États-Unis : Trouver le lien entre l’investissement et les profits

Regards et perspectives économiques - 09/05/2016

Les investissements en capitaux fixes devraient fortement baisser d’ici à la fin de l’année Les entreprises qui utilisent pleinement leurs capacités de production ne sont pas forcément celles dont les profits progresseront le plus

A partir de nos analyses menées sur l’évolution des dernières statistiques, nous anticipons un déclin notable des investissements en capitaux fixes d’ici la fin de l’année. Ce sont avant tout les investissements non-résidentiels, c’est-à-dire les structures et équipements des entreprises, qui subiront la plus forte baisse.

Quels sont les éléments qui impactent les investissements ? Peut-on tirer un parallèle entre le faible taux d’utilisation des capacités des entreprises et leurs profits ?

- Si les dernières données mensuelles ont surpris à la hausse, la progression annuelle des commandes et livraisons de biens d’équipement reste négative. La tendance est baissière,, annonçant une progression morose des investissements des entreprises en capitaux fixes cette année.

- Le durcissement des conditions de crédit et la hausse des salaires – tensions sur le marché du travail obligent – décourageront le financement de projets de développement. Qui plus est, tant que la rentabilité des investissements sera faible, les entreprises continueront à privilégier le rachat de leurs propres actions (« share buy-back »).

- La production industrielle continue de chuter, -2% sur un an. Parmi les trois composantes majeures, à savoir la construction, la production manufacturière et minière, c’est la troisième qui entraîne la totalité de l’industrie en récession. Un tel effondrement n’encourage pas les entreprises à investir en capitaux fixes. Elles essaient en premier lieu de remettre leur production sur pied.

- Les taux d’utilisation des capitaux indiquent que le problème n’est pas confiné à la seule industrie pétrolière mais qu’il est présent dans de nombreux autres secteurs. Le taux d’utilisation des capacités se situe en-dessous du seuil des 80% pour la majorité des segments industriels, tels les secteurs miniers, manufacturiers, de la machinerie et de la chimie. Seules l’automobile et l’aéronautique, qui représentent 10% de la production totale, utilisent pleinement leurs capacités productives.

Les indices boursiers de ces deux secteurs sont-ils également ceux qui ont surperformé au cours des dernières années ? Si c’est effectivement le cas pour l’aéronautique, cela ne l’est pas pour l’automobile. En effet, d’autres éléments microéconomiques doivent être pris en compte dans l’évaluation des profits. Le secteur automobile a, par exemple, souffert en 2015 de son exposition à la Chine, dont la croissance a ralenti.

De plus, chaque secteur a une zone de confort différente en ce qui concerne le taux d’utilisation des capacités. Certaines industries se voient contraintes de réinvestir dans des machines avant d’atteindre le seuil de 80%. Enfin, si les dépenses en investissement annoncent des avantages à long terme, elles peuvent néanmoins amputer les profits à court terme.

Ne tirons pas de conclusions trop hâtives, les entreprises qui utilisent pleinement leurs capacités de production ne sont pas forcément celles dont les profits progresseront le plus.