent de freiner le mouvement (cf. graphique de droite ci-après). La publication des chiffres de production industrielle en Allemagne pour le mois de février, mercredi 6 avril, risque d'accroître les inquiétudes. Ils devraient être en territoire négatif, à l'image des carnets de commandes dont les données sont déjà connues.

 

La consommation des ménages, qui a été l'un des deux principaux moteurs de l'activité économique l'an dernier avec l'investissement, pourrait ralentir en 2016 et 2017. Le déclin de la confiance des ménages (cf. graphique en première page) laisse à penser que la dynamique de l'emploi est en perte de vitesse. Qui plus est, au cours des prochains trimestres, le progressif rebond de l'inflation freinera l'expansion du revenu disponible. Pour éviter que la croissance de la Zone Euro ne souffre trop de ces deux phénomènes, il faudrait que les ménages puisent davantage dans leur épargne (cf. graphique de gauche ci-dessous) et qu'ils aient recours au crédit de manière plus systématique (cf. graphique de droite ci-dessous). Aujourd'hui, ce n'est pas le cas ni pour l'un, ni pour l'autre. Les ventes au détail du mois de février, qui seront dévoilées mardi 5 avril, devraient venir confirmer cette analyse en se contractant très légèrement.

 

Sous cet angle de vue, les récentes décisions de la Banque Centrale Européenne (BCE) d'appliquer des taux négatifs aux dépôts des banques commerciales et d'accroître les achats d'actifs vont dans la bonne direction. La faible rémunération de l'épargne a pour but de stimuler la dépense tandis que l'assouplissement de l'offre de crédit vient encourager la demande.