Etats-Unis : Inflation – Ne sous-estimons pas les dépenses de santé

Regards et perspectives économiques - 18/04/2016

- Le rebond de l’inflation des soins médicaux est durable - La Fed ne devrait pas être surprise par une progression excessive des prix de soins de santé  

​Depuis la fin de l'année dernière, la progression des prix aux Etats-Unis est en partie dynamisée par la forte hausse des coûts des soins de santé. Ceux-ci ont quitté leur niveau plancher de 0,5% alors que, pour la première fois depuis 1962, ils étaient inférieurs à l'inflation sous-jacente (cf. graphique ci-dessous). Nous analysons ici pourquoi les dépenses de santé ont tant baissé depuis la crise financière et évaluons la dynamique du rebond. L'inflation des soins de santé représentant une part non-négligeable (17%) de l'indice total des prix à la consommation, un rebond important et durable mettrait sous pression la Réserve Fédérale.

 

L'indice des prix « Personal Consumption Expenditures (PCE) - Healthcare » comprend, en plus des dépenses de santé déboursées par les ménages, les remboursements de santé effectués par le gouvernement et les assurances. Les dépenses de santé peuvent être réparties en trois catégories : les services, tels que les soins hospitaliers ou les consultations -  les biens, tels que les médicaments – et les primes d'assurance (cf. graphique de gauche ci-dessous).

 

Comme l'expliquent les quelques points ci-dessous, c'est avant tout le secteur public qui a exercé une pression à la baisse sur les prix des soins médicaux, plus que le secteur privé (cf. graphique de droite ci-dessus).

 

a.    En 2013, le mécanisme du séquestre - des coupes budgétaires visant à réduire le déficit américain - est enclenché de manière généralisée et non-ciblée, touchant notamment les hôpitaux et réduisant les subventions de Medicare/Medicaid aux ménages.

b.    Suite à l'élargissement des critères d'admissibilité aux services Medicaid, assurance maladie gérée par l'Etat américain, de nombreux ménages ont remplacé leur assurance privée par Medicaid. Or, dans la mesure où les remboursements de cette dernière aux prestataires sont moins généreux et que les personnes peu assurées dépensent moins en services et biens médicaux, la globalité des prix de soins de santé a baissé.

c.    Des réformes à caractère unique ont été mises en place par l'Obamacare visant à effectuer des coupes budgétaires. Par exemple, les tarifs de remboursement aux médecins ont été réduits et les taux d'indexation pour les prestataires de soins diminués. 2610 hôpitaux ne répondant pas à certaines normes de qualité ont été condamnés à une amende, réduisant d'autant les dépenses de l'Etat.

d.    Le progrès technologique a ralenti, alors qu'il fut un des facteurs principaux de la progression des prix de soins de santé lors de la décennie précédente. A titre d'exemple, l'utilisation de stents, tubes expansibles qui permettent de maintenir une artère ouverte, a enregistré une croissance à deux chiffres entre 1990 et 2000, mais stagne depuis lors.

 

Aujourd'hui, la majorité des mesures réglementaires se sont relâchées, concédant davantage de marge d'accélération aux prix. Si l'inflation des soins médicaux a vu un point d'inflexion en 2015 déjà, nous pensons que cette hausse des prix sera durable :

 

a.    Fin 2015, le plafond du séquestre est relevé de $80 milliards pour deux ans. Cette manœuvre détendra les pressions sur les remboursements et les allocations au sein des programmes Medicare/Medicaid. Cela encouragera l'utilisation de services et biens médicaux, faisant ainsi pression à la hausse sur les prix.

b.    L'emploi et la hausse des salaires dans le secteur des services médicaux sont très vigoureux depuis deux années déjà (cf. graphique de gauche ci-dessous). Les pressions salariales se répercuteront sur les prix, sachant que les services médicaux représentent près de 75% des dépenses de santé (graphique de gauche page précédente).

 

c.    Le nombre de personnes assurées s'étend rapidement ce qui entraîne une consommation plus importante. La population vieillit augmentant ainsi l'utilisation de services et biens médicaux. De facto, les primes d'assurance devraient augmenter de 7.5% à partir de 2016 à la place de 2% ces dernières années (Prévisions de Capital Economics).

d.    Le prix élevé des médicaments continuera à stimuler l'inflation. L'actuel déclin de ces prix est orchestré par les entreprises pharmaceutiques notamment afin d'éviter tout scandale de prix avant les élections et en anticipation à de possibles réformes par le futur président. Mais la progression des prix oscille autour de 3%, niveau nettement plus élevé que nombreuses autres mesures d'inflation (cf. graphique de droite ci-dessus).

 

Conclusion : Le rebond est durable, mais la progression des prix sera moins forte qu'en début d'année.

 

  • La baisse des prix des dernières années, attribuée pour une grande partie à des changements profonds de politique de santé publique, s'est dissipée.

 

  • Les prix des soins de santé resteront donc sur une pente ascendante. La variation annuelle des prix a vu une puissante accélération en début de cette année par compensation aux mesures exceptionnelles actées au sein d'Obamacare début 2015. Les prix continueront de progresser de manière plus graduelle durant l'année 2016.

     
  • La hausse des prix de soins de santé soutiendra l'inflation totale. Néanmoins, nous ne pensons pas qu'un risque de progression trop rapide des prix se matérialisera pour des raisons structurelles telles que le ralentissement du progrès technologique, mais aussi parce que certaines mesures au sein d'Obamacare ont un impact durable sur les prix (indexation réduite). Si la Fed se retrouve dans la situation tant appréhendée de hausse surprise de l'inflation, ce ne sera pas déclenché par une progression excessive des dépenses de santé.